LE DOMAINE DU SOLETL
LE SYSTÈME PLANETAIRE
Dans le centre éclatant de ces orbes immeusoà
Qui n'ont pu nous cacher leur marche et leurs distances.
Luit cet astre du jour, par Dieu même allumé,
Qui tourne autour de soi sur son axe enûammé :
De lui partent sans fin des torrents de lumière ;
Il donne on se montrant la vie à la matière,
Et dispense les jours, les saisons et les ans,
A des mondes divers, autour de lui flottants.
Ces astres asservis à la loi qui les presse
S'attirent dans leur cour>e et s'évitent sans cesse,
Se servent l'un et l'autre et de règle et d'appui,
Se prêtent les clartés qu'ils reçoivent de lui.
Au delà de leur cours, et loin dans cet espace
Où la matière nage et que Dieu seul embrasse,
Sont des soleils sans nombre et des mondes sans fin....
Par delà tous ces cieux, le Dieu des cieux réside !
Voltaire.
Nous allons descendre de l'ensemble des étoiles à une étoile particulière, et de la contemplation générale de notre univers à l'étude d'une région limitée. Après avoir embrassé l'étendue de ce vaste et imposant domaine exploré par la science, nous concentrerons nos regards sur une seule cité, connue l'observateur t|ui, voulant se rendre compte de la
position d'une villa au milieu d'un paysage, après avoir examiné d'abord les alentours et les sites qui l'environnent, concentre son attention sur la cité elle-même. Si l'immens'M des nombres ou l'infini de cette étude ne viennent plus dans cette contemplation nouvelle étonner notre esprit et confondre nos facultés, les caractères inaliénables qui distinguent universellement les œuvres de la nature nous révéleront des beautés plus sensibles et plus toucbantes, non moins dignes de notre attention. Dans l'œuvre parfaite de la nature, les plus modestes d'entre les êtres laissent encore voir sur leur front le signe divin de leur origine, et les plus simples d'entre les créations permettent d'apprécier en elles une splendeur cacbée non moins merveilleuse que les manifestations les plus éclatantes. Ainsi les rayonnements splendides de l'aurore boréale, que l'ombre gigantesque d'une main invisible élève sur les glaces du pôle, sont reproduits d ms une couleur plus vive et dans un aspect plus ravissant encore sur les corolles parfumées des petites Heurs aux nuances si tendres.
Que l'on n'aille pas croire cependant que nous allons descendre à de petits objets. Pour ne pas être infinis, ils n'en sont pas moins fort respectables ; ce sont encore des formes colossales, à l'aspect desquelles l'imagination reste confondue. Nous allons nous entretenir du système de mondes auquel la Terre appartient et auquel le soleil commande.
Peut-être même ressentirons-nous un intérêt plus saisissant à nous entretenir de cboses qui nous touchent de plus l)rès que de celles dont l'éloignement nous rend étrangères les richesses les plus précieuses. Nous voici, en effet, à peu près arrivés à notre demeure dans l'espace. Descendus des hauteurs de la création sidérale, après avoir commencé notre étude par la circonférence fictive que les limites de notre vue amplifiée par les instruments décrivent autour du point que nous habitons, nous nous sommes successive-
LE SYSTÈME PLANETAIRE. 155
ment rapprochés du centre. L'observation de notre quartier céleste n'est-elle pas plus intéressante pour nous que celle des autres cités de l'espace?
Le Soleil qui nous éclaire est une des étoiles de la Voie lactée, unité perdue parmi les millions qui constituent cette nébuleuse. Mais ce n'est plus comme étoile que nous devons l'examiner maintenant : c'est comme centre d'un système de mondes groupés autour de lui.
Autour de cet astre lumineux sont réunis des astres opaques, obscurs d'eux-mêmes, et qui reçoivent de lui leur lumière et leur chaleur. Ces astres obscurs sont nommés planètes. Pour faciliter leur étude et pour aider à les mieux reconnaître, on peut d'abord les diviser en deux groupes bien distincts :
Le premier, voisin du Soleil, est formé de quatre planètes, »de petites dimensions relativement à celles du second groupe. Ces quatre planètes sont, dans l'ordre des distances au Soleil : Mercure, Vénus, la Terre et Mars.
Le second, plus éloigné du Soleil, est aussi formé de quatre planètes ; mais elles sont très grosses si on les compare aux précédentes. Ces quatre mondes sont, dans l'ordre des distances à l'astre radieux : Jupiter, Saturne^ Uraniis et Neptune. Ces astres sont si volumineux, que les quatre premiers réunis en un seul ne formeraient pas encore un globe de la grosseur du plus petit d'entre eux.
Maintenant, entre ces deux groupes bien distincts, il en est un troisième, formé d'un nombre considérable de petits corps dont on a déjà découvert plus de deux cents. Ces petites planètes occupent l'espace qui s'étend du premier au second groupe. Comparés aux autres globes du système, ce sont de bien petits corps, en effet, car la plupart d'entre eux mesurent moins de cent lieues de diamètre, dans quelques-uns même ce diamètre est à peine de quelques lieues. Ce sont de modestes départements de la république céleste.
Ces planètes, grosses et petites, sont les membres princi-
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paux de la famille. Il faut maintenant lem- adjoindre des membres secondaires, des satellites qui appartiennent ù quelques-uns d'entre eux et sont groupés autour des planètes comme celle-ci le sont autour du Soleil. De ces satellites, la Terre en possède un : la Lune; Mars deux, Jupiter quatre, Saturne huit. On n'en a encore découvert que quatre à Uranus et un à Neptune; mais il est probable qu'ils en ont d'autres, que des instruments plus puissants nous révéleront un jour.
A quelles distances ces corps planétaires sont-ils situés autour de l'astre central? Mercure, le plus proche, réside à 14 millions de lieues du Soleil; Vénus, qui vient ensuite, à 26 millions; la Terre, à o7 millions, et Mars à 56 millions. Le groupe des petites planètes occupe une zone éloignée en moyenne de 100 millions de lieues du flambeau central. Puis viennent les quatre grosses planètes : Jupiter, presque Iv 200 millions de lieues; Saturne à 7)55 millions; Uranus, à 755 millions, et Neptune, la dernière, à 1 milliard 100 millions de lieues. Les unes et les autres circulent aux distances respectives qui viennent d'être énoncées, et tournent autour du Soleil en un lemps plus ou moins long, selon qu'elles sont plus ou moins éloignées de cet astre. Les plus proches avant moins de chemin à faire et étant plus fortement attirées, circulent plus rapidement; les plus éloignées marchent avec lenteur, comparativement aux précédentes. La Terre enq)luie 565 jours ta accomplir sa révolution ; Mercure 88 seulement, tandis que Nejjtune met plus de 164 ans. Ces mouvements sont réglés par une loi admirable et fort sinq)le, trouvée par l'illustre Kepler, après trente ans de recherches. Exprimée en termes astronomiques, cette loi s'énonce ainsi : « Les carrés des temps des révolutions sont entre eux comme les cubes des distances. » En d'autres termes, en multipliant trois fois par lui-même le nombre qui représente la distance d'une planète au Soleil, on a le temps de sa révolution, multiplié par lui-même. Avec un peu d'attention, on voit combien
Fig. 0-2. — Le Système planclairc.
LE SYSTEME PLÂÎsETAlRE. 157
est simple cette loi formidable qui dirige tous les mouvements célestes dans l'espace. Ainsi, par exemple, Jupiter est cinq fois (5,2) plus loin du Soleil que la Terre. Je multiplie trois fois ce nombre par lui-même : 5,2x5,2X0/2=140. Eh bien, la révolution de Jupiter est près de douze ans (11,85), nombre qui, multiplié par lui-même, égale aussi 140. 11 en est de même pour toutes les planètes, tous les satellites, tous les corps célestes.
Ces mouvements, dont la formule fut trouvée par Kepler, ont pour cause l'attraction ou la gravitation universelle, dont la loi fut donnée par Newton. Tous les corps s'attirent dans la nature : le Soleil attire la Terre, la Terre attire la Lune, et dans l'infmiment petit comme dans l'infmiment grand, on voit les molécules élémentaires s'attirer les unes les autres par la loi d'affinité, et constituer la matière visible, qui n'est qu'un assemblage d'atomes juxtaposés. C'est en vertu de cette force universelle que les mondes lancés dans l'espace suivent une courbe autour du Soleil ; de cette courbe rapidement parcourue résulterait une force contraire qui, semblable à celle dont la pierre est animée lorsqu'elle s'échappe de la fronde, rejetterait les planètes hors de leurs orbites, si l'attraction du Soleil ne les retenait captives. C'est en effet l'attraction qui régit le monde, comme l'a chanté notre penseur Eugène Nus.
La loi d'ainour est souveraine :
Partout sou doux verbe est écrit.
Elle féconde, unit, entraîne, La matière comme l'esprit.
La terre s'échauffe à vos flammes; Les cieux modulent vos accords, Amour, attraction des âmes, Attraction, amour des corps !
# Pour compléter cette esquisse sommaire de l'empire du Soleil, il faut encore ajouter aux sujets précédents certains astres irréguliers qui, sans sortir de son empire, sont toujours
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en voyage. Ils viennent de temps en temps faire une visite à la capitale, puis s'en retournent en province, à toutes les distances imaginables. Ce sont les comètes, êtres vagabonds s'il en fut jamais, voyageurs infatigables, mais que l'attraction puissante de l'astre solaire retient toutefois dans les limites de son domaine.
Tel est le petit groupe de mondes dont notre Soleil est le souverain. Représentez-vous un magnifujuc navire, le Léviathan par exemple, planant en pleine mer. Autour de lui circulent une quantité de petites clialoupes qui ne lui vont pas à la clieville, et, autour de quelques-unes de ces clialoupes, de petits bateaux d'enfants comme on en voit sur les bassins de nos squares. Les chaloupes, placées à diverses distances, circulent autour du grand navire, et les petits bateaux tournent autour des chaloupes. Enfin une quantité de canots s'éloignent et s'approchent alternativement du Léviathan en suivant des ovales.
Cette flotte d'embarcations variées n'est pas immobile sur l'Océan, et voici le point le plus merveilleux. Par-dessus tous les mouvements circulaires dont je viens de parler, il faut voir le mouvement collectif de la flotte, emportée sur la plaine liquide par le vaisseau maître. Fixe au milieu des chaloupes qui circulent autour d'elle, la grande nef brillante vogue sur l'Océan, entraînant avec elle tous ses petits sujets, sans qu'ils s'en aperçoivent, occupés qu'ils sont à tourner fidèlement autour du centre. Oui, le Soleil, qu'elle représente, vogue dans l'espace, entraînant avec lui terre, lune, planètes, comètes et tout son système. Où va-t-il? quel est le lieu de l'espace qui voit venir vers luinotre flotte grandissante?
Allons-nous sur des bords de silence et de deuil, Échouant dans la nuit sur quelque vaste écueil, Semer l'immensité des débris du naufrage ? Ou, conduits par la main sur un brillant rivage, Et sur l'ancre éternelle a jamais affermis, Dans un golfe du ciel aboj'der endormis ?
Lamautixe.