‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 17 sur 32 · LE DOMAINE DU SOLEIL · texte numérisé non relu

LE DOMAINE DU SOLEIL

Dans le centre éclatant de ces orbes immenses Qui n'ont pu nouR cacher leur marche et leurs di stances Luit cet astre du jour, par Dieu même allumé, Qui tourne autour de soi sur son axe enflammé : Drlui partent sans fin des torrents de lumière ; Il donne en se montrant la vie à la matière, Et dispense les jours, les saisons et les ans, A des mondes divers, autour de lui flottants. Ces astres, asservis à la loi qui les presse, S'attirent dans leur course et s'évitent sans cesse, Se servent l'un à l'autre et de règle et d'appui, Se prêtent les clartés quils reçoivent de lui. Au delà de leurs cours, et loin dans cet espace Où la matière nage et que Dieu seul embrasse Sont des soleils sans nombre et des mondes Bans fin.... Par delà tous ces cieuz le Dieu des cienx réside. Voltaire.

Nous allons descendre de l'ensemble des étoiles à une étoile particulièrei et de la contemplation générale de notre univers à Tètude d'une région linàitée. Après avoir embrassé l'étendue de ce vaste et imposant domaine exploré par la scie[nce, nous concentrerons nos regards sur une seule cité, comme l'observateur qui, Voulant se rendre compte

de la position d'une villa au milieu d'un paysage, après avoir examiné d'abord les alentours et les sites qui l'environnent, concentre son attention sur la cité elle-même. Si l'immensité des nombres où l'infini de cette étendue ne viennent plus dans cette contemplation nouvelle étonner notre esprit et confondre nos facultés, les caractères inaliénables qui distinguent universellement les œuvres de la nature, nous révéleront des beautés plus sensibles et plus touchantes, non moins dignes de notre attention. Dans l'œuvre parfaite de la nature, les plus modestes d'entre les êtres laissent encore voir sur leur front le signe divin de leur origine, et les plus simples d'entre les créations permettent d'apprécier en elles une splendeur cachée non moins merveilleuse que les manifestations les plus éclatantes. Ainsi les rayonnements splendides de l'aurore boréale, que l'ombre gigantesque d'une main invisible élève sur les glaces du pôle, sont produits dans une couleur plus vive et dans un aspect plus ravissant encore sur les corolles parfumées des petites fleurs ajiix nuances si tendres.

Que l'on n'aille pas croire pour cela cependant que nous allons descendre à de petits objets. Pour ne pas être infinis ils n'en sont pas moins fort respectables; ce sont encore des formes colossales à l'aspect desquelles l'imagination reste confondue. Nous allons nous entretenir du système de mondes auquel la terre appartient et auquel le Soleil commande.

Peut-être même ressentirons-nous un intérétplus

grand â nous entretenir des choses qui nous touchent de plus près, que de celles dont Téloignement nous rend étrangères les richesses les plus précieuses. Nous voici, en effet, à peu près arrivés à notre demeure dans Tespace. Descendus des hauteurs de la création sidérale, après avoir commencé notre étude par la circonférence fictive que les limites de notre vue amplifiée par les instruments décrivent autour du point que nous habitons, nous nous sommes successivement rapprochés du centre. L'observation de notre quartier céleste n'est-elle pas plus intéressante que celle des autres cités de l'espace?

Le Soleil qui nous éclaire est une des étoiles de la Voie lactée, unité perdue dans les millions qui constituent cette nébuleuse. Mais ce n'est plus comme étoile que nous devons l'examiner maintenant : c'est comme centre d'un système de mondes groupés autour de lui.

Autour de cet astre lumineux sont réunis des astres opaques, obscurs par eux-mêmes, et qui reçoivent de lui leur lumière et leur chaleur. Ces astres obscurs sont nomn^és planètes. Pour faciliter leur étude et pour aider à les mieux reconnaître, on peut d'abord les diviser en deux groupes bien distincts :

Le premier, voisin du Soleil, est formé de quatre planètes, de petite dimension relativement à celles du second groupe. Ces quatre planètes sont, dans l'ordre des distances au soleil ; Mercure^ Yénus^ la Terre et Mars.

Le second, plus éloigné du Soleil, est aussi formé

de quatre planètes; mais elles sont très-grosses si on les compare aux précédentes. Ces quatre mondes sont^ dans l'ordre des distances à l'astre radieux : Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Ces astres sont si volumineux que les quatre premiers réunis en un seul ne formeraient pas encore un globe de la grosseur du plus petit d'entre eux.

Maintenant, entre ces deux groupes bien distinctSy il en est un troisième, formé d'un nombre considérable de petits corps dont on connaît déjà plus de quatre-vingts. Ces petites planètes occupent respace qui s'étend du premier au second groupe. Comparées aux autres globes du système, ce sont de bien petits corps, en effet, car la plupart d'entre elles mesurent moins de cent lieues de diamètre, et dans quelques-unes même ce diamètre est à peine de quelques lieues. Ce sont de modestes départements.

Ces planètes, grosses et petites, sont les membres principaux de la famille. Il faut maintenant leur adjoindre des membres secondaires, des satellites qui appartiennent à quelques-uns d'entre eux et sont groupés jutour des planètes comme celles-ci le sont autour du Soleil. De ces satellites, la Terre en possède un : la Lune ; Jupiter quatre, Saturne huit, Uranus un même nombre, et Neptune probablement deux.

A quelles distances ces corps planétaires sont-ils situés autour de l'astre central? Mercure, le plus proche, réside à 15 millions de lieues du Soleil; Vénus, qui vient ensuite, à 27 millions, la Terre à

38 millions et Mars à 58 millions. Le groupe des petites planètes occupe une zone éloignée, en moyenne de 100 millions de lieues du flambeau central. Puis viennent les quatre grosses planètes : Jupiter y presque à 200 millions de lieues ; Saturne à 464 millions, Uranus à 733 millions, et Neptune, la dernière, à 1 milliard 147 millions de lieues. Les unes et les autres circulent aux distances respectueuses qui viennent d'être énoncées, et tournent autour du soleil en un temps plus ou moins long, selon qu'elles sont plus ou moins éloignées de cet astre. Les plus proches ayant moins de chemin à faire et étant plus fortement attirées, circulent plus rapidement; les plus éloignées marchent avec lenteur, comparativement aux précédentes. La Terre emploie 365 jours à accomplir sa révolution; Mercure 88 seulement, tandis que Neptune met plus de 164 ans. Ces mouvements sont réglés par une loi admirable et fort simple, trouvée par l'illustre Kepler, après trente ans de recherches. Exprimée en termes astronomiques, cette loi s'énonce ainsi : « Les carrés des temps des révolutions sont comme les cubes des distances. » En d'autres termes, en multipliant trois fois par luimême le nombre qui représente la distance d'une planète au soleil, on a le double du temps de sa révolution, multiplié par lui-même. Avec un peu d'attention on voit combien est simple oette loi formidable, qui dirige tous les mouvements célestes dans l'espace. Ainsi, par exemple, Jupiter est cinq fois plus loin du Soleil que la Terre. Je multiplie

trois fois ce nombre par lui-même : 5 x 5 x 5 = 125. Eh bien, ce nombre 125 est précisément le double du temps de la révolution de Jupiter, multiplié par lui-même. Il en est de même pour toutes les planètes, tous les satellites, tous les corps célestes. — Je dois ajouter, à l'usage de ceux qui voudraient aller plus loin en astronomie, que ces rapports ne sont pas rigoureusement exacts, et que s'ils Tétaient le système du monde serait bientôt bouleversé.

Ces mouvements, dont la formule fut trouvée par Kepler ont pour cause l'attraction ou la gravitation uniyerselle, dont la loi fut trouvée par Newton. Tous les corps s'attirent dans la nature ; le Soleil attire la Terre, la Terre attire la Lune, et dans rinfiniment petit comme dans l'infîniment grand, on voit les molécules élémentaires s'attirer les unes les autres par la loi d'affinité, et constituer la matière visible, qui n'est qu'un assemblage d'atomes juxtaposés. C'est en vertu de cette force universelle que les mondes lancés dans l'espace suivent une courbe autour du Soleil ; de cette courbe rapidement parcourue résulters^it une force contraire qui, semblable à celle dont la pierre est animée lorsqu'elle s'échappe de la fronde, rejeterait les planètes hors de leurs orbites si l'attraction du Soleil ne les retenait captives. C'est en effet l'attraction qui régit le monde, comme l'a chanté notre penseur Eugène Nus :

La loi d'amour est souveraine Partout son doux verbe est écrit.

LE SYSl:ÈME PLANÉTAIRE. 177

Elle féconde, unit, entraîne, La matière comme l'esprit.

La terre s'échauffe à vos flammes; Les deux modulent vos accords, Amour, attraction des âmes,' Attraction, amour des corps !

Pour compléter cette esquisse sommaire de l'empire du Soleil, il faut encore ajouter aux sujets précédents, certains astres voyageurs qui, sans sortir de son empire, sont toujours en voyage. Ils viennent de temps en temps faire une visite à la capitale, puis s'en retournent en province, à toutes les distances imaginables. Ce sont les comètes, êtres vagabonds s'il en fut jamais, voyageurs infatigables, mais que l'attraction puissante de l'astre solaire retient toutefois dans les limites de son domaine.

Tel est le petit groupe de mondes dont notre soleil est le souverain. Représentez-vous un magnifique vaisseau, le Léviathan, par exemple, planant en pleine mer. Autour de lui circulent une quantité de petites chaloupes qui ne lui vont pas à la cheville, et, autour de quelques-unes de ces chaloupes, de petits bateaux d'enfants comme on en voit sur les bassins de nos squares. Les chaloupes, placées à diverses distances, circulent autour du grand vaisseau, et les petits bateaux tournent autour des chaloupes. Enfin une quantité de canots s'éloignent et s'approchent alternativement du Léviathan en suivant des ovales.

Cette flotte d'embarcations variées n'est pas immobile sur rOcéan ; et voici le point le plus mer-

veilleux. Par-dessus tous les mouvements circulaires dont je viens de parler, il faut voir le mouvement collectif de la flotte, emportée sur la plaine liquiJe par le vaisseau -maitre. Fixe au mi« lieu des chaloupes qui circulent autour d'elle^ la grande nef brillante vogue sur l'Océan, entraînant avec elle tous ses petits sujets, sans qu'ils s'en aperçoivent, occupés qu'ils sont à tourner fidèlement autour du centre. Oui, le Soleil qu'elle représente, vogue dans l'espace, entraînant avec lui Terre, lune, planètes, comètes et tout son système. Où va-t-il? vers quel point sommes-nous tous dirigés?Ouelejtlelieu de l'espace qui voit venir vers lui notre flotte grandissante?

Allons-nous sur des bords de silence et de de ail, Échouant dans la nuit sur quelque vaste écueil, Semer Timmensité des débris du naufrage ?

Ou, conduits par sa main sur un brillant rivage, Et sur Pancre éternelle à jamais affermis, Dans un golfe du ciyl aborder endormis?

Il me serait difficile de vous dire si nous allons échouer sur quelque écueil ou jeter Tancre dans un golfe; je crois plutôt que nous allons continuer indéfiniment notre marche! en suivant dans le ciel une orbite gigantesque. Nous nous dirigeons actuellement vers une imposante constellation, la constellation d'Hercule, située, comme on l'a vu, entre la Lyre et le Bouvier : c'est là où nous tendons. Un jour on verra une petite étoile arriver dans cette constellation, entre les étoiles fx et 7:, à un quart de la distance de la seconde à la prenaière.

A cette époque l'aspect général des constellations commencera à changer pour nous, attendu que les étoiles dont nous approchons s'écartent les unes des autres, que celles dont nous nous éloignons se resserrent, et que de chaque côté de nous elles semblent reculer ; mais cette époque est à une telle distance de nous que les meilleurs yeux n'y peuvent arriver. Le Soleil nous emporte, il est vrai, avec une vitesse d'environ deux lieues par seconde, mais il y a une telle distance entre chaque étoile que cette vitesse est à peu près insignifiante. On se souvient qu'il est des étoiles dont le mouvement est plus rapide encore.

Tel est l'aspect sous lequel il convenait d'embrasser le Soleil en passant de son rôle d'étoile à son rôle de chef de système. Maintenant ce dernier rôle sera le seul que nous étudierons. Lés étoiles étant des soleils, il est plus que probable que pour étudier et connaître complètement leur histoire, il faudrait aussi les considérer sous le même aspect, et s'occuper également de leurs familles respectives; mais ces familles nous sont inconnues, et l'esprit de l'homme est ainsi fait, qu'il lui est déjà difficile d'embrasser entièrement la sphère des choses connues, et qu'il se perdrait facilement en désirant aller au delà. De plus, on garde toujours, quoi qu'on fasse, un petit fond d'égoïsme, et l'on se réserve volontiers pour les personnes ou les choses qui nous touchent de plus près. Nous voici donc définitivement passés de l'astronomie sidérale à l'astronomie planétaire.

Observez le Soleil lai-même, s*élançant à l'orient sur ses ailes de gloire. Ange de lumière qui, depuis l'époque où les deux ouvrirent leur marche sublime, a, le premier de tout le chœur étoile, suivi la voie éclatante tracée par le Créateur.

Délicieuse puissance de la lumière, jour si doux et si tendre, quel baume, quelle vie répandent tes rayons 1 Te sentir est un bonheur si complet que si le monde n'avait d'autre joie que de s'asseoir dans ton rayonnement calme et pur, ce serait encore un monde trop exquis pour que l'homme ait le courage de le quitter pour les ténèbres, les profondeurs et l'ombre glaciale de la tombe l

Thomas Moore, Lalla Rookh. .

« L'astre resplendissant qui brille sur nos têtes occupe le centre du groupe de mondes auquel la Terre appartient. Notre système planétaire lui doit son existence et sa vie. Il est véritablement le cœur df; cet organisme gigantesque, comme l'exprimait jadis une heureuse métaphore de Théonde Smyrne, et ses battements vivificateurs en entretiennent la longue existence. Placé au milieu d'une famille dont il est le père, et sur laquelle il veille

sans cesse depuis les âges inconnus où les mondés sortirent de leur berceau, il la gouverne, et la dirige, soit dans le maintien de son économie intérieure, soit dans le rôle individuel qu'elle remplît parmi l'universalité de la création sidérale. Sous l'impulsion des forces qui émanent de son essence ou dont il est le pivot, la Terre et les planètes nos compagnes gravitent autour de lui, puisant dans l'éternel cours qui les emporte les éléments de lumière, de chaleur, de magnétisme qui renouvellent incessamment l'activité de leur vie. Cet astre magnifique est à la fois la main qui les soutient dans l'espace, le foyer qui les échaùfife, le flambeau qui les éclaire, la source féconde qni déverse sur elles les trésors de l'existence. C'est lui qui permet à la Terre de planer dans les deux, soutenue par * l'invisible réseau des attractions planétaires ; c'est lui qui la dirige dans sa voie, ^t qui lui distribue les années, les saisons et les jours. C'est lui qui prépare un vêtement nouveau pour la sphère en- . core glacée dans la nudité de l'hiver, et qui la revêt d!une luxuriante parure lorsqu'elle incline vers lui son pôle chargé de neiges ; c'est lui qui dore les moissons dans les plaines et mûrit la grappe pesante sur les coteaux échauffés. C'est cet asb*e glorieux qui, le matin, vient répandre les splendeurs du jour dans l'atmosphère transparente, ou soulève de l'Océan endormi c'omme un duvet de ses eaux, qu'il transformera en rosée bienfaisante pour les plaines altérées; c'est lui qui forme les vents dans les airs, la brise du crépuscule sur le

rivage, les courants pélagiques qui traversent les mers. C'est encore lui qui entretient les principes vitaux des fluides que nous respirons, la circulation de la vie parmi les règnes organiques, en un mot, la stabilité régulière du monde. Enfin, c'est à lui que nous devons notre vie intellectuelle et la vie collective de l'humanité entière, l'aliment perpétuel de notre industrie ; plus que cela encore : l'activité ,du cerveau, qui nous permet de revêtir d'une forme nos pensées et de nous les transmettre mutuellement dans le brillant commerce de l'intelligence. » Quelle imagination serait assez puissante pour embrasser l'étendue de l'action du Soleil sur tous les corps soumis à son influence? Un million et demi de fois plus gros que la Terre, tt sept cents fois plus" volumineux à lui seul que toutes les planètes ensemble, il représente le système planétaire tout entier, et devant les étoiles ce système n'existe pas. 11 l'entraîne dans les dQserts du vide, et ces mondes le suivent à son gré comme d'obscurs passagers emportés par un splendide navire sur la mer sans bornes. Il les fait rouler autour de lui, afin qu'ils viennent eux-mêmes puiser dans leur cours l'entretien de leur existence, il les domine de sa royale puissance et gouverne leurs mouvements formidables. S'adressant à lui, le poète put lui dire sani» flatterie :

Ta présence est le jour, la nuit est ton absence : . La nature sans toj, c'est l'univers sans Dieu * !

Page 1