‹ Les merveilles célestesChapitre 7 sur 39 · L'ESPACE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

L'ESPACE UNIVERSEL

Insensé, je croyais embrasser d’un coup d'œil lies déserts où Newton, sur l’aile du "é.iiie Planait, tenant en main le compas d’Uranic.

Je voulais révéler quels sublimes accords Promènent dans l’éther tous les célestes corps; Mais devant eux s’abimc et s'éteint ma pensée

Hou: a tu.

11 y a des vérités devant lesquelles la pensée humaine se sent humiliée et confondue, qu’elle contemple avec effroi et sans pouvoir les regarder en face, quoiqu'elle comprenne leur existence et leur nécessité : telles sont celles de l’infini de l’espace et de l’éternité de ha durée.

Impossibles à définir, car toute définition ne pourrait * qu’obscurcir l’idée primitive qui est en nous, ces vérités nous commandent et nous dominent. Chercher à les expliquer serait une peine stérile : il suffit de les mettre en face de notre attention pour qu’elles nous révèlent à l’instant toute l’immensité de leur valeur. Mille définitions en ont été données ; nous ne voulons en citer ni même en rappeler une seule. Mais nous voulons ouvrir devant nous

l’espace, et nous y engager pour essayer d’en pénétrer la profondeur.

La vitesse d’un boulet de canon à sa sortie de la bouche à feu est une bonne marche : 400 mètres par seconde. Mais cette marche serait encore trop lente pour notre voyage dans l’espace, car notre vitesse ne serait guère que de H 40 kilomètres, ou de 560 lieues à l’heure. C’est trop peu. 11 y a, dans la nature, des mouvements incomparablement plus rapides, par exemple la vitesse de la lumière. Celte vitesse est de 77,000 lieues par seconde. Owr.i vaut mieux : aussi prendrons-nous ce moyen de transport. Permettez-moi donc , par une comparaison vulgaire, de vous dire que nous nous mettons à cheval sur un rayon de lumière, et que nous nous laissons emporter par sa course rapide.

Prenant la Terre pour point de départ, nous nous dirigerons en droite ligne vers un point quelconque du ciel. Nous partons.

A la fin de la première seconde, nous avops*ç|éjà parcouru 77,000 lieues; à la fin de la deuxième, 154,000. Nous continuons. Dix secondes, une minute, dix minutes sont écoulées... cinquante millions de lieues ont passé.

Poursuivons, pendant une heure, pendant un jour, pendant une semaine, sans jamais ralentir notre marche ; pendant des mois entiers, pendant un an.... La ligne que nous avons parcourue est déjà si longue, qu’exprimée en kilomètres ou en lieues, le nombre qui la mesure surpasse notre faculté de compréhension et n’indique plus rien à notre esprit : ce sont des trillions, des millions de millions.

Mais ne suspendons pas notre essor. Emportés sans cesse par cette même rapidité de 77,000 lieues par chaque seconde, perçons l’étendue en ligne droite pendant (les années entières, pendant cinquante ans , pendant un siècle...

Où sommes-nous? Depuis longtemps nous avons franchi les dernières régions étoilées que l’on aperçoit de la Terre, les dernières que l’œil du télescope a visitées; depuis longtemps nous marchons en d’autres domaines, inconnus, inexplorés. Nulle pensée n’est capable de suivre le chemin parcouru; les milliards joints aux milliards ne signifient plus rien ; à l’aspect de cette étendue prodigieuse l’imagination s’arrête, anéantie... Eh bien , et c’est ici le point merveilleux du problème : nous n’avons pas avancé d’un seul pas dans l’espace.

Nous ne sommes pas plus rapprochés d’une limite que si nous étions restés à la même place; nous pourrions recommencer la même course à partir du point où nous sommes, et ajouter à notre voyage un voyage de même étendue; nous pourrions joindre les siècles aux siècles dans' le même itinéraire, dans la même vitesse, — continuel' le voyage sans fin ni trêve; — nous pourrions nous diriger en quelque endroit de l’espace que ce soit, à gauche, à droite, en avant, en arrière, en haut, en bas, dans tous les sens; et lorsqu’après des siècles employés & cette course vertigineuse, nous nous arrêterions fascinés ou désespérés devant l’immensité éternellement ouverte, éternellement renouvelée, nous reconnaîtrions encore que notre vol séculaire ne nous a pas fait mesurer la plus petite partie de l’espace, et que nous ne sommes pas plus avancés qu’à notre point de départ. En réalité, c’est l’infini qui nous enveloppe, et comme nous l’exprimions plus haut sur le nombre infini des mondes, nous pourrions vogùer pendant l’éternité sans jamais trouver autre chose devant nous qu’un infini éternellement ouvert.

Il suit de là que toutes nos idées sur l’espace n’ont qu’une valeur purement relative. Lorsque nous disons, par exemple : monter au ciel, descendre sous la terre, ces expressions sont fausses en elles-mêmes, car étant situés au sein de l’infini, nous ne pouvons ni monter ni descen-

dre : il n’y a ni haut ni bas; ces mots n’ont qu’une acception relative à la surface terrestre que nous habitons.

Il faut donc se représenter l’univers comme une étendue sans bornes, sans rivages, illimitée, infinie, dans le sein de laquelle planent des soleils comme celui qui nous éclaire et des terres comme celle qui se balance sous nos pas. Ni dénies, ni voûtes, ni limites, d’aucune espèce : le vide dans tous les sens, et dans ce vide infini, une quantité prodigieuse de mondes, que bientôt nous allons décrire. C’est cet espace universel que l’auteur du Génie de l'homme a voulu célébrer, lorsqu’il exprima les remarquables pensées qui suivent :

Oui, quand je m’armerais des ailes de l’Aurore,

Pour compter les soleils dont le ciel se décore ;

Quand de l’immensité sondant les profondeurs,

Ma pensée unirait les nombres aux grandeurs ;

Sous ces gouffres sacrés égarant mon audace,

Quand j’userais le temps à mesurer l’espace :

Je verrais s’écouler les siècles réunis,

Et pressé, sans espoir, entre doux infinis,

Je me sérais toujours écarté de moi-même,

Sans jamais m’approcher de ce vaste problème.

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