LES MERVEILI ES CELESTES
dix fois plus larges que la Terre. Dans la plupart d'entre elles, notre globe, y tombant, s'y perdrait comme une pierre dans un puits ! Outre cette étendue, elles sont encore le siège d'actions multiples et de phe'nomènes prodigieux. Elles ne se forment pas brusquement dans toute leur étendue, mais grandissent jusqu'à la limite qu'elles doivent atteindre et diminuent ensuite. Quelques-unes ne durent que quelques jours, d'autres des mois entiers. Or les mouvements dont elles sont animées, soit pour s'accroître ou
Fig. 54. — Tache en forme de tourbillon. (Observation de Secchi.)
pour diminuer, soit dans leur action interne, sont parfois d'une rapidité inouïe. Dernièrement on a suivi un météore éblouissant courant à travers un groupe de taches avec une vitesse de deux mille lieues par minute. D'autre part, on a suivi des tourbillons circulaires entraînant dans leurs tumultes des taches grosses comme la Terre et s'engloutissant dans des abîmes avec une vitesse effrayante. Quelquefois on aperçoit les crêtes de vagues tumultueuses débordant aux environs de la pénombre et s'élevant sur la surface
Le 15.
Le 15.
Le 16
Le 16, 6 h. soir.
Le 17.
Le 18.
Le 19.
Le 20.
Fig. 3o. —Segmentation d'une tache solaire. (Observation de Flammarion.).
blanche du Soleil comme une substance plus blanche et plus éclatante encore, rejetées sans doute dans leur bouillonnement par dos forces intérieures. Ailleurs on a vu des ponts immenses de substance enflammée jetés soudain sur une tache noire, la traverser d'un bout à l'autre comme une arche de stries lumineuses, et parfois se dissoudre et s'écrouler dans les abîmes des tourbillonnements intérieurs. Cet astre, qui déverse chaque jour sur nos tètes une lumière si calme et si pure, est le siège d'actions puissantes, de mouvements prodigieux dont nos tempêtes, nos ouragans et nos trombes ne nous donnent qu'une faible idée, car ces perturbations gigantesques ne s'exécutent plus, comme ici, dans une atmosphère de quelques lieues d'épaisseur et sur une longueur de quelques lieues, mais dans des proportions bien autrement vastes, puisque l'atmosphère solaire s'élève à des milliers de lieues au-dessus de la surface el que le volume du Soleil surpasse de 1 million 280 mille fois celui de notre globe.
Parfois aussi ces taches immenses, dont la nature reste encore mystérieuse pour nous, se divisent, se séparent en deux parties, dont l'une se fond insensiblement pour s'évanouir dans la masse incandescente de la surface apparente du Soleil. Tel est le phénomène que j'ai observé, suivi et dessiné pendant les journées du 10 au 22 mai 1868 S et dont la figure 55 reproduit les phases principales. Cette tache était environ trois fois plus large que la Terre. Une première ombre se forma vers la gauche de l'ombre de cette grande tache. Le lendemain, ce foyer secondaire, emportant une partie de la pénombre, se séparait en partie de la tache, à laquelle il restait attaché par une sorte de charnière. Le soir du même jour, cette segmentation s'était refermée; mais le lendemain elle reparut de nouveau pour s'accentuer
* Voy. Comptes rendus de V Acadéynie des sciences et mes Eludes et Lectures sur l'astronomie.
désormais de plus en plus, s'opérer entièrement et montrer au télescope deux taches bien séparées au lieu d'une. Mais cette branche ne s'était séparée de sa mère que pour s'évanouir bientôt, absorbée dans la surface incandescente.
L'un des premiers résultats de l'observation des taches solaires, ce fut de reconnaître que cet astre tourne sur luimême en 25 de nos jours environ.
En effet, si l'on suit pendant plusieurs jours consécutifs une tache quelconque de celles qui noircissent la surface solaire, ou un groupe de taches, ou encore l'ensemble, on ne tarde pas à remarquer qu'elles sont animées d'un même mouvement d'un bord à l'autre du disque solaire. Si, par exemple, on commence à suivre une tache le jour de son apparition au bord oriental, on observe qu'elle s'avance lentement vers le milieu de l'astre, qu'elle atteint sept jours environ après son apparition ; puis elle le dépasse et continue sa marche vers l'occident, et sept jours après elle arrive à la limite et disparaît. Après une période de quatorze jours, employés à tourner dans l'hémisphère opposé, elle reparaît au même endroit et poursuit semblablement la marche précédemment remarquée. Cette observation a établi avec évidence que le Soleil tourne sur lui-même. Cette rotation du Soleil montre ses taches avec l'aspect représenté par la figure 56.
Si la période de réapparition des taches mesure 27 à 28 jours, cette apparence n'infirme pas le chiffre de 25 jours rapporté plus haut. La différence provient de ce que la Terre ne reste pas immobile dans l'espace, mais tourne autour du Soleil. Pour que nous puissions observer directement la durée de rotation, il faudrait évidemment, pour première condition, que nous restassions à la même place, car autrement, si nous marchons autour de l'astre dans le sens de son mouvement, nous verrons encore des taches après le moment où elles auront disparu pour le point où nous nous trouvions d'abord ; et si nous allons en sens
contraire, nous cesserons de les voir avant qu'elles cessent d'être visibles pour le point fixe. Or, dans son mouvement de translation autour du Soleil, la Terre s'avançant dans le sens de sa rotation, voit encore les taches deux jours et demi après qu'elles ont disparu pour le point où elle se trouvait au commencement de l'observation.
Ce mouvement de rotation s'exécute de l'ouest à l'est comme celui de la Terre et celui de toutes les planètes du système. Ainsi, par l'examen télescopique, cet astre, déclaré fixe et incorruptible par l'antiquité, se vit à la fois dépouillé de ses deux qualités distinctives. La rotation diurne du Soleil est vingt-cinq fois plus longue que celle de la Terre, mais elle en diffère essentiellement dans ses conséquences immédiates, puisqu'elles ne produisent point à sa surface les alternatives de jour et de nuit qui dérivent chez nous de ce mouvement. On ne peut donc dire que ce soit là la durée au jour solaire, car elle n'est pas l'indice d'une succession de lumière et d'ombre : le jour du Soleil ne s'éteint pas et le crépuscule du soir ne vient pas l'affaiblir. Ce monde demeure dans une lumière permanente.
Il ne connaît pas non plus nos saisons ni nos années, et les éléments de notre calendrier ne s'appliquent point à son rôle astronomique. Il semble que la succession rapide des choses qui constitue notre temps, et la série changeante des phénomènes comme des êtres, ne soient pas le partage de sa grandeur, que la permanence et la durée sans mesure soient son apanage, et qu'il soit affranchi de compter pour sa vie personnelle ces âges successifs qui mesurent la vie et l'étouffent sous leur nombre. Une grande diversité de nature l'isole du rang des mondes planétaires, et ce serait un profond sujet d'étonnement pour l'habitant de la Terre, s'il lui était donné de visiter un pays si essentiellement distinct du nôtre, et de pouvoir établir une comparaison, si toutefois elle est possible, entre ce monde étrange et sa patrie.
Quand le Soleil entra dans sa route infinie, A son premier regard, de ce monde imparfai Sortit le peu de bien que le Ciel avait fait.
A. DR Ml'SSET.
Quelle qu'ait e'té l'ide'e préconçue dont les pensées étaient dominées en faveur de ce beau Soleil, de cet astre rayonnant, si vénéré que l'idée seule de l'accuser de taches était un blasphème, c'est cependant de l'observation et de l'étude de ses taches qu'est résultée la connaissance que nous avons de lui; tant il est vrai que la science, supérieure à tous les préjugés, est la véritable souveraine de l'esprit. L'examen de ces taches, de leur forme, et des aspects changeants qu'elles revêtent par suite de la rotation de l'astre, a servi de base à une théorie sur sa constitution physique que divers astronomes ont successivement adoptée et consacrée, depuis Wilson et Herschel, jusqu'à Humboldt et Arago. D'après cette théorie, le Soleil se composerait essentiellement d'un noyau solide et d'une atmosphère. Le noyau serait obscur
et l'atmosphère serait enveloppée d'une couche lumineuse, ù laquelle on donna le nom de photosphère. La lumière et la chaleur qu'il nous envoie ne viendraient pas du noyau, mais de cette enveloppe calorifique et éclatante. On explique les taches en supposant que ce sont des ouvertures formées dans cette enveloppe extérieure, soit par des éruptions de gaz issues de bouches volcaniques, soit par de puissants courants d'air s'élevant de l'atmosphère inférieure à l'atmosphère supérieure, semblables à des ouragans verticaux, soit
Fig. 56. — Rotation du Scleil.
par toute autre cause dépendante de la nature de l'astre. La pénombre des taches serait formée par l'atmosphère inférieure douée de la propriété de réfléchir la lumière de la photosphère et d'en préserver le corps de l'astre. Le centre obscur des taches ne serait autre chose que le corps du Soleil lui-même, rendu visible par une ouverture de l'atmosphère inférieure correspondant à l'ouverture de la photosphère. Les taches sont de la sorte suffisamment expliquées, et il en est de même des diverses apparences observées à la
surface solaire, comme les pores dont elle paraît criblée, les facules ou taches blanches, les rides, etc., phénomènes causés par des mouvements chimiques opérés dans l'atmosphère où les gaz s'associent dans les combinaisons les plus variées. Cette théorie a paru d'autant mieux fondée, que l'ouverture en forme d'entonnoir qui constituerait les taches, apparaît plus sensiblement encore dans les perspectives causées par le mouvement de rotation du Soleil. En vertu de ce mouvement, une tache ronde paraîtra se rétrécir à mesure qu'elle s'éloignera du centre, et, lorsque la portion de sphère où elle est située aura tourné jusqu'au point où elle va disparaître, tout en ayant gardé sa longueur intégrale, sa largeur aura diminué jusqu'à ne plus ollrir que l'apparence d'une ligne. De plus, la portion delà pénombre, ou, si l'on veut, de l'entonnoir, qui se trouve du côté du spectateur, diminuera de largeur et disparaîtra avant l'autre. Enfin, lorsqu'une grande tache arrivera au bord de la sphère, si cette tache est assez grande, on devra la voir creusant un peu la partie du disque solaire qu'elle occupe. Or ces apparences, commandées par la perspective dans le cas où les taches seraient des ouvertures, sont précisément celles que l'on observe.
Les astronomes ont été ainsi longtemps généralement d'opinion que le noyau solaire pouvait être un corps opaque, obscur comme la Terre, enveloppé d'un fluide atmosphérique au delà duquel s'étendait une couche de substance douée de la propriété d'émettre la lumière et la chaleur; c'est cette couche externe que l'on nomme photosphère.
Mais, aujourd'hui, tous les avis ne sont plus unanimes sur la constitution physique de l'astre qui nous éclaire, surtout sur la solidité de son corps central.
Il faut dire, en effet, que la théorie du Soleil n'est pas tout à fait aussi simple que nous venons de la résumer. On ne voit pas si bien indiqué que dans la figure précédente l'aspect en creux des taches solaires. Personnellement, malgré mes très nombreuses et très attentives observations, je n'ai
jamais vu une dépression du bord du Soleil à l'endroit de la disparition dune tache, même de la tache la plus colossale. D'ailleurs, les recherches à'analyse spectrale faites depuis dix ans paraissent démontrer plutôt que le Soleil est un
Fig. 57. — Dficoraposition de la lumière.
corps liquide incandescent, émettant par lui-même la chaleur et la lumière, et environné d'une atmosphère vaporeuse dans laquelle flottent des gaz en combustion à la surface agitée de l'océan solaire.
Occupons-nous un instant de l'analyse spectrale de la lumière.
Lorsqu'on reçoit un rayon de lumière sur un prisme, en traversant le prisme, ce rayon se décompose entre les couleurs différemment réfrangibles qui le constituent, et au lieu de former un seul faisceau blanc, peut être dirigé et étalé sur un écran sous la forme d'une sorte de petit ruban
(fig- 57).
Mais voici le fait curieux. Tout métal, tout corps, tout objet mis en suspension dans une flamme et amené à l'état de gaz incandescent incorpore, dans le rayon lumineux issu de cette flamme, un arrangement de lignes spécial à la nature du corps. Dans le ruban le long duquel s'étale en quelque sorte le rayon lumineux, le microscope distingue un grand nombre de lignes brillantes transversales, dont Vordre est spécial à la nature de Vohjet porté à l'état d'incandescence
Ainsi, par exemple, si l'on chauffe un petit morceau de fer jusqu'à ce qu'il soit lumineux et émette une vapeur incandescente, et si l'on reçoit sur le prisme de l'appareil spécial appelé spectroscope le rayon émis par cette incandescence, en examinant le spectre de ce rayon, on remarque au microscope 460 raies brillantes très distinctes, resserrées et disposées dans un ordre que nulle autre substance ne présente.
Il en est de même pour d'autres corps. Lorsqu'ils arrivent à l'état de vapeur incandescente, ils donnent une image prismatique dont les lignes brillantes révèlent par leur nom- Ijre, leur position et leur arrangement, la nature intime de ces corps.
Tant que les corps restent solides ou liquides, leur spectre est sans raies.
Un fait bien singulier et bien difficile à concevoir exactement, même pour les esprits accoutumés aux méditations scientifiques, c'est qu'un gaz qui, à l'état d'incandescence, donne un certain arrangement de lignes brillantes, absorbe, lorsqu'il n'est pas incandescent, les mêmes lignes brillantes existant dans un rayon lumineux qui le traverse, de sorte que ces lignes se présentent en noir.
L'examen de ces raies obscures, dans le spectre d'une lumière qui a traversé une matière gazeuse, fait connaître quelles raies brillantes le même gaz introduirait dans le spectre s'il était incandescent. Par conse'quent, la nature de ce gaz se révèle par là aussi bien que par les raies brillantes qu'il émettrait s'il était lumineux lui-même.
Autre remarque non moins importante. Il n'est pas nécessaire qu'une substance soit en grande quantité pour annoncer sa présence dans la révélation merveilleuse de l'analy-ie spectrale : un cinquante-millionième de gramme de thallium fait apparaître dans son image prismatique sa ligne verte caractéristique. Un millionième de milligramme
Rouge. Orangé. Jaune. Vert. Bleu. Indigo, Violet.
Fig. 58 - Rnics principales du spectre solaire.
de sodium révèle sa présence dans une flamme en dessinant immédiatement dans le spectre sa double raie jaune. Une expérience curieuse manifeste mieux encore cette extrême sensibilité. On a fait détoner 5 milligrammes de cblorate de soude au fond d'une salle de 60 mètres cubes. A l'opposé de cet endroit, on avait allumé un bec de gaz dont on observait le spectre. Après quelques minutes, la double raie du sodium apparut, provenant, par conséquent, d'une infiniment petite partie de la soude répandue dans l'atmosphère de la salle.
Ces principes étant exactement posés, on voit tout de suite leur application à la détermination de la nature des corps qui existent dans le Soleil.
L'image aux sept couleurs, donnée par le rayon solaire décomposé en traversant un prisme, présente dans sa texture intime un grand nombre de lignes transversales obscures. Huit lignes surtout sont remarquables. La première est au commencement du rouge, la seconde au milieu, et la troisième vers la fin de la même couleur. La quatrième est au milieu du jaune. La cinquième au milieu du vert, la sixième dans le bleu, la septième au commencement du violet et la huitième à la fin. On a désigné "ces lignes principales par les huit premières lettres de l'alphabet : A, B, G, D, E, F, G, H (fig. 58). Mais ce ne sont pas les seules : on en compte aujourd'hui plus de trois mille. Pour connaître la nature des substances gazeuses qui, dans l'atmosphère du Soleil, donnent naissance à ces raies obscures, on a établi avec le plus grand soin une -suite de comparaisons entre la position de ces raies obscures et celle des raies brillantes produites par diverses substances amer pées à l'état de gaz incandescent.
' La première remarque importante faite fut que la double raie du sodium coïncide exactement avec une double raie noire du spectre solaire. On put ensuite constater que les 460 lignes microscopiques du fer coïncident exactement dans leur position et leur arrangement avec des lignes identiques dans leur spectre solaire.
Des comparaisons rigoureuses analogues amenèrent à conclure que l'atmosphère solaire renferme, en outre, de la soude et du fer, du magnésium, de la chaux, du chrome, du nickel et du cobalt (élément des aérolithes), du baryum, du cuivre, du zinc, de l'hydrogène et du manganèse; mais l'or et l'argent n'y sont point. Ge qui aurait pu contrarier ort les alchimistes du temps passé, et Nicolas Flamel, en particulier, pour lesquels le Soleil était l'astre d'or par excellence. Tous ces matériaux révélés exister dans cette sphère par l'analyse spectrale, furent aussi révélés s'y trouver à l'état de fusion. Voilà donc, pour les expérimentateurs
et théoriciens dont je parle, l'astre du jour revenu à ce qu'il e'tait pour nos pères, un astre de feu. En effet, non seulement on re'édita la the'orie que le flambeau du jour était un globe incandescent, loin d'être obscur; que la
--^^p ...-3. ^«^.ft %w^
Fig. 39.— Tache avec facules. (Observation de Chacornac.)
lumière que nous en recevons vient de son noyau enflammé, et non de son atmosphère; mais on chercha encore comment les taches sont explicables dans cette nouvelle hypothèse, et on proposa d'admettre que ces taches sont simplement
des nuages se combinant dans l'atmosphère solaire sous l'influence d'un refroidissement de tempe'rature partiel, et devenant assez opaques pour intercepter tout à fait le noyau du globe incandescent. D'autres savants, partageant les mêmes idées sur la constitution physique du Soleil, émirent sur les taches l'idée qu'elles étaient, non des nuages, mais des solidifications ])artielles de la surface, des scories comme on en voit se former à la surface des substances fondues sur le creuset des métaux en ébullition. On explique même comment l'ombre des taches est la partie centrale plus épaisse <le ces solidifications partielles, et que la pénombre correspondrait à la pellicule qui, dans toute formation de ce genre observée à la surface des métaux en fusion, se produit invariablement autour de la scorie. D'autres astronomes voient dans les taches solaires des tourbillons atmosphériques, des cyclones et des trombes formidables.
Le Soleil est regardé maintenant, d'après. ces investigations, comme un corps liquide lumineux par lui-même, environné d'une atmosphère non lumineuse, transparente, à travers laquelle passent d'abord les rayons émis par la surface incandescente du Soleil.
Les observations faites pendant Téclipse totale de 4868 ont montré de plus que les hautes protubérances qui s'échappent du Soleil sous forme de longues flammes sont formées d'hydrogène incandescent. La surface de l'immense foyer n'est donc pas régulière, comme on serait porté à le croire, mais hérissée de flammes, de jets lumineux, de vagues aux crêtes gigantesques, de tourbillons inouïs, dont nos volcans terrestres et nos plus violentes tempêtes maritimes ne peuvent nous donner la moindre idée.
Les observations d'analyse spectrale, faites dans les Indes pendant l'éclipsé totale du 12 décembre J87i, ont établi qu'il y a autour de cet astre colossal, et jusqu'à une énorme
distance de lui, une vaste atmosphère gazeuse invisible dans laquelle l'hydrogène domine.
Grâce à une méthode d'observation imaginée récemment par M. Janssen, astronome français, on peut voir en tout temps les protubérances du Soleil, qui n'étaient visibles que pendant les éclipses totales (voy. plus loin, au chapitre des éclipses, la figure de celle du 18 août 1870). Dans certains observatoires, on les observe et on les dessine tous les
Fig. 40. — Explosion et protubérance solaires.
jours, par exemple, à Rome, où je les ai suivies en novembre 1872 en compagnie du savant Père Secchi. On vient même de fonder en Italie une société astronomique spéciale pour cette étude : la Société desspectroscopistes. Déjà elle a publié un grand nombre de dessins. J'en choisis un pour le reproduire ici, et montrer quelle grandeur, quelle beauté, offrent ces éruptions solaires : c'est l'éruption du 21 avril 1875. La figure 40 représente un fragment du bord du Soleil ; on
y remarque des vestiges de taches et de facules. Du bord s'échappent des flammes en forme de jets qui s'élancent dans l'atmosphère du Soleil jusqu'à dix mille lieues de hauteur. Le globe solaire est entouré de flammes analogues. Parfois au contraire il y a des éruptions violentes et formidables. Le 7 septembre 1871, par exemple, une explosion épouvantable a lancé des flammes immenses jusqu'à 75 000 lieues de hauteur, avec une vitesse d'ascension de 267 kilomètres par seconde ! Le soir même il y eut sur la terre une aurore boréale. Quelle fournaise que ce Soleil ! et quels problèmes il garde encore à résoudre !
On ne peut indiquer en chiffres la température effroyable de cet astre colossal. ;
Arrivons maintenant aux éléments cosmographiques du Soleil, et parlons d'abord de ses dimensions.
La grosseur du Soleil, 1 million 280 mille fois plus gros que la Terre, surpasse trop le degré de nos mesures habituelles pour que l'on puisse espérer d'en donner une idée suffisante. Dans l'ordre des volumes, comme dans celui des distances et des temps, les grandeurs qui surpassent de trop haut nos conceptions ordinaires ne disent [plus rien à notre esprit, et toute la peine que nous prenons pour nous les représenter reste pour ainsi dire stérile. Cependant une comparaison pourra tout au moins inspirer une idée approchée de la grandeur dont nous parlons. Si l'on plaçait le globe terrestre au centre du globe solaire, comme un noyau au milieu d'un fruit, la distance de 96 000 lieues qui nous sépare de la Lune serait comprise dans l'intérieur du corps solaire : la Lune elle-même se trouverait absorbée en lui, et pour aller de la Lune à la surface du Soleil, en suivant le même [rayon, on aurait encore à parcourir une distance de 80 OOO'lieues ! (Voy. la figure 41.)
On compte d'ici au Soleil trente-sept millions de lieues de quatre kilomètres. C'est à cause de ce grand éloignement que cet astre si volumineux ne paraît pas mesurer
un pied de diamètre, et c'est ce qui explique comment les anciens et Epicure en particulier ne l'estimaient pas plus grand que cette mesure. Cette distance est également la raison pour laquelle il ne nous paraît guère plus grand que la Lune, qui n'est qu'à 96000 lieues d'ici. On peut à ce propos demander, avec une curiosité bien légitime, comment on a pu trouver cette distance du Soleil à la Terre.
Fig.4i. — Dimensions comparées du globe du Soleil et de l'orbite delà Lune
La méthode est trop compliquée pour que je la développe ici tout au long ; mais on peut en donner une idée sans dépasser les bornes de cette causerie.
Entre le Soleil et la Terre il y a deux planètes, Mercure et Vénus, dont la dernière a rendu les plus grands services
à la recherche de la distance qui nous sépare de l'astre radieux. Gomme le plan de son orbite (circonférence qu'elle suit autour de l'astre central) oscille et coïncide parfois avec celui de l'orbite de la Terre, il arrive de temps en temps qu'elle passe entre le Soleil et nous, comme un point noir traversant le disque lumineux. Ce passage arrive aux intervalles singuliers de : 8 ans, 115 ans 1/2 moins 8 ans, 8 ans, 115 ans 1/2 plus 8 ans. Ainsi l'avant-dernier passage a eu lieu en août 1761 ; le dernier, 8 ans après, c'est-à-dire en août 1769. Ajoutons à cette année 115 ans 1/2 moins 8 ou 105 ans 1/2, nous avons 1874, décembre. C'est celui qui vient d'être observé par des astronomes envoyés dans toutes les parties du monde. Le suivant aura lieu 8 ans après, en décembre 1882, etc. A ces époques précieuses, les astromes de tous les pays font abstraction de leur nationalité, s'entendent comme des frères, et s'arrangent de manière à observer en différents pays le passage de Vénus. Deux observateurs situés en leurs stations, les plus éloignées possible l'une de l'autre, marquent les deux points oîi la planète, vue de chacune de leurs stations, paraît se projeter au même moment sur le disque solaire. Cette mesure leur donne l'écartement de l'angle formé par deux lignes parlant de leurs stations et venant se croiser sur Vénus pour aboutir dans un angle opposé sur le Soleil. C'est la mesure de cet angle, fait par des observateurs placés sur tous les points du globe, qui donne ce que l'on nomme la parallaxe du Soleil. Nous avons déjà parlé de cette méthode, page 150. Au passage de Vénus du siècle dernier, un astronome français, Le Gentil, que son nom aurait dû sauver de pareils désappointements de la part de Vénus, fut singulièrement récompensé de son amour pour la science et de son désintéressement. Envoyé dans les Indes par l'Académie des sciences, il s'embarqua avec armes et bagages pour observer, en 1761, le passage de la planète sur le ciel de Pondichéry. Sa grande activité, son ardeur, ne purent vaincre
les hasards de la trr versée : la guerre avec l'Angleterre l'empêcha de débarquer, et il ne put prendre la mesure désirée... Les obstacles aigrissent le courage et l'augmentent encore. Il prend la résolution héroïque de rester pendant huit ans au sein de ce pays inconnu, afin de compenser son observation manquée: il attend le passage de 1769 et prend alors toutes les dispositions recommandées pour faire une observation irréprochable. L'année et le jour arrivent enfin ! Le ciel est pur, aucun obstacle n'empêchera sa longue résolution de recevoir enfin son couronnement. Mais, hélas! voilà que juste au moment où le point noir va entrer sur le disque solaire, un petit nuage se forme dans l'atmosphère, et reste sur le Soleil jusqu'au moment où Venus sortie du disque aura mis fin à la possibilité de toute observation Pour comble de malheur, ne pouvant de nouveau se résoudre à attendre le passage suivant (1874), l'astronome en reprenant la route de France manque de faire naufrage, et en rentrant à Paris se trouve remplacé à l'Académie et dépouillé de ses biens par ses héritiers, parce qu'on l'avait cru mort depuis huit ans !
Par des considérations fondées sur l'action magnétique du Soleil, ou peut être autorisé à croire que sa lumière est de même nature que la lumière électrique, mais incomparablement plus puissante, attendu que les éléments dont nous disposons sont incomparablement inférieurs à ceux dont dispose la nature. Quelque éclatants que soient nos foyers électriques, quelque éblouissantes que soient leurs flammes, dont la blancheur nous étonne, projetée sur le disque solaire la lumière électrique a l'apparence d'une tache noire.
L'intensité de la chaleur solaire n'est pas moins difficile à concevoir ; les plus intenses de nos foyers qui s'élèvent à la température de la chaleur blanche ne nous en donnent qu'une faible idée. Voici pourtant quelques comparaisons qui en indiqueront la valeur. Que l'on se représente le Soleil sous la forme d'un globe volumineux comme presque
treize cent mille globes terrestres, et entièrement couvert d'une couche de houille de sept lieues de hauteur. La chaleur qu'il déverse annuellement dans l'espace est égale à celle qui serait fournie par cette couche de houille embrasée. — Cette chaleur solaire serait encore capable de fondre en une seconde une colonne de glace qui mesurerait 4000 kilomètres carrés de base et 510 000 kilomètres de hauteur. Si l'on proposait simplement d'empêcher la chaleur solaire de rayonner, il faudrait lancer à sa surface un jet d'eau glacée, ou pour mieux dire de glace, qui mesurerait 18 lieues de diamètre, et qu'on lancerait avec la vitesse de 70 000 lieues à la seconde. En recevant une pareille colonne de glace, l'astre du jour ne rayonnerait plus ; mais cela ne veut pas dire encore qu'il y aurait là une action suffisante pour l'éteindre.
Enfin, il est fort curieux de savoir combien pèse ce gigantesque corps. C'est un fort beau poids : 1 879 octillions de kilogrammes. On écrit ce nombre comme ceci:
Si ce globe était encore aujourd'hui, comme du temps d'Apollon, traîné par quatre chevaux, il faudrait des coursiers d'une force vraiment exceptionnelle, surtout si l'on songe à la vitesse avec laquelle ils devraient voler pour arriver à faire le tour du globe en vingt-quatre heures. Voici maintenant, en regard du poids du soleil, celui de la Terre où nous sommes, exprimé comme le précédent en kilogrammes :
Lorsque les astronomes placent le Soleil sur le plateau de la balance gigantesque dont ils se servent pour connaître le poids des astres, il leur faut mettre dans l'autre plateau 524 000 globes terrestres pour lui faire équilibre.
Nous n'avons pas à craindre que cet astre giganteques vienne un jour à s'éteindre, laissant la Terre dans l'obscurité glacée. Il possède en son colossal foyer un nombre suffisant de degrés de chaleur pour que nous ayons devant nous des milliers de siècles pendant lesquels il nous serait impossible, lors même que cette chaleur décroîtrait, de nous en apercevoir.
Oui, l'étoile resplendissante du jour reste pour nous le plus beau et le meilleur des astres. Nous avons reconnu sa grandeur et sa puissance : nulle force n'est capable de rivaliser avec la sienne. En nous révélant les secrets de sa nature, la science n'a pas amoindri dans notre pensée son image vénérée, et comme dans nos études précédentes, la réalité fut ici supérieure à la fiction. Nos hommages lui restent donc, mieux compris et mieux justifiés que jamais. Nous pouvons encore lui dire avec Byron.
(( Astre glorieux, adoré dans l'enfance du monde par cette race d'hommes robustes, ces géants nés des amours des anges avec un sexe qui, plus beau qu'eux-mêmes, fit tomber dans le péché ces esprits égarés, bannis à jamais du ciel ; astre glorieux ! tu fus adoré comme le dieu du monde, avant que le mystère de la création fût révélé. Premier ministre du Tout-Puissant, c'est toi qui réjouis le premier le cœur des bergers chaldéens sur la cime de leurs montagnes, jusqu'au jour oii ils répandirent devant toi leur âme en prière ; roi des astres et centre d'une multitude de mondes, c'est à toi que la Terre doit sa durée; père des saisons, roi des éléments et des hommes, les inspirations de nos cœurs comme les traits de nos visages sont sous l'influence de tes rayons, car de près ou de loin nos facultés intimes s'illuminent devant ton rayonnement aussi bien que nos aspects extérieurs. Nulle gloire n'égale la pompe de ton lever, de ton cours et de ton coucher *. »
* Lord Byron, Manfred.
MERCURE
Combien je chéris l'heure où s'éteint la clarté (lu jour, où les rayons du soleil semblent st* fondre dans la mer silencieuse! C'est alors que s'élèvent les doux rêves des jours passés; alors le souvenir exhale vers toi son soupir du soir !
Thomas Moore, Mélodies.
Au-dessus du Soleil, à l'occident, quand l'aslre radieux est couché, ou bien à l'orient, avant, son lever, on voit quelquefois une petite étoile blanche, un peu nuancée de rouge. Les Grecs la nommaient Apollon, le dieu du jour, et Mercure, le dieu des voleurs, qui profitent du soir pour commettre leurs méfaits ; car ils voyaient en elle deux planètes différentes, l'une du malin, l'autre du soir, comme ils firent pendant longtemps à l'égard de Vénus. Il en fut de même des Égyptiens et des Indous. Les premiers lui donnaient les noms de Set et d'Horus ; les seconds ceux de Bouddha et de Rauhineya, noms qui rappellent, comme les précédents, les divinités du jour et du soir. Les Latins euxmêmes, qui, du reste, s'occupèrent fort peu d'astronomie,
MERCURE. 189
restèrent dans le doute à cet égard. Ce n'est que dans les temps postérieurs qu'on reconnut définitivement l'identité de ces deux astres qui, comme les frères Castor et Pollux, auxquels ils ont été assimilés, ne paraissaient jamais ensemble. On lui garda son nom du soir : Mercure.
Dans l'océan de flamme incessamment plongé, Roulant sa masse obscure en un orbe allongé, Divers dans ses aspects, Mercure solitaire Erra longtemps peut-être inconnu de la Terre. Cependant quand, le soir, le soleil moins ardent Laissait le crépuscule cclairei* l'occident, Au bord de l'horizon une faible lumière Semblait suivre du dieu l'éclatante carrière.
Daru.
Première planète du système, Mercure reste toujours absorbée dans le rayonnement royal du prince radieux ; aussi, comme les courtisans, elle se prive de son individualité pour se confondre dans la personnalité de l'astre-roi. Elle n'y gagne rien, comme vous voyez, elle y perd même beauco'ip, attendu qu'elle n'a pas eu l'honneur d'être connue des fondateurs de l'astronomie. Copernic désespéra de jamais Ig voir : « Je crains, disait ce grand homme, de descendre dans la tombe avant d'avoir jamais découvert la planèle.» Et, en effet, celui qui avait transformé le système du monde, et pris en main chacune des planètes pour les placer autour du Soleil, mourut sans avoir vu la première d'entre elles ^ Galilée put l'obicrver, grâce aux lunettes qui venaient d'être inventées; maison ne peut encore dire qu'il l'ait connue suffisamment, puisqu'il lui fut impossible de jamais distinguer ses phases. Les adversaires du nouveau système opposaient précisément aux premiers astronomes, Copernic, Galilée, Kepler, I absence de phases chez les planètes Mercure et Vénus. Car disaient-ils, si ces planètes tournaient autour du Soleil, elles changeraient d'aspect à nos yeux, comme le lait la Lune, se- * Voyez notre Vie de Copernic.
190 LKS MERVEILLES CELESTES.
Ion que nous verrions de face, de profil ou par derrière le côté qu'elles tournent vers le Soleil. Copernic et ses collèguce avaient répondu : Nous ne distinguons pas de phases, il est vrai; mais s'il ne manque que cela pour que vous adoptiez notre système. Dieu fera la grâce qu'elles en aient. En effet elles en ont, et la figure ci-dessous représente celles de Mercure.
Par l'observation des irrégularités visibles dans l'intérieur du croissant ou du quartier, on a reconnu que Mercure est hérissé de hautes montagnes, plus hautes que celles de la Terre, quoique Mercure soit un globe beaucoup plus petit
Fig. 42. — Plnses de Mercure
que le nôtre. On a de même remarqué l'existence d'une atmosphère plus dense et plus élevée que la nôtre. Au milieu du siècle dernier, l'un des nombreux romanciers qui simulèrent des voyages aux planètes prétendit savoir que les montagnes de Mercure étaient les unes et les autres couronnées de jardins superbes, où croissaient naturellement non seulement les fruits les plus succulents qui servent à la nourriture des Mercuriens, mais encore la plus grande variété de mets. Il paraîtrait qu'en cet heureux monde il
MERCURE
n'est pas nécessaire de préparer, comme chez nous, les objets d'alimentation : poulets, jambons, beefsteaks, côtelettes, entremets, hors-d'œuvre, etc., y pousseraient de la même façon que les pommes sur nos pommiers, et lorsqu'on veut servir un repas, on se contente de mettre le couvert ; alors viennent des oiseaux-serviteurs qui reçoivent vos ordres, s'envolent intelligemment, et en un clin d'œil, sur les montagnes où se trouvent les plats demande's et vous en
La Terre au périhélie 1er Jn 1870.
Fig. 45. — Orbites de Mercure, de Vénus et de la Terre.
font hommage avec le plus grand empressement. Il vaut peut-être mieux croire que les végétaux de Mercure jouissent de ces dons précieux, et que ses oiseaux sont d'une intelligence aussi agréable, plutôt que de penser avec Fontenelle que les habitants de Mercure sont tous fous, et que leurs cerveaux sont brûlés par l'ardente chaleur que le Soleil déverse sur leurs têtes. Mais jusqu'à ce qu'un
i92 LES MERVEILLES CELESTES.
vovage authentique nous ait suffisamment renseigne's à cet égard, nous nous en tiendrons aux éléments astronomiques de la planète, savoir : qu'elle roule à 14 500 000 lieues du Soleil ; que son diamètre est de 4800 kilomètres, sa surface de 779 250 000 myriamètres carrés, son volume de 64 851 000 myriamètres cubes ; que son jour dure 24 heures 5 minutes ; son année 87 jours 25 heures 15 minutes, et ses saisons 22 jours seulement; que sa masse, comparée à celle de la Terre, est seulement de 17 centièmes ; que sa densité est trois fois plus forte que la nôtre ; que les corps qui tombent à sa surface parcourent 5'", 65 pendant la première seconde de chute ; enfin qu'elle reçoit sept fois plus de lumière et de chaleur que la Terre, et qu'elle est fort excentrique.
Ejccentrique veut dire que, dans son mouvement de révolution autour du Soleil, elle ne demeure pas toujours à la même distance, qu'elle suit une ellipse plutôt qu'une circonférence, et qu'à certaines époques de son année elle reçoit deux fois plus de chaleur qu'aux époques opposées. On voit que le mot excentrique n'est pas mal choisi, puisqu'il représente un manque de régularité dans le mouvement circulaire des planètes. On remarquera, du reste, facilement cette excentricité dans la figure ci-dessus, qui représente les orbites des trois planètes les plus proches du Soleil : Mercure, Vénus et la Terre, avec les positions de ces planètes à une même date (l*^"" janvier 1870). On voit que si le Soleil est presque au centre des orbites de la Terre et de Vénus, il est loin du centre de celle de Mercure.
Pendant que nous parlons de cette singularité, ajoutons encore que, de tous les astres, les comètes sont les plus excentriques : elles s'approchent à certaines époques si près du Soleil, qu'on croirait vraiment qu'elles vont fondre dans son brasier; dans la partie opposée de leur course, au contraire, elles s'en éloignent à de telles distances, qu'elles finissent par le perdre de vue, qu'elles errent dans les ténèbres et le froid des espaces solitaires.
0 toi, petile étoile scinlillante du soir, cîiamaut qui étincelles sur un ciel d'azur! avec quel empressement je prendrai mon essor vers toi quand mon âme sera dégagée de sa prison terrestre ^ !
La jeune fille poète qui chanta cette ravissante pensée, Maria Lucrezia Davidson, s'envola de sa prison terrestre vers son étoile bien-aimée, lorsque à peine elle avait vu fleurir son dix-septième printemps. Comme la blanche étoile du matin et du soir, elle s'éteignit à la première période de la vie et ne connut que son aurore. Peut-être maintenant résidct-elle, en effet, dans cette île de lumière et contemple-t-ello de là le séjour terrestre qu'elle habitait naguère ; peut-être entend-elle la prière de ceux qui, comme elle le faisait aci-
* Ces vers sont trop beaux pour n'être pas cités en original :
Thou little sparkling star of even, Thou geni upon an azuré heaven !
How swiftly will I soar to thee AVhien tliis unprisoned seul is frec-
trefois, permettent à leurs espérances de s'envoler parfois aux régions du ciel.
Quelques esprits de mauvaise humeur ont prétendu que, si Vénus est belle de loin, c'est qu'elle est fort affreuse de près. Je vois d'ici mes jeunes lecteurs et mes aimables lectrices, et je suis sûr que pas un d'entre eux, et surtout que pas une d'entre elles, n'est de cet avis-là : on peut être beau de près comme de loin, n'est-ce pas? Ce n'est pas vous qui me contredirez. Eh bien! au risque de faire évanouir une illusion charmante, j'avoue que selon toute probabilité Vénus n'est pas un monde bien agréable à habiter. Elle est enveloppée, il est vrai, comme notre globe, d'une atmosphère transparente au sein de laquelle se combinent mille et mille jeux de lumière. Des nuées s'élèvent de ses mers et portent dans le ciel la diversité de leurs nuances neigeuses, argentées, dorées, empourprées. A l'horizon du matin et du soir, quand l'astre éclatant du jour, deux fois plus grand qu'il ne parait de la Terre, lève à l'orient son disque énorme ou se penche le soir vers l'hémisphère occidental, le crépuscule développe ses splendeurs et ses magnificences. D'ici, nous assistons par le télescope à ce lointain spectacle, car nous distinguons clairement l'aube et le déclin du jour dans les campagnes de Vénus. Mais ses saisons sont plus rudes que les nôtres, très disparates et très brusques : on y passe en 56 jours des chaleurs torrides de l'été aux froids rigoureux de l'hiver.
Le jour et la nuit y sont à peu près de même durée que sur la Terre : la période diurne de rotation de la planète est de 25 heures 21 minutes 24 secondes; c'est par conséquent 35 minutes de moins qu'ici. Mais entre l'hiver et l'été il y a une différence plus grande encore que chez nous entre l'mtervalle qui s'écoule du lever au coucher du soleil et celui qui sépare son coucher de son lever, car ce globe est plus incliné que le nôtre sur le plan de son orbite. C'est cette inclinaison qui constitue, sur cette planète comme sur
ia Terre e'galement, la variatiou des saisons, leur dure'e re'ciproque, leur intensité. Ve'nus étant plus penchée encore que la Terre sur le plan dans lequel elle se meut, ses saisons sont plus caractérisées encore que les nôtres, et ses climats beaucoup plus marqués : il y a entre le froid de l'hiver et la chaleur de l'été une différence beaucoup plus grande qu'ici; il y fait presque aussi froid qu'ici en hiver, et infiniment plus chaud en été. Pareillement, il y a de l'équateur aux pôles une variation de climats plus marquée encore que sur
Fig. 44. — Variations du disque apparent de Ténus.
la sphère céleste; ce que nous appelons ici zones tempérées est insensible sur Vénus, et même n'y existe pas. La zone torride et la zone glaciale empiètent constamment l'une sur l'autre, et comme l'année ne dure que 224 jours au lieu de 56o, la rapidité de cette succession accroît encore son intensité. Aussi les neiges n'ont-elles pas le temps de s'accumuler aux pôles, comme sur la Terre, sur Mars et sur Saturne, et les variations atmosphériques font-elles régner une agitation perpétuelle à la surface de la planète.
Ses montagnes sont beaucoup plus hautes que les nôtres.
On les a mesurées aux époques où Vénus se présente à nous sous la forme d'un croissant. Les inégalités que l'on remarque dans l'intérieur du croissant sont les parties plus élevées de la surface qui reçoivent encore les rayons du soleil à l'heure où celui-ci est déjà couché pour la plaine. D'après le temps que ces parties blanches mettent à disparaître, on peut donc en conclure la hauteur.
Nous venons de parler du croissant de Vénus. Comme Mercure, en effet, cette planète est située entre la Terre et le Soleil, et le cercle qu'elle décrit dans son année se trouve compris dans l'intérieur du cercle que décrit la Terre autour du même astre. Il suit de là qu'à certaines époques la planète Vénus se trouve justement entre le Soleil et nous, et alors elle nous présente sa partie obscure, puisque sa partie éclairée est naturellement du côté du Soleil. En d'autres temps, lorsqu'elle se trouve à droite ou à gauche du Soleil, elle nous présente seulement un quartier. Enfin, lorsqu'elle se trouve de l'autre côté du Soleil, elle nous présente sa partie éclairée tout entière.
Vénus circulant dans une orbite intérieure à celle de la Terre, à 20 750 000 lieues du Soleil, il y a des périodes où elle n'est qu'à 10 millions de lieues de nous (lorsqu'elle se trouve entre le Soleil et nous) et des périodes opposées où elle s'éloigne à 65 millions (lorsqu'elle se trouve de l'autre côté). Ses dimensions apparentes varient donc très sensiblement avec sa distance. La figure 44 montre ces variations. Dans le dessin de droite, on voit Vénus entre le Soleil et la Terre, position dans laquelle nous ne voyons presque que l'hémisphère non éclairé de la planète. C'est le moment du croissant le plus mince (à moins que Vénus ne passe exactement sur le Soleil, auquel cas il n'y a plus de croissant du tout). Dans la seconde figure, la planète est en quadrature. Dans le dessin de gauche, se trouvant à l'opposite du Soleil, elle est pleine pour nous, mais très petite et bien moins éclatante que même dans son croissant le plus mince.
Les phases de Ve'niis furent vues pour la première fois au mois de septembre 1610 par Galilée, qui reçut de ce spectacle une joie impossible à décrire, attendu qu'il témoignait éloquemment en faveur du système de Copernic, montrant que, comme la Terre et la Lune, les planètes reçoivent leur lumière du Soleil. Quand je dis que ces phases furent vues pour la première fois au mois de septembre 1610, vous n'en conclurez pas pour cela qu'elles n'existaient pas avant cette
Fis. -io- — Ëcliancrures du croissant de Vénus.
époque ; mais vous tirerez seulement la conséquence qu'avant cette année on n'avait pas tourné de lunette du côté de cette planète, et qu'à l'œil nu ses phases sont insensibles.
Suivant une coutume de l'époque, l'illustre astronome cacha sa découverte sous un anagramme, pour justifier de l'authenticité de cette découverte en cas de rivalité, et pour se donner le temps de continuer ses observations et de les rendre plus parfaites. Il termina une lettre par cette phrase :
Hœc immalura a me jam frustra leguntur. o. y. c'est-à-dire ; « Ces choses, non mûries et cachées encore pour
les autres sont lues par moi. » Sous ce cryptogramme, il serait difficile, n'est-ce pas? de trouver l'idée des piiases de Vénus. Nos pères étaient fort ingénieux, et, de nos jours, certaines découvertes n'auraient pas été si haut contestées, si MM. les astronomes avaient quelquefois employé la même ruse. Il y a dans cette phrase 54 lettres. En les plaçant dans un autre ordre, on en tire ces mots, dans lesquels toute la découverte est élégamment inscrite :
Cijnlhise figuras emulatur mater amorum.
La mère des amours suit les phases de Diane.
Galilée ne laissait pas d'être très fin. Deux mois plus tard, le père Castelli lui demandant si Vénus a des phases, il répond : « Je suis en fort mauvais état de santé, et je me trouve beaucoup mieux dans mon lit qu'à la rosée. » Ce n'est qu'à r avant-dernier jour de l'année qu'il annonça lesdites phases.
Vénus a-t-elle un satellite? — Elle en aurait plutôt deux qu'un, avaient répondu les amis de Cassini aux adversaires de cet astronome. Beaucoup ont la ferme croyance de l'avoir vu; mais la question reste indécise. Au milieu du dernier siècle, on y croyait si fermement que le roi bel esprit Frédéric de Prusse proposa de lui donner le nom de son ami d'AJembert, ce dont l'illustre géomètre se défendit par ce petit billet : (( Votre Majesté me fait trop d'honneur de vouloir baptiser de mon nom cette nouvelle planète. Je ne suis ni assez grand pour devenir au ciel le satellite de Vénus, ni assez bien portant pour l'être sur la terre, et je me trouve trop bien du peu de place qvie je tiens en ce bas monde pour en ambtionner une au firmament. »
Ce monde offre la plus grande ressemblance avec le nôtre * : mêmes éléments astronomiques, même grandeur, même
* Voyez notre ouvrai^e la Pluralité des mondes habités, livre II. et surtout nos Terres du Ciel, livre IV.
volume, même poids, même densité; seulement, il est deux fois plus près du Soleil que nous. Depuis les origines de la poe'sie antique, sa position près du Soleil, qui le fait apparaître le matin avant le jour, ou le soir avant la nuit, attira vers lui les pensées contemplatives, et Vénus fut l'étoile de tous ceux qui aiment à rêver le soir, depuis le berger à son retour des champs jusqu'aux amis de cœur dont les âmes se rencontrent pendant la nuit. Au moyen âge, un bon père fait un voyage extatique' dans le ciel, et ne voit dans Vénus que des
Fig. 46
i. — Grandeurs comparées de Vénus et de la Terre.
jeunes gens d'une beauté ravissante, vivant au sein d'un parfait bonheur; c'étaient, à ses yeux, les esprits directeurs de la planète Vénus, car on croyait jadis qu'une légion d'anges ou de génies était préposée à la direction de chacune des sphères célestes. Plus tard, l'auteur de Paul et Virginie fait encore de Vénus la description la plus merveilleuse ; c'est un paradis terrestre. De nos jours enfin, le poète des Contemplations, visitant File antique de Cythère, qui n'est plus aujourd'hui qu'un roc désert et dénudé, reporte sa pensée dans le ciel, et c'est là qu'il cherche désormais le séjour de Vénus.
Puissent les rayons d'or de cette belle étoile briller long-
temps encore sur nos soirs, ouvrant à nos pensées le cours des contemplations qui nous transportent transitoirement dans le céleste monde! Qu'elle annonce encore le cortège étoile des nuits profondes, et qu'elle soit l'avant-courrière des heures de paix et de silence qui bercent l'âme dans la rêverie de ses souvenirs!
Dans mon adolescence, tout enveloppé encore de l'illusion charmante qui nous faisait croire autrefois que la planète Vénus était la plus agréable de notre système, je lui avais dédié les vers qui suivent. En les relisant aujourd'hui il me semble qu'ils s'appliqueraient mieux, à cause de la dernière strophe surtout, à la planète Mars que nous allons visiter. Selon toute probabilité, le monde de Mars doit offrir un séjour plus hospitalier que celui de Vénus.
. Étoile radieuse Qui te penches vers nous, Beauté mystérieuse Dont les yeux sont si doux Du haut du ciel splendide Sur notre obscur séjour Verse un rayon limpide, Verse un regard d'amour.
Blanche perle attachée Aux célestes lambris !
Sur la mère penchée Au berceau de son lils, Abaisse l'espérance Dans un beau rayon d'or ; Promets-lui l'assistance, Veille sur son trésor.
Sur la plaine brûLante, Dans les champs du désert, Étoile vigilante, Vois si quelqu'un se perd.
Sur la mer orageuse Aux periides sentiers, Etoile radieuse, Guide les nautoniers.
Et quand la nuit suprême S'étendra sur mes yeux, Belle étoile que j'aime!
Dans ton palais des cieux, A cette heure bénie, Dai^^ne me recevoir, Et deviens ma patrie.
Blanche étoile du soir!
Je reconnais ses traits, c'est le farouche Mars! Sa pâleur que nuance une rougeur obscure Sans peine à tous les yeux distingue sa figure : Empreinte sur son front, cette sombre couleur Du dieu dont les guerriers admirent la valeur Kous peint la cruauté, la fureur homicide,
Et du sang des humains sa soif toujours avide.
Rien ne peut adoucir sa barbare fierté.
Des mortels et des dieux son glaive détesté
Souille toujours de sang sa funeste victoire.
A son cruel aspect, la paix, la douce paix. S'éloigne, et des mortels retire ses bienfaits. De nos champs ravagés on voit fuir l'abondante.
Ricard.
Le pauvre Mars n'a pas été épargné, comme vous voyez. Sur lui et sur Saturne sont tombées toutes les malédictions des mortels, et ces deux planètes infortunées ont dû subir jusqu'à l'affront de vers détestables et soporifiques, comme on vient de le voir par les rimes de Ricard. A commencer par la guerre, ce fléau de l'humanité dont elle aura tant de peine à se guérir, tous les malheurs publics causés par la force ont
été attribués à Mars, et, s'il sait ce que la Terre a pensé de lui depuis les jours de la' mythologie, il doit la regarder d'un bien mauvais œil. Il est pourtant bien innocent de toutes ces calomnies, et nous devrions d'autant moins parler mal de lui, qu'il offre plus de ressemblance avec nous. Le monde de Mars, en effet, ressemble tant au monde de la Terre, que, s'il nous arrivait un jour de faire un voyage de son côté et d'oublier notre chemin, il nous serait à peu près impossible de reconnaître laquelle des deux planètes est notre patrie : nous
Fig. 47.
Aspect de Mars.
aurions grand risque d'arriver chez les habitants de Mars, croyant descendre en Europe ou dans quelque autre quartier terrestre.
De Vénus nous passerons à Mars sans nous arrêter à la Terre, quoique notre planète les sépare dans l'ordre des distances au Soleil. Honneur d'abord aux étrangers ! Notre patrie viendra après.
La planète Mars, en effet, présente dans nos télescopes le même aspect que la Terre doit offrir aux 'habitants de Vénus:
un disque circulaire, un peu aplati vers les pôles, tournant sur lui-même en vingt-quatre heures environ, sillonné de temps à autre par des nuages passagers, diversifié de plaines tantôt claires, tantôt foncées; roulant obliquement sur luimême, enveloppé d'une atmosphère et recouvert à ses pôles de taches neigeuses. Sur cette planète, les saisons sont à peu près de la même intensité que les nôtres ; mais leur durée est deux fois plus longue, car Mars n'accomplit sa révolution annuelle autour du Soleil qu'en 1 an 521 jours 22 heures, ou 1 an 10 mois et 21 jours. Des amoncellements de glace que l'on voit à ses pôles fondent en partie au printemps de chaque hémisphère, et se reforment en automne, comme il arrive sur notre globe; et comme les saisons sont complémentaires sur les deux hémisphères, les mouvements de ce globe s'excutent en sens inverse : tandis que le pôle austral diminue, le pôle boréal augmente, et réciproquement. De cette fonte des neiges résultent les cliangements de température et les mouvements météoriques que l'on observe ici ; une partie de l'eau s'évapore en nuages, une autre partie va grossir les fleuves et descend à la mer. Ainsi, les caractères fondamentaux des saisons terrestres se retrouventsur cette planète voisine. Mais elle est beaucoup plus petite que la Terre, car son diamètre n'est que de 1700 lieues, ou moitié du nôtre. On peut cependant remarquer certaines différences entre l'aspect du monde de Mars et le nôtre. Tandis que, vue de loin, la Terre, en raison de la couleur de son atmosphère, de sa végétation et de ses eaux, doit paraître nuancée de vert, Mars est plus nuancé de rouge, et c'est cette teinte qui lui donne l'éclat rougeàtre dont on le voit briller à l'œil nu. Sans doute, cette couleur caractéristique est produite par la coloration dominante des éléments de sa surface, soit que son sol soit ainsi coloré, comme celui de nos déserts, soit que les végétaux quelconques qui le tapissent revêtent principalement cette nuance, et c'est ce qui est le plus probable. Toutefois, les taches polaires gardent toujours leur éclatante
blancheur. Un philosophe de F antiquité, Anaxagore, affirmait que la neige était noire ; son paradoxe eût été quelque peu allégé si les neiges de Mars, toutes les fois que l'on put les apercevoir distinctement, avaient été rouges ; mais elles sont blanches aussi. La couleur des taches polaires est toujours d'un blanc brillant et pur, en aucune façon semblable à la couleur des autres parties de la planète. En 1877, tout récemment, il arriva une fois que Mars fut, pendant l'observation, complètement obscurci par un nuage, à l'exception de la tache polaire, qui se montrait distinctement à la vue.
Déplus, l'eau de Mars est-elle la même que l'eau de la Terre ? Le P. Kircher se demandait si celle de Vénus serait bonne pour baptiser, et n'en doutait pas. Nous nous demandions s'il y a là les mêmes éléments chimiques qu'ici, et nous en doutions. Que les taches polaires de j\h\rs soient des amas de glace et déneige, c'est ce qui était démontré par l'observation, puisque les changements qu'elles subissent annuellement sont occasionnés comme chez nous par le mouvement apparent du Soleil. Quand une tache offre une plus grande étendue, c'est après un long hiver du pôle auquel elle appartient; quand la même tache se montre très petite, c'est après un été qui l'a fondue et successivement resserrée. Mais aujourd'hui l'analyse spectrale a prouvé que les neiges et les nuages de Mars sont formés de la même eau chimique que les nôtres, quoique la température, la densité et la pesanteur y soient en de tout autres conditions qu'ici.
La géographie de cette planète a même pu être tracée sur des cartes analogues à nos cartes géographiques. Il n'y a pas de grands océans sur Mars comme ici, mais seulement des méditerranées et de longs golfes. Les continents y sont trèsdécoupés. Mais enfin dans son ensemble ce monde offre les plus grandes ressemblances avec le nôtre*.
* Yoyez nos Terres du Ciel, livre YI. dans lequel nous avons publié la carte géographique de Mars, construite par nous sur l'ensemble de toutes les observations, 3t notre Astronomie populaire, p. 480.
Éloignée du Soleil à une distance moyenne de 56 millions de lieues, et enveloppant l'orbite de la Terre dans celle qu'elle décrit autour de l'astre central, il y a certaines époques où ces deux planètes sont très rapprochées : c'est lorsqu'elles sont toutes deux d'un même côté de leur cours relativement au Soleil. Quelquefois elles ne sont plus qu'à 14 millions de lieues de distance l'une de l'autre. C'est ce qui fait que Mars est, après la Lune, le monde le mieux connu de nous, et que Kepler a pu écrire ces paroles : « C'est delà connaissance de Mars que nous viendra l'astronomie, et c'est de l'étude de cette planète que sortiront les progrès futurs de notre science. »
Deux petites lunes ont été découvertes auprès de Mars au mois d'août 1877 par M. Hall, astronome américain ; elles tournent très rapidement autour de leur planète : la première en 7 heures 59 minutes, la seconde en 50 heures 18 minutes. Elles ne sont pas plus larges que Paris !
On appelle conjonction de deux planètes le point de leurs orbites où elles se trouvent ainsi d'un même côté du Soleil, et sont le plus près possible l'une de l'autre ; on donne le nom (l'opposition au point opposé de leur course, celui où elles se trouvent chacune de côté et d'autre du ^Soleil. Ces positions ont jadis beaucoup exercé la sagacité des tireurs d'horoscope, et Dieu sait combien de destinées ont reçu de prétendues prédictions, selon que le dieu de la guerre se trouvait en conjonction dans tel ou tel signe du Zodiaque. La conjonction dans le Taureau n'était pas du tout la même que celle qui arrivait dans la Vierge, et lorsque par hasard elle avait le malheur d'arriver dans le Capricorne, les plus habiles se perdaient en inductions sur la mauvaise fortune présagée au nouveau-né. Les planètes inférieures, Vénus et Mercure, dont l'orbite est renfermée dans celle de la Terre, n'ont pas d'opposition, mais elles ont deux conjonctions : l'une supérieure, quand la planète se trouve au delà du Soleil et sur une même ligne droite ; l'autre inférieure, quand
elle est placée entre le Soleil et la Terre. Les planètes extérieures, celles qui renferment l'orbite terrestre et dont Mars est la première, n'ont que la conjonction supérieure.
Au delà de la planète Mars, à 40 millions de lieues environ entre l'orbite de cette planète et celle de Jupiter, on rencontre le groupe de petites planètes dont nous avons déjà parlé. Ce sont de tout petits mondes, si même ils méritent ce nom, qui n'ont guère que l'étendue d'une province ou même d'un département. Ils gravitent dans cette zone en nombre considérable, car il peut en exister plusieurs milliers. Déjà 85 ont été découverts : le premier en 1801, le dernier cette année (1865) ^ Peut-être sont-ils les débris d'un monde plus gros, brisé par quelque catastrophe ; peut-être ont-ils été formés dans cette région de l'espace à l'état fragmentaire dans lequel nous les voyons aujourd'hui. C'est ce qui n'est pas même décidé, attendu que, sur l'origine des choses, la science d'aujourd'hui, comme celle du temps de Virgile, ne peut encore se prononcer :
Félix qui potuit reruni cognoscere causas.
Ignorant le titre de noblesse originaire de ces astéroïdes et le sort qui les attend, traversons leur colonie et abordons, au delà, le plus magnifique des mondes de notre système.
* Les astéroïdes connus sont, en décembre 1806, au nombre de 91. (Note de la 2^ édition.)
En mai 1869, ils sont au nombre de 108. Dans la seule année 1868, on en a découvert douze nouveaux. (Note de la 5« édition).
En juin 1872, ils sont au nombre de 120. (Note de la 4* édition.)
En décembre 1874, ils sont au nombre de 158. (Note de la 5® édition.)
En septembre 1877, ils sont au nombre de 173. (Note de la 6« édition.)
En mai 1881, ils sont an nombre de 220. (Note de la 7*^ édition.)