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LA VOIE LACTÉE

les sens, c'est précisément parce que la nébuleuse à laquelle nous appartenons n'est pas sphérique, mais de forme lenticulaire, et que dans la largeur de la lentille il y a moins de profondeur et moins d'étoiles que dans le sens de la longueur.

Toutes les étoiles qui scintillent dans le ciel pendant la nuit profonde paraissent appartenir à une seule agglomération, à une seule nébuleuse, dont la Voie lactée nous marque le sens longitudinal. Les étoiles ne sont pas isolées d'une manière absolue, au hasard, dans les déserts du vide ; elles font partie d'un ensemble; le Soleil qui nous éclaire est l'une d'entre elles; elles sont réunies par millions dans un groupe gigantesque, analogue aux amas lointains dont nous parlions plus haut. Au lieu de ne voir qu'une lueur diffuse, qu'une clarté indistincte dans la Voie lactée, le télescope sépare les étoiles qui la composent et montre qu'elle est formée d'une multitude innombrable d'astres irrégulièrement rassemblés.

L'idée que nous devons nous faire de la Voie lactée est donc bien différente de celle que les apparences nous présentent et de celles dont les anciens se contentaient. Dès l'origine des âges, dès les premières observations d'une astronomie élémentaire, on avait remarqué cette traînée semilumineuse qui traverse le ciel, et la mythologie régnante avait brodé sur elle les images dont elle ornait toutes choses. Un poète écossais du seizième siècle, Georges Buchanan, a retracé en quelques paroles cette histoire des singulières opinions émises sur la Voie lactée, en même temps qu'il s'est élevé à la cause véritable de cet aspect céleste.

i( Pourrai-je te passer sous silence, dit-il en s'adressant à la Voie lactée, toi que les anciens poètes ont tant célébrée dans leurs chants ! toi qui partages le ciel par ta large ceinture et qui en es un des plus beaux ornements ! Tu brilles au sein de la nuit, et, sensible à tout l'univers, tu frappes les yeux des mortels; tu répands ta douce lumière toutes les fois que l'air sans nuages nous laisse librement porter nos regard

54 LES JIERVEILLES CÉLESTES.

jusqu'à la voûte céleste. Cette blancheur éclatante qui te l'ait si aisément remarquer t'a fait donner le nom de Voie lactée, soit (si la Fable n'en a point imposé aux anciens poètes) parce que des gouttes de lait tombées des seins de Junon coulèrent obliquement à travers les astres et tracèrent sur l'azur descieux cette bande si remarquable par sa blancheur; soit, selon d'autres, parce que c'est le chemin qui conduit à la demeure des dieux et au palais du maître du tonnerre. Il en est qui croient que c'est le séjour qu'habitent lesnijinesdes âmes heureuses; que là, exemptes de tout travail, libres de tout souci, elles vivent comme les dieux dans une éternelle félicité. D'autres veulent que le pôle conserve encore les traces de l'incendie allumé par Phaéton, lorsque le char de Pliébus, écarté de sa route parce conducteur novice, livra en proie aux flammes les demeures cJlestes, et manqua d'embraser l'univers. Il y en a qui prétendent que lorsque Dieu créa le monde et en assembla les différentes parties, lorsqu'il réunit ses flancs immenses, les extrémités du ciel, en se liant l'une à l'autre, laissèrent entre elles une espèce de suture et comme une cicatrice toujours subsistante, qui marque le point de réunion de toutes ces parties. Mais ceux qui se sont occupés de rechercher les causes secrètes des phénomènes célestes, ont constaté que cette bande est produite par un amas de petites étoiles contiguës, dont les clartés réunies foiment cette blancheur lumineuse, semblable à celle que donne le crépuscule, ou à cette faible lumière que conservent encore les astres lorsqu'ils pâlissent à rap[)roche de Pliébus. »

Ces fantaisies de l'imagination, autorisées par les fables antiques, étaient bien loin de la réalité ; et ici comme précédemment la réalité est plus belle, plus grande, plus admirable que la fiction. Depuis le jour oii les premières lunettes astronomiques permirent de distinguer les étoiles dont l'agglomération forme la blancheur de cette zone, les astronomes ])ortèrent leur attention sur sa constitution et sur sa structure. William Ilerschel, à l'aide du puissant télescope qu'il avait

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