‹ Les merveilles célestesChapitre 35 sur 39 · LA CONTEMPLATION DES CIEUX · texte numérisé non relu

LA CONTEMPLATION DES CIEUX

nous nous sommes formé par nos habitudes citadines, nous sommes devenus tellement étrangers à la nature, que, lorsque nous revenons à elle, il semble que nous entrions dans un nouveau monde. Nous avons perdu le sentiment de sa valeur, et nous nous sommes ainsi privés des jouissances les plus pures. En nous affranchissant de la vie tumultueuse, en revenant à la paix, nous ressentons une impression inconnue, comme si la sphère d’harmonie dans laquelle nous entrons était toujours restée loin des voyages de notre pensée.

Les études de la nature offrent ce caractère précieux qu’étant appliquées à la vérité, elles nous rappellent à* notre origine, à notre berceau maternel. La vie mondaine est un véritable exil pour l’âme. Insensiblement on s’accoutume à se contenter d’apparences, à né pins chercher le fond et la substance des choses ; insensiblement on perd son prix et sa grandeur en se laissant bercer â la surface de cet océan insondé sur lequel flottent les barques humaines. Les objets qui nous entourent frappent seuls nos regards, et nonsoublions le passé comme l’avenir. Mais il est des heures de solitude où l’âme, faisant un retour sur soi-même, sent le vide de toutes ces apparences, où elle reconnaît combien peu elles peuvent la satisfaire, où elle cherche avec anxiété et revient avec amour aux véritables grandeurs, seules capables de donner à son repos nue terre ferme au lieu des fluctuations qui l’ont ballottée. Alors l’âme a la nostalgie de son pays natal ; elle demande le vrai, elle veut le beau, et donne un regard d’adieu aux affections passagères. Qu’il lui soit permis, en ces heures de réflexion, de contempler les beautés de la nature ; qu’il lui soit donné d’admirer et de comprendre les merveilles de la création ; s’adonnant tout entière â la contemplation qui la captive, se laissant suspendre au charme des splendeurs étudiées, elle se livrera sans réserve au spectacle

qui l’absorba, oublieuse des fàusses jouissances de la terre, avide des véritables et profondes jouissances que la nature, cette jeune mère dont l’âge est immobile, sait verser dans l’âme des enfants qui la chérissent. Les beautés du ciel da captiveront sous leur charme; elle demandera que celte contemplation ne finisse jamais ; que la nuit lui révèle merveilles sur merveilles, et qu’il lui soit permis de ne point quitter cette scène avant que son admiration soit satisfaite : comme aux plus douces heures de la vie, elle sera portée à s’écrier avec le poète :

O temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, Suspendez votre cours !

Laissez-moi savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours !

Mais je demande en vain quelques moments encore,

Le temps m’échappe et fuit ;

Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore Va dissiper la nuit....

Lorsqu’on se livre à ces hautes et magnifiques études, on sent bientôt la grande harmonie, l’unité admirable en laquelle toutes choses sont confondues ; on sent que la création est une, que nous sommes incorporés dans ses parties constitutives, et qu’une vie immense, à peine soupçonnée, nous enveloppe. Alors tous les phénomènes prennent leur place dans le concert universel. L’étoile d’or qui brille dans la profondeur des cieux, et le petit grain de sable cristallisé qui reflète le rayon solaire, unissent leur lumière ; la sphère planétaire qui roule avec majesté sur l’orbite gigantesque et le petit oiseau qui chante sous les feuilles ; la nébuleuse immense qui dispose ses systèmes de soleils dans la vaste étendue, et la ruche qui reçoit les rhomboèdres d’une république en éternel accord ; la gravitation universelle qui emporte dans l’espace ces globes formidables et ces systèmes de mondes, et l'humble zéphyr qui

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