LA CONTEMPLATION DES CIEIX
transporte d’une fleur à l’autre des parfums aimés : les grands phénomènes et les actions insensibles, s’unissent dans le mouvement général, l’infiniment grand et l’infiniment petit s'embrassent. Car l’univers est l’œuvre permanente d’une seule pensée.
Nulle parole humaine, nul ouvrage formé de la main des hommes, ne saurait rivaliser avec l’harmonie de la nature, avec l’œuvre de la création. Comparez un instant le plus admirable des chefs-d’œuvre parmi les merveilles de l’art, aux plus simplçs d’entre les productions de la nature. Comme l’exprimait déjà une parole antique, comparez les richesses des ornements royaux, le tissu oriental des vêtements de Salomon dans sa gloire, les lames d’or de son temple, les mosaïques de ses palais, à la blancheur des lis, à l’incarnat des roses ; et cherchez si la comparaison peut un seul instant se soutenir. Le grand caractèrê qui sépare à jamais ces œuvres, c’est que dans l’une, une puissance bornée y marque le terme de sa faculté, tandis que dans l’autre l’empreinte d’une puissance infinie y reste toujours. Amplifiez le pouvoir de nos sens, prenez cette lentille étonnante qui fait dresser des géants là où restaient invisibles les êtres les plus infimes : à son foyer le plus fin tissu, l’œuvre la plus délicate de l’art humain se traduit en un objet informe et grossier ; au contraire, le plus modeste tissu formé par les mains de la nature révèle des richesses cachées à mesure que le pouvoir amplificateur augmente. Essayez maintenant de mettre en regard nos appareils les plus merveilleux, depuis nos machines formidables dont le sein renferme ces foyers puissants dont l’homme s’est rendu maître, jusqu’à ces instruments.de précision si élégants, si sensibles — avec les forces indomptables dont la matière est animée, avec ces lois admirables et rigoureuses qui régissent dans une perfection incompréhensible les mouvements harmonieux des sphères étoilées
au concert du ciel, et dites de combien l’art est surpassé par la nature...
Et l’œuvre de la nature est ravissante dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand. Les spectacles sublimes que la contemplation des deux nous dévoile sont sans doute les plus frappants, et ceux dont la magnificence s’impose le plus souverainement à notre pensée émerveillée; mais si nous savons examiner les petites choses, notre imagination restera confondue devant elles comme devant les plus grandes. Sur ce pauvre petit papillon blanc qui, né d’hier, sera en poussière avant que le jour de demain soit éteint, l'œil analysateur du microscope nous montrera de magnifiques plumes d’un blanc de neige ou d’un jaune mat, symétriquement rangées, avec autant de soin que celles de l’aigle appelé à franchir les cieux; pourtant à l’œil nu il n’y a sur ces ailes qu’une poussière impalpable, qui reste adhérente au doigt. Sur son front vous compterez vingt mille yeux. Que les fines gouttelettes de rosée suspendues par l’aurore ftuX feuilles des branches abaissées tombent sous la secousse d’un Oiseau qui passe, et vous verrez se peindre au passage de cette pluie fine un arc-enciel non moins riche que l’arche gigantesque élevée à la fin d’un orage dans les campagnes de l’atmosphère, ravissant petit arc-en-ciel, formé pour une vie de quelques dixièmes de seconde, et disparu comme il était né ! Examinez ces humbles fleurs des champs, aux pétales colorés ; l’émeraude et le rubis s’y succèdent, l’or et le saphir y marient leurs tendres nuances : c’est en petit les magnificences de couleurs qui resplendissent dans les étoiles doubles, etc. , etc. Nous pourrions continuer sans termes ces appréciations comparatives, qui nous montreraient sans cesse, dans l’un et dans l’autre sens, l’infini de la puissance créatrice.
Cependant nous n’y songeons pas, cependant nous pas-