Homère, Iliade, chant XVIIL
l'origine àe cette dénomination; mais il importe de savoir que ce :n*est point là son sens réel. Il correspond simplement à Y éclat apparent des étoiles. Ainsi les étoiles de première grandeur sont celles qui brillent avec le plus de vivacité dans la nuit obscure; celles de seconde grandeur sont celles qui brillent moins, etc. Or, cet éclat apparent tient à la fois de la grosseur réelle de Tétoile, de sa lumière intrinsèque et de sa distance à la terre ; il ne possède par conséquent qu'un sens essentiellement relatif. On peut dire cependant qu'en général les étoiles les plus brillantes sont les plus rapprochées, que celles dont la lueur pâle est à peine distinguée dans les champs du télescope sont les plus lointaines.
Ainsi, lorsque nous parlerons de la grandeur des étoiles, il est convenu qu'il s'agira simplement de leur éclat apparent ; cet éclat facilite beaucoup les moyens de les reconnaître parmi les constellations. Il y a maintenant un autre fait qu'il n'importe pas moins de considérer comme relatif, et non comme absolu : c'est la disposition des étoiles, ou la forme des constellations. Nous savons déjà que le ciel n'est pas une sphère concave sous la-^ quelle des clous brillants seraient attachés , mais qu'il n'y a aucune espèce de voûte , que le vide immense, infini, enveloppe la terre de toutes parts, dans toutes les directions. Nous savons aussi que les étoiles, soleils de l'espace, sont disséminées à toutes les distances dans la vaste immensité. Lors donc que nous remarquons dans le ciel deux étoiles
voisines, leur proximité apparente ne prouve en aucune façon leur proximité réelle : elles peuvent être éloignées Tune de l'autre, dans le sens de la profondeur, à une distance égale ou supérieure à celle qui nous sépare de la plus rapprochée. De même, lorsqu'on réunit dans un même groupe quatre ou cinq étoiles, ou davantage, cela n'implique pas que ces étoiles, formant une même constellation, se trouvent sur un même plan et à une égale distance de la terre. Nullement. Disséminées à toutes les profondeurs de l'espace, tout autour de l'atome terrestre, la disposition qu'elles revêtent à nos yeux n'est qu'une apparence causée par la position de la terre vis-à-vis d'elles. C'est là une pure affaire de perspective. Quand nous nous trauvons pendant la nuit, au milieu d'une vaste place publique (soit, par exemple, sur la place de la Concorde), dans laquelle un grand nombre de becs de gaz sont dispersés, il nous est difficile de distinguer, à une certaine distance, les lumières les plus éloignées de celles qui le sont moins : elles parais^ sent toutes se projeter sur le fond plus obscur ; de plus, leur disposition apparente, vue du point où nous sommes, dépend purement de ce point, et varie selon que nous marchons nous-mêmes en long ou en large. Cette comparaison vulgaire peut nous servir à comprendre comment les étoiles , lumières de l'espace obscur, ne nous révèlent pas les distances qui peuvent les séparer en profondeur, et comment la disposition qu'elles affectent sur la voûte apparente du ciel dépend uniquement du
point OÙ nous nous plaçons pour les considérer. En quittant la face et en nous transportant en un lieu de l'espace suffisamment éloigné de celui-ci, nous serions témoins, dans la disposition apparente des astres, d'une variation d'autant plus grande que notre station d'observation serait plus éloignée de celle où nous sommes. Mais il faudrait pour cela nous transporter, non-seulement sur les dernières planètes de notre système, mais encore quitter entièrement ce système, et nous en éloigner à des distances au moins égales à celles des étoiles voisines. En effet, delà dernière planète de notre système, de Neptune , on voit les étoiles dans la même disposition qu'ici. Le changement ne s'opère qu'en partant d'une étoile à l'autre. Un instant de réflexion suffit pour convaincre de ce fait et pour nous dispenser d'insister davantage à son égard.
Une fois ces illusions appréciées à leur juste valeur, on peut commencer sans crainte la description des figures dont la Fable antique a constellé h sphère. La connaissance des constellations est nécessaire pour l'observation du ciel, et pour les recherches que l'amour des sciences et la curiosité peuvent inspirer ; sans elle on se trouve dans un pays inconnu, dont la géographie ne serait pas faite, oùil serait complètement impossible de se reconnaître. Faisons donc la géographie du ciel. Les innombrables figures d'animaux, d'hommes, ou objets dont on a orné la sphère, ne seront pourtant pas dessinées ici, attendu qu'elles ne peuvent servir qu'à
embrouiller l'esprit de lignes imaginaires /Dans le temps, on gravait des atlas célestes , où les figures étaient représentées avec un soin exquis, avec tant de soin môme, qu'on avait fini par oublier les étoiles et que le ciel n'était plus qu'une ménagerie. Malgré Tintérêt des images, je ne veux pas suivre cet exemple. Je donnerai seulement plus loin, sur une carte spéciale, le tracé des constellations qui dominent sur notre hémisphère. A présent, voyons comment on s'oriente pour lire couramment dans le grand livre du ciel.
Il y a une constellation que tout le monde connaît; pour plus de simplicité nous commencerons par elle; elle voudra bien nous servir de point de départ pour aller vers les autres et de point de repère pour trouver ses compagnes. Cette constellation, c'est la Grande Ourse; que Ton a surnommée aussi le Chariot de David; que les Latins nommaient 5eptem triones (d'où est venu le mot septentripn), ou encore Hélix, Plaustrum ; que les Grecs ont saluée sôus le nom d"ApxTo; (xeYaAri, IXix^, etc. ; que les Arabes appellent il/rfe66 alAkbar, et que les Chinois ont saluée, il y a trois mille ans, dans le Tcheou-pey comme la divinfté du nord. Ainsi elle peut se vanter d'être célèbre. Si pourtant, malgré son universelle notoriété, quelques-uns n'avaient pas encore eul'occasion de lier connaissance avec elle, voici le signalement auquel on pourra toujours la reconnaître :
Tournez-vous vers le nord, c'est-à-dire à l'opposé du point où le soleil se trouve à midi. Quelle que soit la saison de Tannée^ le jour du mois ou
rheure de la nuit, vous verrez toujours là une grande constellation formée de sept belles étoiles,
Fig. 14. Constellation de la Grande Ourse.
dont quatre en quadrilatère et trois à Tangle d'un côté; le tout distribué comme ceci :
Vous l'avez tous vue, n'est-ce pas? Elle ne se couche jamais. Nuit et jour elle veille au-dessus de . rhorizon du nord, tournant lentement, en vingtquatre heures, autour d'une étoile dont nous allons parler tput à Theure. Dans la figure de la Grande Ourse, les trois étoiles de Textrémité forment la queue, et les quatre en quadrilatère se trouvent dans le corps. Dans le Chariot^ les quatre étoiles forment les roues, et les trois le timon. Au-dessus de la seconde d'entre ces dernières, les bonnes vues distinguent une toute petite étoile, nommée Alcor, que l'on appelle aussi le Cavalier. Les Arabes rappellent Saidak, c'est-à-dire l'épreuve, parce qu'ils s'en servent pour éprouver la portée de la vue. Les lettres grecques servent à désigner chaque étoile ; ce sont les premières de l'alphabet: a et p marquent les deux premières étoijes, y et S les deux
autres, s, 5, >i, les trois du timon; on leur a également donné des noms arabes que je passerai sous silence parce qu'ils sont généralement inusités.
Cette brillante constellation septentrionale, composée (à l'exception du o*) d'étoiles de seconde grandeur, a reçu depuis les temps antiques le don de captiver l'attention des contemplateurs et de personnifier les étoiles du nord. Plusieurs poètes l'ont chantée; nous n'en appellerons qu'un, dont les paroles sont dignes de la majesté du ciel : c'est l'Américain Ware:
« Avec quels pas grandioses et majestueux, dit-il, cette glorieuse Constellation du Nord s'avance dans son cercle éternel, suivant parmi les étoiles sa voie royale dans une clarté lente et silencieuse ! Création puissante, je te salue ! J'aime te voir, errant dans les brillants sentiers, comme un géant superbe à la forte ceinture, — sévère, infatigable, résolu, dont les pieds ne s'arrêtent jamais devant le chemin qui les attend. Les autres tribus abandonnent leur course nocturne et reposent sous les vagues leurs orbes fatigués; mais toi, tu ne fermes jamais ton œil brûlant et ne suspends jamais ton pas déterminé. En avant, toujours en avant 1 tandis que les systèmes changent, que les soleils se retirent, que les mondes s'endorment et se réveillent, tu poursuis ta marche sans fin. L'horizon prochain essaye de t'arrêteîr, mais en vain. Sentinelle vigi-
1. Cette étoile est changeante. Il y a deux cents ans^ elle n'était pas moins brillante que ses compagnes.
lante, tu ne quittes jamais ta faction séculaire; mais, sans te laisser surprendre par le sommeil, tu gardes la lumière fixe de l'univers, empêchant le nord de jamais oublier sa place....
n Septétoiles habitent dans cette brillante tribu; la vue les embrasse toutes ensemble; leurs distances respectives ne sont pas inférieures à leur éloignement de la terre. Et c'est encore là l'éloignement réciproque des foyers célestes. Des profondeurs du ciel, inexplorées par la pensée, les rayons perçants dardent à travers le vide, révélant aux sens les systèmes et les mondes sans nombre. Que notre vue s'arme du télescope et qu'elle explore les cieux. Les cieux s'ouvrent,, une pluie de feux étincelants tombe sur nos têtes, les étoiles se resserrent, se condensent dans des régions si éloignées, que leurs rayons rapides (plus rapides que toute chose) ont voyagé pendant des siècles avant d'atteindre la terre. Terre, soleil et constellations plus voisines, qu'étes-vous parmi cette immensité infinie et la multitude des œuvres divines infinies ! »
Ces pensées, inspirées par la vérité scientifique, sont bien supérieures à celles que l'antique mythologie avait répandues. Sans parler du nom d'Ourse donné à cette constellation et à la suivante, nonseulement par les Grecs et les Latins, niais encore par d'autres peuples qui ne paraissent pas avoir eu de communication avec ceux-ci, comme les Iroquois qui la désignaient sous le môme motS nous
I. C'est un fait remarquable, et qui peut servir à Thistoire de Tastronomie antique en particulier comme à celle de l'origine .
dirons que, généralement, la Grande et la Petite Ourse étaient considérées comme Callisto et son chien. Jupiter avait eu de cette nymphe un fils, le Bouvier, dont nous parlerons plus tard ; il les avait placés Tun et l'autre dans le ciel. Mais l'épouse officielle du roi des dieux, Madame Junon (comme disait Virgile travesti), en avait été courroucée ti avait obtenu de Thétis, la souveraine des ondes, que ces constellations perfides ne se baigneraient jamais dans l'Océan. — C'est ainsi qu'on expliquait leur présence perpétuelle au-dessus dé l'horizon.
Callisto, dont le char craint le flot de Thétis, Vers les glaces du nord brille auprès de son fils ; Le Dragon les embrasse ainsi qu'un fleuve immense.
des peuples en général, que des groupes d'étoiles sans aucune figure caractéristique aient été nommés du même nom par les peuples les plus divers. Les Indiens et les Chinois ont les mêmes constellations zodiacales que les Grecs, portant les mêmes noms étymologiques et distribuées dans le même sens, quoique tout cela soit arbitraire. Les constellations du nord ont reçu le nom d*0urses chez les peuples dé la haute Asie, les Phéniciens, les Arabes, les Grecs, les Iroquois, quoique le carré et la queue dessinés par leur disposition ne rappellent en aucune façon les ours, qui n'ont pas de queue. En Amérique on donne le nom de «mâchoire de bœuf» aux Hyades placées sur la tête du Taureau. Chez les Arabes, la constellation d'Andromède est une femme enchaînée; chez les Perses, Cassiopée est sur une chaise et Hercule à genoux; les Indiens nomment « petits de la poule » les Pléiades que nous nommons Poussinière; dans l'Inde et dans la Perse, Persée porte une tête; les Brames ont sensiblement le même zodiaque que nous ; la Voie lactée des Grecs est pour les Chinois le fleuve céleste, pour les Coptes et les Arabes le chemin de chaume, pour les sauvages de l'Amérique septentrionale le chemin des âmes , et pour les habitants de nos provinces le Chemin de saint Jacques. A part les rares rapports qui, à la rigueur, pourraient expliquer ces désignations , ces coïncidences restent l'objet d'un grand mystère. Elles seraient en faveur de l'unité d'une souche humaine primitive.
. Selon d'autres, les deux Ourses sont les nymphes qui ont nourri Jupiter sur le mont Ida ; selon d'autres encore, elles représentaient les bœufs d'Icare; mais ces fantaisies de la Fable ne nous intéressent pas plus qu'elles ne doivent le faire, et maintenant que nous connaissons la Grande Ôiirse, il faut savoir en tirer le meilleur parti possible afin qu'elle çerve à nos voyages célestes et à nos recherches uraiiographiques.
Reportons-nous à la figure tracée plus haut. Si l'on mène une ligne droite par les deux étoiles, marquées « et p, qui forment l'extrémité du carré, et qu'on la prolonge au delà de a d'une quantité égale à cinq fois la distance de ^ à «, ou, si l'on veut, d'une quantité égale à la distance de a à l'extrémité de la queue, v), on trouve une étoile un peu moins brillante que les précédentes, qui forme l'extrémité d'une figure pareille à la Grande Ourse, mais plus petite et dirigée en sens contraire. C'est la Petite Ourse ou le Petit chariot^ formée également de sept astres. L'étoile à laquelle notre ligne nous mène, celle qui est à l'extrémité de la queue de l'Ourse ou au bout du timon du Chariot, c'est l'étoile polaire.
L'étoile polaire jouit d'une certaine renommée, comme tous les personnages qui se distinguent du commun, parce que, seule parmi tous les astres qui scintillent dans nos nuits étoiléés,^elle reste immobile dans les cieux. A quelque moment de l'année, du jour ou de la nuit que vous observiez le ciel au Heu permanent qu'elle occupe, vous la rencontre-
rez toujours. Toutes les étoiles, au contraire, tournent dans vingt-quatre heures autour d'elle,
Fig. 15. Grande Ourse, Petite Ourse, Étoile polaire.
prise pour centre de cet immense tourbillon, La Polaire demeure immobile sur un pôle du monde, d'où elle sert de point fixe aux navigateurs de rOcéan sans routes, comme aux voyageurs du désert inexploré.
Sur mille faits que je pourrais citer pour mon-: trer combien l'étoile polaire et sa constellation, toujours visibles au nord, ont sauvé de fois la vie de voyageurs égarés dans les ténèbres, je me contenterai du suivant, dont Albert Montémont fait honneur à l'étoile du nord :
Le 4 avril 1799, le général anglais Baird, lors de la guerre contre Tipoo-Saïb, reçut ordre de marcher durant la nuit, pour reconnaître une hauteur sur laquelle on supposait que l'ennemi avait placé un poste avancé ; le capitaine Laçibton l'accompagnait comme aide de camp. Après avoir traversé à plusieurs reprises cette hauteur sans y rencontrer personne, le général résolut de retourner au camp, et U se reculait, à ce qu'il paraît, au quartier géné-
rai. Cependant, comme la nuit était claire et que la constellation de la Grande Ourse était près du méridien, le capitaine Lambton remarqua qu'au lieu de retourner au sud, comme -il le fallait pour retourner au camp, la division s'avançait vers le nord, c'est«Â-dire vers le gros de l'armée ennemie; et il avertit immédiatement le général de cette méprise. Mais cet officier, qui s'inquiétait fort peu de l'astronomie, répliqua qu'il savait très-bien ce qu'il faisait sans consulter les étoiles. A l'instant même, le détachement tomba dans un avant-poste ennemi. Cette surprise ayant trop bien confirmé l'observation du capitaine, on se hâta d'abord de disperser les soldats de l'avant-poste, puis de rebrousser chemin. On se procura de la lumière, on consulta une boussole, et on trouva, comme le disait en riant l'officier astronome, que les étoiles avaient raison. L'immobilité de l'étoile polaire au nord, et le mouvement du ciçl entier autour d'elle, sont des apparences causées par le mouvement de la terre autour de son axe. Nous en donnerons plus tard la démonstration; mais, pendant que nous sommes à visiter le pays des étoiles, il ne faut pas quitter un aussi beau spectacle pour redescendre sur la terre. Continuons donc notre méthode d'arpentage et faisons plus ample connaissance avec la population du ciel étoile.
« Aux lieux où rayonnent des clartés éternelles, Les deux sont toujours purs et les nuits toujours belles, Où l^Euphrate, roulant ses fluts au loin couverts De Tomorage fleuri de palmiers toujours verts, Voit de feux plus puissants la nature animée Prodiguer le cinname et la myrrhe embaumée, Le pasteur de Babel en gardant ses troupeaux Observa le premier les célestes flambeaux, Et, la nuit, promenant ses tentes égarées.
Osa du firmament diviser les contrées. »
CHÉNEDOLLé.
En regardant l'étoile polaire, immobile, comme nous l'avons vu, au milieu de la région septentrionale du ciel, on a le sud derrière soi, Test à droite, l'ouest à gauche. Toutes les étoiles tournant autour de la polaire, de droite à gauche, doivent être reconnues selon leurs rapports mutuels plutôt que rapportées aux points cardinaux. De l'autre côté de la polaire, par rapporta la Grande Ourse, se trouve une autre constellation facile h reconnaître. Si de l'étoile du milieu ($), on mène une ligne au pôle, en
prolongeant cette ligne d'une égale quantité, on traverse la figure de Cassiopée^ formée de 5 étoiles de 3* grandeur disposées un peu comme les jambages écartés de la lettre M. La petite étoile x, qui •termine le carré, lui donne aussi la forme d'une chaise. Ce groupe prend toutes les situations possibles en tournant autour du pôle, se trouvant tantôt au-dessus, tant au-dessous, tantôt à gauche^ tantôt à droite ; mais il est toujours facile à trouver, attendu que, comme les précédents, il ne se couche jamais, et qu'il est toujours à l'opposé de la Grande Ourse. L'étoile polaire est l'essieu autour duquel tournent ces deux constellations.
Si nous tirons maintenant, des étoiles a et S de la Grande Ourse, deux lignes se joignant au pôle, et que nous prolongions ces lignes au delà de Cassiopée, elles aboutiront au carré de Pégase, qui se termine d'un côté par un prolongement de trois étoiles assez semblables à celles de la Grande Ourse. Ces trois étoiles appartiennent à Andromède ^ et aboutissent elles-mêmes à une autre constellation, à Persée.
La dernière étoile du carré de Pégase est, comme on voit, la première, «, d'Andromède; les trois autres se nomment : Yt Algénib; a, Markab, et p, Scheat. Au nord de p d'Andromède se trouve, près d'une petite étoile, v, la nébuleuse oblongue que l'on comparait à la lumière d'une chandelle vue à travers une feuille de corne, la première nébuleuse dont il soit fait mention dans les annales de l'astronomie. Dans Persée, a, la brillante, sur le prolon-
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gement des trois principales d'Andromède, se trouve entre deux autres moins éclatantes, qui forment
-Fig. 16. Cassiopée, Andromède, Pégase.
avec elle un arc concave très-facile à distinguer. Cet arc va nous servir pour une nouvelle orientation. En le prolongeant du côté du 5, on trouve une étoile très-brillante de r* grandeur : c'est la Chèvre. En formant un angle droit à cette prolongation du côté du midi, on arrive aux Pléiades ^ brillant amas d'étoiles. A côté est une étoile changeante, Algol, ou la Tête de Méduse.
L'étoile Algol, ou p Persée, que l'on voit au-dessus de a, appartient à une classe d'étoiles variables dont nous observerons plus loin le singulier carac* tère. Au lieu de garder un éclat fixe, comme les autres astres, elle est tantôt très-brillante et tantôt très-pâle : elle passe de la seconde grandeur à la quatrième. C'est à la fin du dix-septième siècle que
Fou s'est aperçu de cette variabilité pour la première fois. Les observations faites depuis cette époque ont montré qu'elle est périodique et régulière, et que cette période est d'une étonnante rapidité. Ainsi, pour s'élever de son minimum d'éclat à son maximum, il ne lui faut qu'une heure trois quarts, de sorte qu'en trois heures et demie elle a accompli son cycle entier, a passé par tous les éclats intermédiaires de la quatrième à la seconde grandeur, et de la seconde à la quatrième. L'é- Fig. 17. Chèvre, Pléiades, ^^jj^ ç ^e Persée est double.
Tels senties principaux personnages qui habitent les régions circompolaires, d'un côté; tout à l'heure nous ferons plus aûiple connaissance avec eux. Pendant que nous sommes à tracer des lignes de repère, gardons encore un peu de patience et terminons notre révision sommaire de cette partie du ciel.
Voici niaintenant le côté oppo3é à celui dont nous venons de parler, toujours auprès du pôle. Revenons à la Grande Ourse. Prolongeant la queue dans sa courbe, nous trouverons à quelque distance de là une étoile de 1" grandeur, Arcturus ou a du Bouvier. Un petit cercle d'étoiles, que l'on voit à gauche du Bouvier, constitue la Couronne boréale.
La eonstellation du Bouvier est tracée en forme de pentagone. Les étoiles qui la composent sont
de troisième grandeur, à TexceptioD de oc, qui est de première. Celle-ci est Tune des plus proches de la Terre, car elle fait partie du petit nombre de celles dont la distance a pu être mesurée. Elle est à 61 trillioDs 712 milliards de lieues d'ici. C'est de plus une étoile colorée : vue çiu télescope, elle est rouge. L'étoile e, que l'on voit au-dessus d'elle, est double, c'est-à-dire que le télescope la décompose
Fig. 18. Couronne boréale, le Bouvier, Arcturus,
en deux astres distincts : l'un de ces astres est jaune, l'autre bleu.
En menant une ligne de Tétoile polaire à Arcturus, et en élevant une perpendiculaire sur le milieu de cette ligne, à l'opposé de la Grande Ourse, on trouve l'une des plus brillantes étoiles du ciel, Véga, ou a de la Lyre, voisine de la Voie lactée. Elle forme, avec les deux que je viens de nommer, un grand triangle équilatéral. La ligne d' Arcturus à Véga coupe la constellation d'Hercule. Entre la Grande Ourse et la Petite Ourse, on remarque une longue suite de petites étoiles s'enroulant en anneaux et se dirigeant vers Véga : ce sont les étoiles du Dragon:
Les étoiles qui avoisinent le pôle, et qui ont reçu pour cela le nom de circompolaires, sont distribuées dans les groupes qui viennent d'être indiqués. Maintenant que nous savons facilement les retrouver dans le ciel, nous pouvons parler un peu de leur illustre renommée antique, II y a dans ce groupe Tun des plus grands drames de la mythologie antique. Pour retracer en deux mots cet épisode fameux, je rappellerai que Gassiopée, femme de Céphée, roi d'Ethiopie, eut un jour la vanité de se croire plus belle que les Néréides, malgré la couleur africaine de son teint. Ces nymphes sensibles, piquées au vif par une telle prétention, supplièrent Neptune de les venger d'un affront aussi colossal ; le dieu permit que d'épouvantables ravages fussent exercés par un monstre marin sur les côtes de Syrie. Pour conjurer le fléau, Céphée enchaîna sa fille Andromède sur un rocher, et l'of*^ frit en sacrifice au terrible monstre. Mais le jeune Persée, touché de tant de malheurs, enfourcha au plus vite le cheval Pégase, modèle des coursiers, prit en main la tête de Méduse qui glaçait d'effroi, et partit pour le rocher fatal. Il arriva naturellement tout juste au moment où le monstre allait dévorer sa proie; aussi n'eut-il rien de plus pressé que de pétrifier le monstre en question en lui présentant la tête hideuse de Méduse, et de délivrer Andromède évanouie. C'est un effet de scène dont la peinture a tiré parti dans tous les sens; il y a peut-être autant d'Andromèdes que de Lédas, ce qui devient incalculable. Il faut avouer aussi que
le peintre n'a pas souvent de sujet aussi captivant. Le combat de Persée contre le monstre est sans égal dans lliistoire.
Le héros fond sur lui sans se laisser attendre,
S'élève, redescend, frappe encor, mais en vain,
L'écaillé impénétrable a repoussé l'airain.
Le monstre est en fureur ; Andromède éperdue
De cet affreux combat veut détourner la vue,
Pousse un cri lamentable et, levant ses beaux yeux,
Retrouve son vengeur qui plane dans les cieux..
La fille de Céphée, en sa douleur mortelle,
Pleure, frémit de crainte, et ce n'est plus pour elle-
Mais enfin le héros vers le monstre abhorré
Précipite son vol, et d'un bras assuré,
Dans sa gueule béante enfonce cette épée
Du sang de la Gorgone encore toute trempée.
C'en est fait : à ses pieds révoyant son vengeur^
Andromède a senti redoubler sa rougeur ;
Les dieux sont satisfaits ; et, près de lui placée,
Jusqu'au brillant Olympe elle a suivi Persée.
Par quels plus beaux exploits monte-t-on dans les cieux?
(Daru.)
En commémoration de ces exploits, et pour ne pas faire de privilège, toute la famille fut placée au ciel, et aujourd'hui encore, avec un peu de bonne volonté, et en connaissant assez bien les figures conventionnelles qui se partagent notre atlas céleste, on peut voir sous le dôme étoile : Céphée trônant, couronne sur la tête et sceptre en main, à côté de sa femme Cassiopée, assise sur un fauteuil orné de palmes ; un peu plus loin, Andromède, enchaînée sur un roc au milieu de Tabtme; un gros
Le ciel devint un livre où la Terre étonnée Lut en lettres de feu Thistoire de l'année.