‹ Les merveilles célestes, lectures du soirChapitre 10 sur 47 · L.\ VOIE LACTÉE · texte numérisé non relu

L.\ VOIE LACTÉE

fabriqué de. ses propres mains, résolut, vers la fin du siècle dernier, de dénond^rer les étoiles comprises dans cette zone •' il se mit à l'œuvre et divisa son travail parties par parties. Sa longue persévérance fut couronnée d'un grand succès. Par une comparaison très habile des parties on la condensation d'étoiles atteint son maximum avec celles où elle est à son minimum, et par l'examen de l'étendue occupée par ces anneaux immenses, le grand observateur trouva que la Voie lactée ne renferme pas moins de dix-huit millions d'étoiles !

Dix-lmit millions d'étoiles dans la couche équatoriale de l'amas auquel nous appartenons: ce n'est pas là le nombre total des étoiles dont il se compose, puisqu'il ne s'agit pas ici des parties latérales de cette masse gigantesque, et que toutes les étoiles du ciel, situées de part et d'autre du plan de plus grande condensation, ne sont pas comprises dans cette énumération. Nous verrons un peu plus loin, au chapitre consacré à l'étude des étoiles, que le nombre total des membres de cette populeuse tribu est bien supérieur encore à dix-huit millions.

Quelle est l'étendue réelle occupée par cette formidable république de soleils? Le nombre des étoiles qui la composent, et les distances réciproques de ces étoiles entre elles, donnent pour cette étendue un nombre que l'esprit ne peut bien concevoir sans y être préparé, un nombre qu'il ne peut apprécier, s'il ne fait de grands efforts pour arriver à le saisir. Je ne veux pas donner ce nombre en lieues, parce qu'une suite immense de lieues dépasse les bornes de la vision de l'esprit même; il vaut mieux prendre la mesure dont on se sert habituellemont pour les grandeurs astronomiques. Or donc, l'étendue de la Voie lactée, dans sa plus grande longueur, serait mesurée pur un layon de hnnière qui. à raison de 75 000 lieues par chaque seconde, vulerait en ligne droite et sans s'arrêter pendant quinze mille ans !

Ainsi, coimne nous nous trouvons vers le centre de cette nJbideiisj, Ijrsijuc par le champ dun puissant télescope

nous observons les petites e'toiles lointaines situées dans les profondeurs de la Vole lactée, notre rétine reçoit l'impression d'un rayon lumineux parti il y a sept ou huit mille ans d'un soleil analogue au nôtre et faisant partie du même groupe sidéral !

Si telle est l'étendue delà nébuleuse dont nous sommes une mfmitésimale partie constituante, les autres nébuleuses semées dans l'espace sont-elles aussi opulentes et aussi vastes, ou bien notre contrée est-elle privilégiée et surpasse-t-elle les autres en richesse comme en étendue?

Il n'y a pas de raison pour s'arrêter à celte dernière idée, qu'un restant de vanité pourrait peut-être encore nous suggérer pour nous dédommager un peu de la médiocrité du rang naturel où nous sommes. La Voie lactée n'est pas unique; toutes les nébuleuses de l'univers sont autant de voies lactées, plus ou moins semblables à la nôtre, (juclques-unes peuvent être moins vastes; d'autres peuvent être beaucoup plus vastes encore, attendu que dans le domaine de l'infini l'espace ne compte plus. Le mieux pour nous est donc de prendre la moyenne, et de penser que les nébuleuses palissantes et diffuses qui semblent trendjler au loin dans les insondables immensités, sont des voies lactées peuplées d'autant de soleils que la nôtre. Mais alors, puisqu'elles nous paraissent si petites, il faut donc qu'elles soient bien éloignées de nous? Bien éloignées, en effet, car si nous cherchons à quelle distance il faudrait transporter notre Voie lactée pour qu'elle se réduisît à la limite d'une nébuleuse moyenne, nous trouvons qu'il faudrait l'éloigner à 554 fois ca longueur, distance telle, que notre agile messager, le rayon de lumière, emploierait plus de cinq millions d'années pour la franchir....

Telle est la distance qui paraît séparer entre elles les gigantesques agglomérations de soleils dont l'univers sidéral est composé, et qui planent dans l'espace, suspendues dans toutes les profondeurs de l'immensité insondée!

En contemplant ces merveilleuses grandeurs, on comprend

LA VOIE LACTEE. 57

qu'elles aient été pour les poètes un sujet d'extase, et l'on redit avec émotion les belles pensées qu'elles ont inspirées. « 0 toi, magnifique et inimaginable étlier! ô vous, innombrables masses de lumière qui vous multipliez et vous multipliez sans cesse à nos yeux ! qu'êtes-vous? Qu'est-ce que ce d:sert bleu et sans bornes des plaines éthérées où vous roulez comme les feuilles tombées sur les fleuves limpides d'Éden? Votre carrière vous est-elle tracée? ou parcourez-vous dans un joyeux désordre un univers aérien, infini par son étendue? Celte pensée afflige mon àme, enivrée d'amour pour J'Eternité. 0 Dieu ou Dieux, eu qui que vous soyez, que vous êtes beaux ! que je trouve vos ouvrages parl'aits ! . . . Faites-moi mourir comme meurent les atomes (si toutefois ils meurent), ou révélez- vous à moi dans votre pouvoir et votre science. Mes pensées ne sont pas indignes de ce que je vois, quoique la poussière dont je suis formé le soit.... Esprit, accorde-moi d'expirer ou de voir' ces merveilles de plus près^ ! » .

' Lonl Cvron, Coin,

Page 1