NOTRE UNIVERS
LC MONDE SIDÉRAL.
Un monde est assoupi sons la voûte des cieuz. Mais, sous la Yoùte même où s'élèvent mes yeux, Que de mondes nouveaux, que de soleils sans nombre Trahis par leur splendeur étincellent dans l'ombre, Les signes épuisés s'usent à les compter, . Et l'âme infatigable est lasse d'y monter I ... Là l'antique Orion, des nuits perçant les voiles, Dont Job a le premier nommé les sept étoiles; Le Navire fendant l'éther silenciecx.
Le Bouvier dont le char se traîne dans les çieox,. La Lyre aux cordes d'or, le Cy^ne aux blanches ailes, Le Coursier qui du ciel tire des étincelles, La Balance inclinant son bassin incertain.
Les blonds Cheveux livrés au souffle du matin',' - Le Bélier, le Taureau, l'Aigle, le Sagittaire, Tout ce que les pasteurs contemplaient sur la Terre, Tout ce que les néros voulaient éterniser, Tout ce que les amants ont pu diviniser, Transporté dans le ciel par de touchants emblèmes, N'a pu donner des noms à ces brillants systèmes.
Lamartine.
D'après ce qui précède, nous habitons le sein d'une vaste nébuleuse, dont la couche équatoriaie, se projetant sur notre ciel, y décrit cette zone blanchâtre connue sous le Bom de Voie lactée. Notre soleil est Tune des étoiles composantes de
cette agglomération gigantesque, et toutes les étoiles qui scintillent durant nos nuits silencieuses font partie, comme lui, de cette même tribu. C/est là, à proprement parler, notre univers. Les autres nébuleuses peuvent être regardées par nous comme d'autres univers, étrangers à celui-ci, et dont nous n'avons contemplé l'ensemble que pour nous élever à une notion plus rapprochée de la grandeur dfe la création, mais que nous laisserons désormais dans Timmensité inexplorée qu'ils habitent au fond des espaces. Descendant du grand au petit, procédant de Tensemble à la partie, nous embrasserons maintenant de moins vastes proportions; nous nous arrêterons à notre univers sidéral, autrement dit, à la description générale des îles qui constituent notre archipel céleste.
Nous ne parlerons pas encore ici delà nature des étoiles, ni de leurs distances, ni de leurs mouvements, ni de leur histoire particulière; avant de poursuivre la réalité, il sera bon pour nous de faire une digression sur les apparences. Nous sommes pourtant bien mal disposé contre les apparences, et nous leur préférons de beaucoup la réalité; mais il en est quelques-unes dont nous ne pouvons nous dispenser de parler, attendu qu'elles forment en quelque sorte la superficie des choses que nous devons approfondir, et qu'il faut passer par cette superficie avant d'arriver à l'intérieur. Mais lorsque nous convenons bien entre nous que tel ou tel phénomène n'est qu'une apparence, il n'y a aucun inconvénient â nous occuper de lui :1e
principal est de s'entendre et de ne rien confondre.
Les étoiles paraissent disséminées au hasard dans les cieux. Par une belle nuit étoilée, quand notre regard s'élève vers ces hauteurs, il retnarque une grande diversité dans l'éclat de ces lumières, en môme temps qu'un désordre apparent dans leur disposition générale. Cette irrégularité et le nombre considérable des étoiles ont empêché de donner à chacune d'elles un nom particulier; et pour les reconnaître et en faciliter l'étude, on a partagé la sphère céleste en sections. L'astronomie ded pre* miers peuples, dit Francœur, s'est bornée à quelques distinctions grossières; on s'est d'abord contenté de dénommer les planètes et les plus belles étoiles, et nous avons ^ conservé cet usage; mais quand on a voulu étudier avec plus de soin et qu'on a eu besoin, de désigner les astres d'un éclat moindre on n'a pu suivre une méthode dont on sentait l'imperfection. On s'est conduit comme le font les naturalistes, qui, pour dénommer les espèces des trois règnes, réunissent sous un nom commun un certain nombre d'individus, qu'ils distinguent ensuite entre eux par une qualification. Les astronomes ont réuni les étoiles en divers groupes, sur lesquels ils ont dessiné un animal ou un être fabuleux. On imposa à ces groupes ou constellationsy des noms tirés de la Fable, de l'histoire ou des règnes de la nature. Ces dénominations, consacrées par l'antiquité, sont d'ailleurs tout à fait arbitraires, et à moins que l'imagination ne se crée des fan-
tomes, comme elle fait voir des tableaux dans les contours capricieux des nuages, on ne doit s'attacher à trouver dans les groupes d'étoiles rien qui puisse rappeler la figure ou imiter l'image de l'objet dont la constellation porte le nom.
La nécessité de se guider sur les mers obligea rhomme à choisir dans les cieux d'invariables points de repère sur lesquels il pût orienter sa course, et c'est là l'origine historique des constellations.
On forma des cartes représentatives du ciel, et, dès Hipparque, astronome grec, on put classer les étoiles, en les distinguant selon leur éclat, dans les positions occupées par chacune d'elles sur les figures dessinées.
Il était nécessaire de déterminer une méthode pour trouver facilement une étoile particulière au milieu d'un si grand nombre (quatre à cinq mille) que l'on distingue à l'œil nu. On ignore la première origine des constellations; mais on sait qu'elles ont été établies successivement. Le centaure chiron, précepteur de Jason, a la réputation d'avoir le premier partagé le ciel sur la sphère des Argonautes, mais Job vivait avant Tépgque où Ton place le précédent, et ce prophète parlait déjà d'Orion, des Pléiades, des Hyades, il y a trois mille trois cents ans. Homère «parle également de ces constellations en décrivant le bouclier de Yulcain« « Sur la surface, dit-il, Vulcain, avec une divine intelligence, trace mille tableaux variés. Il y représente la terre, les cieux, la mer, le soleil
infatigable, la lune dans son plein, et tous les astres dont se couronne le ciel : les Pléiades, les Hyades, le brillant Orion, TOurse, qu'on appelle aussi le Chariot, qui tourne toujours aux mêmes lieux et regarde l'Orion : c'est la seule constellation qui ne se plonge point dans les flots de l'Océan ^ »
C'est toujours la même division mythologique qui est en usage aujourd'hui. Depuis l'établissement du christianisme, il y eut plusieurs essais destinés à réformer ce système païen et à le remplacer par des dénominations chrétiennes. Dans le planisphère de Bède, saint Pierre remplace le Bélier, saint André le Taureau, etc. De ces tentatives, aucun nom n'est resté; car le Chariot de David, le Sceau de Salomon, les trois Rois mages, OU' « le Bâton de Jacob, » etc., datent de plus haut. Plus tard encore un Allemand propesa de donner aux douze signes du Zodiaque le blason des douze plus illustres maisons de la noblesse européenne. Ces essais particuliers restèrent stériles, et le règne de la mythologie se continua jusqu'à nos jours.
Comme on observe une grande diversité dans Viciât des étoiles, pour en faciliter l'indication, on a classé ces astres par ordre de grandeurs. Ce mot de grandeurs est impropre, attendu qu'il n'a aucun rapport avec les dimensions des astres, puisque ces dimensions nous sont encore inconnues; il date d'une époque où Ton croyait que les étoiles les plus brillantes étaient les plus grosses, et c'est là