‹ Les merveilles célestes: lectures du soir (volume 2)Chapitre 19 sur 32 · Lord Byron, Uanfred · texte numérisé non relu

Lord Byron, Uanfred

MERCURE

Combien je chéris l'heure où s'éteint la clarté du jour, où les rayons du soleil semblent se fondre dans la mer silencieuse 1 C'est alors que s'élèvent les doux rêves des jours passés, alors le souvenir exhale vers toi son soupir du soir !

Thomas Moore, Mélodies,

Au-dessus du Soleil, à roccîdent, quand Tastre radieux est couché, ou bien à l'orient avant son lever, on voit quelquefois une petite étoile blanche, un peu nuancée de rouge. Les Grecs la nommaient Apollon, le dieu du jour, et Mercure, le dieu des voleurs, qui profitent du soir pour commettre leurs méfaits ; car ils voyaient en elle deux planètes différentes, l'une du matin, l'autre du soir, comme ils firent pendant longtemps à l'égard de Vénus. Il en fut de même des Égyptiens et des Indiens. Les premiers lui donnaient les noms de Set et d'Horus ; les seconds ceux de Bouddha et de Rauhineya; noms qui rappellent comme les précédents

les divinités du jour et du soir. Les Latins euxmêmes qui, du reste, s'occupèrent fort peu d'astronomie, restèrent dans le doute à cet égard. Ce n'est que dans les temps postérieurs qu'on reconnut définitivement l'identité de ces deux astres qui, comme Castor et Pollux, auxquels ils ont été assimilés, ne paraissaient jamais ensemble. On lui garda son nom du soir : Mercure.

Dans Pocéan de flamme incessamment plongé, Roulant sa massa obscure en un orbe allongé, Divers dans ses aspects, Mercure solitaire Erra longtemps peut-être inconnu de la Terre. Cependant quand, le soir, le soleil moins ardent Laissait le crépuscule éclairer Poccident, Au bord de Phorizon une faible lumière Semblait suivre du dieu Téclatante carrière.

Daru.

Première planète du système, Mercure reste toujours absorbée dans le rayonnement royal du prince radieux ; aussi, comme les courtisans, elle se prive de son individualité pour se confondre dans la personnalité del'astre-roi. Elle n'ygagne rien, commevous voyez, elle y perd même beaucoup, attendu qu'elle n'a pas eu Phonneur d'être connue des fondateurs de l'astronomie. Copernic désespéra de jamais la voir : € Je crains, disait ce grand homme, de descendre dans la tombe avant d'avoir jamais découvert la planète. » Et, en effet, celui qui avait transformé le système du monde, et pris en main chacune des planètes pour les placer autour du soleil, mourut sans avoir vu la première d'entre elles. Galilée put l'o'bserver,

MERCURE

grâce aux lunettes qui venaient d'être inventées ; mais on ne peut encore dire qu'il la connut suffisamment, puisqu'il lui fut impossible de jamais distinguer ses phases. Leà adversaires du nouveau système opposaient précisément aux premiers astronomes, Copernic, Galilée, Kepler, l'absence de phases chez les planètes Mercure et Vénus. Car, disaient- ils, si ces planètes tournaient autour du Soleil, elles changeraient d'aspect à nos yeux, comme le fait la Lune, selon que nous verrions de face, de profil ou par derrière, le côté qu'elles tournent vers le soleil. Copernic et ses collègues avaient répondu : Nousne distinguons pas de phases, il est vrai; mais s'il ne manque que cela pour que vous adoptiez notre système, Dieu fera la grâce qu'elles en aient. En eflet elles en ont, et voici celles de Mercure.

Fig. 28. Phases de Mercure.

Par Tobservation des irrégularités visibles dans l'intérieur du croissant ou du quartier, on a reconnu que Mercure est hérissé de hautes montagnes, plus hautes que cfeUes de la Terre, quoique Mercure soit un globe beaucoup plus petit que le nôtre. On a de mérae remarqué l'existence d'une atmosphère plus dense et plus élevée que la nôtre. Au milieu du siècle dernier, l'un des nombreux romanciers qui simulèrent des voyages aux planètes prétendit savoir que les montagnes de Mercure étaient les unes et les autres , couronnées de jardins superbes, où croissaient naturellement non-seulement les fruits les plus succulents qui servent à la, nourriture des Mercurièns, mais encore la plus grande variété de mets. Il paraîtrait qu'en cet heureux monde, il n'est pas nécessaire de préparer, comme chez nous, les objets d'alimentation ; poulets, jambons, beefteacks, côtelettes, entremets, hors-d'œuvre, etc., y pousseraient de la même façon que les pommes sur nos pommiers, et lorsqu'on veut servir un repas, on se contente de mettre le couvert ; alors viennent des oiseaux-serviteurs qui reçoivent vo§ ordres, s'envolent intelligemment, et en un clin d'œil, sur les montagnes où se trouvent les plats demandés, et vous en font hommage avec le plus grand empressement. Il vaut peut-être mieux croire que les végétaux de Mercure jouissent de ces dons précieux, et que ses oiseaux sont d'une intelligence aussi agréable, plutôt que de penser avec Pontenelle que les habitants de Mercure sont tous fous, et que leurs

MERCURE. 209

cerveaux sont brûlés par l'ardente chaleur que le soleil déverse sur leur tête. Mais jusqu'à <;e qu'un voyage authentique nous ait suffisamment renseignés à cet égard, nous nous en tiendrons aux éléments astronomiques de la planète, savoir : qu'elle roule à 14 millions 783 000 lieues du soleil, que son diamètre est de 4978 kilomètres, sa surface de 779 250 000 myriamètres carrés, son volume de 64 851 000 myriamètres cubes; que son jour dure 24 heures, 3 minutes, 28 secondes, son année 87 jours, 23 heures, 14 minutes, et ses saisons 22 jours seulement; que sa masse, comparée à celle de la Terre, est seulement de 17 centièmes; que sa densité est trois fois plus forte que la nôtre, et que les corps qui tombent à sa surface parcourent 5 mètres 63 centimètres pendant la première seconde de chute, enfin qu'elle reçoit 6 fois et demie plus de lumière et de chaleur que la Terre, et qu'elle est fort excentrique.

Excentrique veut dire que dains son mouvement de révolution autour du soleil elle ne demeure pas toujours à la même distance, qu'elle suit une ellipse plutôt qu'une circonférence, et qu'à certaines époques de son année ele reçoit deux fois plus de chaleur qu'aux époques opposées. On voit que le mot excentrique n'est pas mal choisi, puisqu'il représente un manque de régularité dans le mouvement circulaire des planètes. Pendant que nous parlons de cette singularité, ajoutons encore que de toui les astres, les comètes sont les plus excentriques: elles s'approchent à certaines époques si près du

soleil, qu'on croirait vraiment qu'elles vont fondre dans son. brasier; dans la partie opposée de leur course, au contraire, elles s'en éloignent à de telles distances qu'elles finissent par le perdre de vue et qu'elles errent dans les ténèbres et le froid des espaces solitaires.

' toi, petite étoile scintillante da soir, diamant qui étincelles sur un ciel d'axur I avec quel empressement je prendrai mon essor vers toi quand mon âme sera dégagée de sa prison terrestre ' I

La jeune fille poète qui chanta cette ravissante pensée. Maria Lucrezia Davidson, s'envola de sa prison terrestre vers son étoile bien-aîmée, lorsque à peine elle avait vu fleurir son dix-septième printemps. Comme la blanche étoile du matin et du soir, elle s'éteignit à la première période de la vie, et ne connut que son aurore. Peut-être maintenant réside-t-elle en effet dans cette tle de lumière, et contemple-t-elle de là le séjour terrestre qu'elle

1. Ces vers sont trop beaux pour n'être pas cités en original:

Thon little sparkling star of even Thoo gem npon an ajsure heaven !

How swiftly wils soar to tUee When tbis unprisoned soûl is freel

habitait naguère; peut-être entend -elle la prière de ceux qui, comme elle le faisait autrefois, permettent à leurs espérances de s'envoler parfois aux ' régions du ciel.

Quelques esprits de mauvaise humeur, ont prétendu que, si Vénus est belle de loin, c'est qu'elle est fort affreuse de près. Je vois d'ici mes jeunes lecteurs et mes aimables lectrices , et je suis sûr que pas un d'entre eux, et surtout que pas une d'entre elles, n'est de cet avis-là : on peut être beau de près comme de loin, n'est-ce pas? Ce n'est pas vous qui me contredirez. Ayons donc la gracieuseté de reporter à Vénus ce que nous disons entre nous, et soyons assurés que non-seulement elle est fort belle de loin, majis encore ravissante de près.

En effet, toutes les magnificences de la lumière et du jour dont nous jouissons sur la Terrre, elle les possède à un plus haut degré. Elle est enveloppée, comme notre globe, d'une atmosphère transparente au sein de laquelle se combinent mille et mille jeux de lumière. Des nuéess'élèvent de l'océan tumultueux et portent dans le ciel la diversité de leurs nuances neigeuses, argentées, dorées, empourprées. A l'horizon du matin et du soir, quand l'astre éclatant du jour, deux fois plus grand qu'il ne parait de la Terre, lève à l'orient son disque énorme et se penche le soir vers l'hémisphère occidental, le crépuscule développe ses splendeurs et ses ravissements. D'ici, nous assistons par le télescope à ce lointain spectacle, car nous distinguons clairement l'aube et le déclin du jour dans les cam-

pagnes de Vénus. Le jour et la nuit y sont à peu près de même durée que sur la Terre : la période diurne de rotation de la planète est de 23 heures 21 minutes 7 secondes; c'est par conséquent 35 minutes de moins qu'ici. Mais entre l'hiver et l'été, il y a une différence plus grande encore que chez nous entre l'intervalle qui s'écoule du lever au coucher du soleil et celui qui sépare son coucher de son lever, car ce globe est plus incliné que le nôtre sur le plan de son orbite. C'est cette inclinaison qui constitue, sur cette planète comme sur la Terre, également la variation des saisons, leur durée réciproque, leur intensité. Vénus étant plus penchée encore que la Terre sur le plan dans lequel elle se meut, ses saisons sont plus caractérisées encore que les nôtres, et ses climats beaucoup plus marqués. Il y a entre le froid de l'hiver et la chaleur de l'été une différence beaucoup plus grande qu'ici ; il y fait presque aussi froid qu'ici en hiver, et infiniment plus chaud en été. Pareillement, il y a de l'équateur aux pôles une variation de climats plus marquée encore que sur la sphère terrestre; ce que nous appelons ici zones tempérées est insensible sur Vénus, et même n'y existe pas. La zone torride et la zone glaciale empiètent constamment l'une sur l'autre, et comme l'année ne dure que 224 jours au lieu de 365, la rapidité de cette succession accroît encore à son intensité. Aussi les neiges n'ont-elles pas le temps de s'accumuler aux pôles, comme sur la terre, sur Mars! et sur Saturne, et les variations atmosphériques font-elles régner

une agitation perpétuelle à la surface de la planète.

Ses montagnes sont beaucoup plus hautes que les nôtres. On les a mesurées aux époques où Vénus se présente à nous sous la forme d'un croissant. Les inégalités que Ton remarque dans l'intérieur du croissant sont les parties plus élevées de la surface qui reçoivent encore les rayons du soleil à rheure où celui-ci est déjà couché pour la plaine. D'après le temps que ces parties blanches mettent à disparaître 9 on peut donc en conclure la hauteur.

Nous venons de parler du croissant de Vénus.

Gomme Mercure, en effet, cette planète est située entre la Terre et le Soleil, et le cercle qu'elle décrit dans son année se trouve compris dans l'intérieur du cercle que décrit la Terre autour du même astre. Il suit de là qu'à certaines époques la planète Vénus se trouve justement entre le Soleil et nous, et alors elle nous présente sa partie obscure, puisque sa partie éclairée est naturellement du côté du Soleil. En d'autres temps, lorsqu'elle se trouve à droite ou à gauche du Soleil, elle nous présente seulement un quartier. Enfin, lorsqu'elle se trouve de l'autre côté du Soleil, elle nous présente sa partie éclairée tout entière.

Vénus circulant dans une orbite inférieure à celle de la Terre, il y a des périodes où elle n'est qu'à 10 millions de lieues de nous (lorsqu'elle se trouve entre le Soleil et nous) et des périodes opposées où elle s'éloigne à 65 millions de lieues. Ses dimensions

apparentes varient donc très-sensiblement avec sa distance. La fig. 29 donne ces variations.

Fig, 29. Variations du disque apparent de Vénus.

Les phases de Vénus furent vues pour la première fois au mois de septembre 1610 par Galilée, qui reçut de ce spectacle une joie impossible à décrire , attendu qu'il témoignait éloquemment en faveur du système de Copernic , montrant que, comme la Terre et la Lune, les planètes reçoivent leur lumière du Soleil. Quand je dis que ces phases furent vues pour la première fois au mois de septembre 1610, vous n'en conclurez pas pour cela qu'elles n'existaient pas avant cette époque, mais vous en tirerez seulement la conséquence qu'avant cette année on n'avait pas tourné de lunette du côté

de cette planète, et qu'à l'œil nu ces phases sont insensibles.

Suivant une coutume de l'époque, Tillustre astro-

Fig. 30. Ëchancrures du croissant de Vénus.

ûome cacha sa découverte sous un anagramme, pour justifier de l'authenticité de cette découverte en cas de rivalité, et pour se donner le temps de continuer ses observations et de les rendre plus parfaites.. Il termina une lettre par cette phrase :

Hêpc immatura a mejam frustra leguntur^ d, y.

c'est-à-dire : « Ces choses, non mûries et cachées encore pour les autre», sont lues par moi. » Sous ce cryptogramme, il serait difficile, n'est-ce pas, de trouver l'idée des phases de Vénus ? Nos pères étaient fort ingénieux, et, de nos jours, certaines découvertes n'auraient pas été si haut con-

testées, si MM. les astronomes avaient quelquefois employé la même ruse. Il y a dans cette phrase 34 lettres. En les plaçant dans un autre ordre, on en tire ces mots, dans lesquels toute la découverte est élégamment inscrite :

Cynthix figuras emulatur mater amorum, La mer des amours suit les phases de Diane.

Galilée ne laissait pas d'être très-fin. Deux mois plus tard, le Père Castelli lui demandant si Vénus a des phases, il répond : < Je suis en fort mauvais état de santé, et je me trouve beaucoup mieux dans mon lit qu'à la rosée. » Cen'est que Tavant-dernier jour de Tannéei qu'il annonça lesdites phases.

Vénus a-t-elle un satellite? — Elle en aurait plutôt deux qu'un, avaient répondu les amis de Cassini aux adversaires de cet astronome. Beaucoup ont la ferme croyance de l'avoir vu, mais la question reste indécise. Au milieu du dernier siècle, on y croyait si fermement, que le grand Frédéric de Prusse proposa de lui donner le nom de son ami d'Alemberty ce dont l'illustre géomètre se défendit par ce petit billet : t Votre Majesté me fait trop d'honneur de vouloir baptiser de mon nom cette nouvelle planète. Je ne suis ni assez grand pour devenir au ciel le satellite de Vénus, ni assez bien portant pour l'être sur la Terre, et je me trouve trop bien du peu de place que je tiens en ce bas monde pour en ambitionner une au firmament. »

Ce monde ofire la plus grande ressemblance avec le nôtre : mêmes éléments astronomiques, même

218 LES MEHVEIPLES CÉLESTES.

grandeur, même volume, même poids, même densité ; seulement, il est deux fois plus près du Soleil que nous. Depuis les origines de la poésie antique, sa position près duSoleil, qui le fait apparaître le matin avant le jour, ou le soir avant la nuit, attira vers lui les pensées contemplatives, et Vénus fut l'étoile de tous ceux qui aiment à rêver !e soir» depuis le berger à son retour des champs jusqu'aux amis de cœur dont les âmes se rencontrent pendant la nuit. Au moyen âge, un bon père fait un voyage extatique dans le ciel, et ne voit dans Vénus que des jeunes gens d'une beauté ravissante, vivant au sein d'un parfait bonheur ; c'étaient, à ses yeux, les esprits directeurs de la planète Vénus, car on croyait jadis qu'une légion d'anges ou de génies était préposée à la direction de chacune des sphères célestes. Plus tard, l'auteur de Paul et Virginie fait encore de Vénus la description la plus merveilleuse : c'est un véritable Paradis terrestre. De nos jours enfin, le poète des Contemplations^ visitant Tîle antique de Cythère, qui n'est plus aujourd'hui qu'un roc désert et dénudé, reporte sa pensée dans le ciel, et c'est là qu'il cherche désormais le séjour de Vénus:

Vénus! que parles-tu de Vénus? elle est là.

Lève les yeux. Le jour où Dieu la dévoila Pour la première fois dans l'aube universelle, Elle ne brillait pas plus qu'elle n' étincelle. Si tu veux voir l'étoile, homme, lève les yeux. L'Ile des mers s'éteint, mais non l'Ile des deux ; Les astres sont vivants et ne sont pas des choses

Qui s^efifeuillent, un soir d'été, comme les roses. La terre à Gérigo, mais le ciel à Vénus.

Puissent les rayons d'or de cette belle étoile briller longtemps encore sur nos soirs, ouvrant à nos pensées le cours des rêveries qui nous transportent transitoirement dans le céleste monde. Qu'elle annonce encore le cortège étoile des nuits profondes, et qu'elle soit l'avant-courière des heures de paix et de silence qui bercent l'âme dans la rêverie de ses souvenirs.

Étoile qui descends sur la verte colline, Triste larme d'argent du manteau de la nuit, Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine, Tandis que pas à pas son long troupeau le suit. Étoile! où t'en vas-tu dans cette nuit immense ? Gherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux? Ou t'en vas-tu si belle, à l'heure du silence, Tombet comme une perle au sein profond des eaux ? Ah! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tête *

Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux. Avant de nous quitter, un seul instant arrête, Étoile de Pamour, ne descends pas des cieux !

A. DE Musset.

ogu

Je reconnais ses traits, c*est le farouche Mars ! Sa pàlenr que nuance une rougeur obscure Sans peine à tous les yeux distingue sa figure: Empreinte sur son front, cette sombre couleur Du dieu dont les guerriers admirent la valeur Nous peint la cruauté, la fureur homicide, Et du sang des humains sa soif toujours avide. Rien ne peut adoucir sa barbare fierté.

Des mortels et des dieux son glaive détesté Souille toujours de sang sa funeste victoire.

A son cruel aspect, la paix, la douce paix, S'éloigue des mortels, retire ses bienfaits De nos champs ravages on voit fuir Tabondance..

Ricard.

Le pauvre Mars n'a pas été épargné, comme vous voyez. Sur lui et sur Saturne sont tombées toutes les malédictions des mortels. A commencer par la guerre, ce fléau de l'humanité dont elle aura tant de peine à se guérir, tous les malheurs publics causés par la force lui ont été attribués, et s'il sait ce que la Terre a pensé de lui depuis les jours de la mythologie, il doit la regarder d'un bien mauvais

œil. Il est pourtant bien innocent de tontes ces calomnies, et nous devrions d'autant moins parler mal de lui qu'il offre plus de ressemblance avec nous. Le monde de Mars, en effet, ressemble tant au monde de la Terre, que s'il nous arrivait un jour de faire un voyage de son côté et d'oublier notre chemin, il nous serait ù peu près impossible

Fig. âl. Mars.

de reconnaître lequel; des deux est notre patrie. Sans la Lune, qui lèverait charitablement notre incertitude, nous courrions grand risque d'arriver chez les habitants de Mars, croyant descendre en Europe ou dans quelque autre quartier terrestre.

La planète Mars, en effet, présente dans nos télescopes le niéme aspect que la Terre doit offrir aux

habitants de Vénus : un disque circulaire, un peu aplati vers les pôles, tournant sur lui-même en vingt-quatre heures environ, sillonné de temps à autre par des nuages passagers, diversifié de plaines tantôt claires, tantôt foncées; roulant obliquement sur lui-même, enveloppé d'une atmosphère et recouvert à ses pôles de taches neigeuses. Sur cette planète, les saisons sont à peu près de la même intensité que les nôtres ; mais leur durée est deux fois plus longue, car Mars n'accomplit sa révolution annuelle autour du Soleil qu'en 1 an 321 jours 22 heures, ou l an 10 mois et 21 jours. Les amoncellements de glaces que Ton voit à ses pôles fondent en partie au printemps de chaque hémisphère, et se reforment en automne, comme il arrive sur notre globe; et comme les saisons sont complémentaires sur les deux hémisphères, les mouvements de ce globe s'exécutent en sens inverse; tandis que le pôle austral diminue, le pôle boréal augmente, et réciproquement. De cette fonte des neiges résultent les changements de température et les mouvements météoriques que Ton observe ici ; une partie de l'eau s'évapore en nuages, une autre partie va grossir les fleuves et descend à la mer. Ainsi les caractères fondamentaux des saisons terrestres se retrouvent sur cette planète voisine.

On peut cependant remarquer certaines différences entre l'aspect du monde de Mars et le nôtre. Tandis que vue de loin, la Terre , en raison de la couleur de son atmosphère, de sa végétation et de ses eaux , doit paraître nuancée de vert, Mars est

plus nuancé de rouge , et c'est cette teinte qui lui donne l'éclat rougeâtre dont on le voit brillera l'œil nu. Sans doute cette couleur caractéristique est produite par la coloration dominante des éléments de sa surface , soit que son sol soit ainsi coloré comme celui de nos déserts , soit que ses mers y sa végétation ou des vapeurs s'élevant dans son atmosphère revêtent principalement cette nuance. Toutefois les taches polaif es gardent toujours leur éclatante blancheur. Un philosophe de l'antiquité , Anaxagore , afGrmait que la neige était noire; son paradoxe eût été quelque peu allégé si les neiges de Mars, toutes les fois que l'on put les apercevoir distinctement, avaient été rouges ; mais elles sont blanches aussi. < La couleur des taches polaires^ disent Béer et Madler, deux astronomes dont la vie a été vouée à l'étude de Mars et de la Lune , est toujours d'un blanc brillant et pur, en aucune façon semblable à la couleur des autres parties de la planète. En 1837, il arriva une fois que Mars fut , pendant l'observation , complètement obscurci par un nuage, à l'exception de la tache polaire qui se montrait distinctement à la vue. »

De plus, l'eau de Mars est-elle la même que l'eau de la terre? le P. Kircher se demandait si celle de Vénus serait bonne pour baptiser et n'en doutait pas. Nous nous demandons s'il y a là les mêmes éléments chimiques qu'ici, et nous en doutons. Que les taches polaires de Mars soient des amas de glace et de neige , c'est ce qui semble démontré par l'observation, puisque les changements qu'elles

subissent annuellement sont occasionnés comme chez nous par le mouvement apparent du soleil. Ce fait a été constaté dans ses phénomènes généraux et dans ses phénomènes partiels. Quand une tache offre une plus grande étendue, c'est après un long hiver du pôle auquel elle appartient; quand la même tache se montre très-petite, c'est après un été qui Ta fondue et successivement resserrée. Mais il. ne faudrait pas en conclure de là que le nom de neige signifie autre chose qu'une apparence, et Ton ne saurait s'appuyer sur aucune raison plausible pour y voir identiquement la substance que nous connaissons sous le nom de neige, c'est-à-dire l'eau (chimiquement, un équivalent d'hydrogène et unjd'oxygène : HO) congelée en petites aiguilles. Il est au contraire très-probable, pour ne pas dire certain, que les éléments constitutifs du globe de Mars étant tout différents de ceux dont la Terre est formée, et leurs combinaisons chimiques ayant été dès l'origine soumises à des influences tout autres que celles qui présidèrent sur notre globe, il ne peut exister qu'une analogie lointaine entre la nature de ce monde et là nôtre, et non une identité de matières.

Ëloignée du soleil à une distance moyenne de 58 millions de lieues, et enveloppant l'orbite de la Terre dans celle qu'elle décrit autour de l'astre central, il y a certaines époques où ces deux planètes sont très-rapprochées : c'est lorsqu'elles sont toutes deux d'un même côté de leur cours relativement au soleil. Quelquefois elles ne sont plus qu'à

14 millions de lieues de distance Tune de l'autre. C'est ce qui fait que Mars est, après la Liine, le monde le mieux connu de nous, et que Kepler a pu écrire ces paroles: « C'est de la connaissance de Mars que nous viendra l'astronomie, et c'est de rétude de cette planète que sortiront les progrès future de notre science. »

On appelle conjonction de deux planètes le point de leurs orbites où elles se trouvent ainsi d'un même côté du soleil, et sont le plus près possible l'une de l'autre; on donne le nom d'opposition, sm point opposé de leurs courses, celui où elles se trou-* vent chacune de côté et d'autre du soleil. Ces posis tions ont jadis beaucoup exercé la sagacité des tireurs d'horoscopes, et Dieu sait combien de destinées ont reçu de prétendues prédictions, selon que le dieu de la guerre se trouvait en conjonction dans tel ou tel signe du zodiaque. La conjonction dans le Taureau n'était pas du tout la même que celle qui arrivait dans la Vierge, et lorsque par ha-, sard elle avait le malheur d'arriver dans le Capricorne, les plus habiles se perdaient en inductions sur la mauvaise fortune présagée au nouveaupé« I^es planètes intérieures, Vénus et Mercure» dont l'orbite est renfermée dans celle de la Terre,| n'ont pas d'opposition, mais elles ont deux conjonctions : l'une supérieure , quand la planète se trouve au delà du soleil et sur une même ligne droite; l'autre inférieure, quand elle est placée entre le soleil et la Terre. Les planètes extérieures, celles qui renferment l'orbite terrestre et dont

elle est la première, n'ont que la conjonction su* périeure. '

Au delà de la planète Mars, à 40 millions de lieues environ entre l'orbite de cette planète et celle de Jupiter, on rencontre le groupe de petites planètes dont nous avons déjà parlé. Ce sont de tout petits mondes, si même ils méritent ce nom, qui n'ont guère que l'étendue d'une province ou méime d*un département. Ils gravitent dans cette zone en nombre considérable, car il peut en. exister plusieurs milliers. Déjà 83 ont été découverts : le premier en 1801, le dernier cette année (1865) ^ Peutêtre sont-ils les débris d'un monde plus gros, brisé par quelque catastrophe; peut-être ont-ils été formés dans cette région de l'espace à l'état fragmentaire dans lequel nous les voyons aujourd'hui. C'est ce qui n'est pas même décidé, attendu que sur l'origine des choses, la science d'aujourd'hui, comme celle du temps de Virgile, ne peut encore se prononcer.

Félix qui potuit rerum cognoscere causas.

Ignorant le titre de noblesse originaire de ces astéroïdes et le sort qui les attend, traversons leur colonie et abordons au delà le plus magnifique des mondes de notre système.

t. Les astéroïdes connus sont, en décembre 1866, au nombre de 91. (Note de la 2* édition.)

JUPITER

Oh ! disait-elle, pourquoi mon destin ne m'a-t-il pas fait naître esprit de cette belle étoile, habitant sa sphère brillante, pure et isolée comme les anges, sans autre emploi que de prier et de briller, et d^allamer mon encensoir au soleil !

THOMAS MOGRE,. Amour des Anget.

Le monde de Jupiter est le plus volumineux de tous les globes de notre système : il n'est qu'un millier de fols plus petit que le Soleil, ce qui donne, si l'on se souvient du volume de l'astre radieux, de quatorze à quinze cents fois le globe terrestre. Aussi, quoiqu'il roule sur une circonférence éloignée de presque 200 millions de lieues, et qu'il reçoive une lumière bien plus faible que celle reçue par la Terre, sa grosseur se manifeste par l'éclat dont il brille durant nos nuits étoilées, éclat égal et souvent même supérieur à celui dont Vénus étincelle. Jupiter compte donc parmi les premières beautés du ciel. Comme il est toujours sur le zo-

diaque, et que le soir, Vénus, quand elle est visible, est toujours à roccident, il est facile à reconnaître. Toutes les fois qu'à une époque quelconque de Tannée vous voyez une étoile très-brillante cheminer soit à l'est, soit au-dessus de vos tôtes, à travers les constellations zodiacales, vous pouvez être assurés que c'est Jupiter*.

Ce monde est ravissant, autant du moins qu'on en peut juger de loin et sansy être allé. D'abord un printemps perpétuel rayonne à sa surface. S'il est orné de fleurs, cèdent nous ne doutons pas, sauf à savoir en quoi consistent ces fleurs, elles ne vivent pas seulement « l'espace d'un matin » comme nos roses, mais vivent infiniment plus longtemps. Â peine les plus âgées commencent-elles à avoir quelques rides et à pâlir, qu'elles sont remplacées par de charmants boutons, s' épanouissant avant que les premières soient fanées. Non-seulement chaque année de la planète jovienne en vaut douze des nôtres, mais encore on ne sait presque pas quand commence et quand finit la période annuelle. Pas d*hivers, pas d'étés, toujours le printemps.

Ensuite Jupiter, comme je l'ai dit, oflre une surface 126 fois plus étendue que la surface terrestre.

l. Un grand nombre de personnes sont désireuses de pouvoir observer les planètes parmi les étoiles, et de savoir en quel point du ciel elles se trouvent chaque nuit de Tannée. C'est pour répondre à ce besoin que, dans nos Études et lectures sur V Astronomie y nous avons intégralement calculé et décrit les Phénomènes astronomiques de chaque mois, et dessiné sur une carte céleste la marche future des planètes.

JUPITEB. 2a9

Je parle dé la suffdce et non du volume. Or, cent vingt-six terres placées les unes à côté des autres, et sur lesquelles le genre humain pourrait se répandre à plaisir , constituent un fort beau pays, n'est-ce pas? On ne doit donc pas douter qu'un pareil empire n'ait' été fait pour servir de demeure à une famille humaine, vénérable et digne de tous nos respects. C'est ainsi que nous raisonnons à propos de Jupiter, parce que nous avons eu les moyens nécessaires pour le mesurer et l'apprécier à sa juste valeur. Mais il est utile d'ajouter quelque chose pour compléter la comparaison entre ce monde et le nôtre.

De ce que nous trouvons par l'observation de la planète jovienne d'excellentes raisons de croire que ses habitants sont très-favorisés, il ne s'ensuit pas que lesdits habitants fassent des réflexions analogues à notre égard. Une bonne raison s'oppose à ce qu'ils s'occupent de nous : c'est qu'ils ne se doutent pas même de notre existence. Et, en effet, si jamais, dans un avenir plus ou moins éloigné, il vous arrivait d'habiter Jupiter, vous auriez grand'peine à trouver votre ancienne patrie. Il faudrait pour cela vous lever un peu avant le soleil (et notez qu'il n'y a que cinq heures du coucher au lever de cet astre sur Jupiter) et chercher à l'orient, 5 ou 6 minutes avant, une toute petite étoile blanche. Avec dés yeux assez fins, vous arriveriez peut-être à l'apercevoir. Dans ce cas, vous sauriez que notre terre est au monde. Aussi bien pourriez- vous faire la même recherche, six mois

plus tardy à l'occident, quelques moments après le coucher de l'astre -roi. Telle est la condition dans laquelle se trouvent les habitants de Jupiter à notre égard. Pendant la nuit^ on ne voit jamais la Terre de là, tandis que c'est précisément au milieu des nuits sereines que nous pouvons d'ici observer le mieux cette magniûque planète. Ainsi, ces êtres inconnus, qui se doutent probablement si peu de l'existence de notre monde, se doutent encore moins de la nôtre. Quant à ceux des planètes qui vont suivre : Saturne, Uranus, Neptune,... ils ne s'en doutent plus du tout.

Un écrivain d'outre-Manche, James Wills, H. M., a chanté le monde de Jupiter en termes qui méritent d'être offerts à nos lecteurs. Il parle, dans ce chant, de la beauté de cet astre, de la découverte de ses quatre satellites par Galilée, et de l'espérance fondée que nous avons de croire ce monde peuplé d'êtres pensants, aussi bien que les autres planètes.

« Voyez dans les hauteurs du ciel cette planète argentée : c'est Torbe de Jupiter. Mille terres réunies n'égaleraient pas ce grand monde, qui roule autour de notre commun soleil, dans le même, système, lié dans le même réseau. Quoique l'espace qui nous en sépare paraisse immense, quoique ce globe soit trop éloigné pour que le regard curieux des mortels puisse en distinguer les forêts ou les campagnes éclairées, et pour que l'oreille humaine puisse saisir le bruit de sa vie prodigieuse ; quoiqu'il soit, dans sa clarté silencieuse, au-dessus des

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atteintes de la baine ou de Tamour de notre monde; que son astre radieux n'attire pas l'œil d'un cooqué« rant, et que ses vastes et riches royaumes, soient réduits par la distance à ce point qui brille sur nos têtes; pourtant la Terre, sa sœur, n'ose pas dire qu'il est mort.

< Obi quelle vision transporta le noble Toscan dans sa tour solitaire^ à l'heure où il ouvrit à la pensée de la Terre une ère plus glorieuse que la fondation du plus puissant empire! lorsque le bril^ lant mystère révéla à son verre , dans les profondeurs de la nuit^ une lumière surnaturelle, rivage de l'espace, continent du ciel, plus beau que celui qui s'offrit au navire traversant les ondes dans son voyage téméraire aux rives de l'Atlantique. Quelle merveille solennelle fit tressaillir son cœur lorsque le magnifique système s'éleva devant lui, monde accompli , enveloppé d'orbes de moindre lumière , pour accomipagner son cours et illuminer ses nuits ! • :

< Expliquez pourquoi ces brillants compagnons attendent l'heure du sommeil où ils garderont leurs veilles silencieuses, pourquoi cette planète roule: sur son axe tournant, pourquoi elle penche alternativement ses pôles vers le soleil. Dites dans quel but cette vaste étendue fut préparée pour la vie , avec ses saisons qui suivent le cours de Tannée , et la lumière de ses lunes , mesurée pour une nuit plus spacieuse ou pour la compensation d'un soleil moins brillant. A quoi bon ces variétés de nuits et de jours si nul regard ne s'éveille pour saluer le

jour naissant ,.si les saisons inutilement constantes n'apportent aucune jouissance, aucun fruit, aucune chose vivante, si Celui qui gouverne ce bas monde., connuvobéiet adoré des intelligences quirhabitent, n'était ni connu, ni obéi, ni adoré par aucun être, et ne régnait que sur une immense et stérile solitude!

«Lé Soleil qui illumine les vallons et les gais pâturages de notre terre, verse là sur dés champs pins vastes les mêmes rayons joyeux. Notre aurore les éclaire, et la main qui a formé ce monde est la même qui a versé sur là terre les rayonnements de la vie souveraine. Pourrait-il se faire que tout cela soit stérile et mort, que mille royaumes etiveloppés d'un jour glorieux soient étendus pour briller de loin dans l'obscurité sur notre nuit et dorer notre midi d'une lumière ineffective. Monde absorbant sans fruit les rayons solaires, campagne dénudée, orbe triste et stérile qui ne dbnne ni verts pâturages ni souffle'vital, vaste et silencieux domaine de la mort! »

Non. Jupiter est une terre , une terre splendide» auprès de laquelle la nôtre n'est vraiment qu'une Luné. Jugez-en plutôt :

S'il nous était donné d'observer ce monde de près et de nous accoutumer à sa nature, de vivre quelque temps au milieu de son cortège et d'apprécier toute son importance, nous trouverions notre globe bien modeste en sortant d'un tel séjour. Nous serionis comme ces bons villageois qui viennent une fois dans leur vie voir Paris et qui, s'ils ont le malr

JUPITER

heur d'y rester un mois seulement, ne savent plus que penser de leur village : il reste éclipsé par le seul souvenir des splendeurs entrevues. C'est pré-

Fig. 32. Jupiter et la Terre.

cisément ce que se disait notre poète national Béranger , la nuit de son ascension :

t Dans mon vol, sous mes pieds, qu'entends-je?

C*est le triste son d'un pipeau,

Qui mène au gré d'un tout jeune ange

L'un des corps nains du grand troupeau.

Petit globe, objet de risée !

On dirait à le voir courir,

Du savon la bulle irisée

Qu'un souffle fait naître et périr.

234 LES MERVEaLES CÉLESTES.

< Je demande à Penfant céleste Si c'est son jouet dans le$ cieuz.

— Énorme géant, sois modeste, Dit-il, regarde et juge mieux.

Je me penche alors sur la boule.

Prêt )l la prendre dans ma main !

Dieu! j'y vois s'agiter la foule

Que Qous.nfiixmions le genre humain.

c Ma CQUCusion est profonde.

EsiM» donc là notre séjour?

— Oui, dit range, voilà ce monde Dimtpeu d'entre vous font le tour.

Tqii jeil y distingue sans doute

G€^ monts qui sont géants pour vous, MysAre Océan, cette goutte Q.ui^ffit à vous noyer tous. >

Seul dans notre système, Il marche I9 front ceint d'un double diadème. Quels tableaux variéis doivent offrir aux yeux Ces deux ëc^arpes d'or flottantes dans lescieux I Oui, Saturne, à bon droit, en contemplant sa masie, Ce soleil qui pour lui n'est qu'un point dans Teapace Ses gardes; sa couronne et leurs orbes divers. Peut se croire le roi, centre de runivers.

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