Comète de
plus grand rapprochement; elle continue maintenant sa marche dans les déserts extra neptuniens. Sa vitesse varie suivant sa distance à Tastre solaire : à son périhélie, elle parcourt des milliers de lieues par minute; à son aphélie, elle ne parcourt plus que quelques mètres. La proximité où elle se trouve du Soleil en son passage près de cet astre avait fait penser à Newton qu'elle recevait une. chaleur 28 000 fois plus grande que celle que nous éprouvons au solstice d'été, et que, cette chaleur étant 2000 fois plus grande que «"elle d'un fer rouge, un glohe de fer de même dimension serait 50 000 ans à perdre entièrement sa chaleur. Newton ajoutait qu'en fin de compte les comètes finiraient par se rapprocher tellement du Soleil, qu'elles ne pourraient plus se soustraire à la prépondérance de son attraction, et qu'elles tomheraient les unes après les autres dans cet astre flambovant, servant ainsi à l'alimentation de la chaleur qu'il verse perpétuellement dans l'espace. C'est cette fin déplorable assignée aux comètes par l'auteur du livre des Principes, qui a fait dire en riant à Rétif ^de la Bretonne : « Une puissante comète, déjà plus grosse que Jupiter, s'est encore augmentée dans sa route en s'amalgamant six autres comètes languissantes. Ainsi dérangée de sa route ordinaire par ces petits chocs, elle n'enfila pas juste son orbite elliptique, de sorte que cette infortunée vint se précipiter dans le centre dévorant du Soleil... On prétend, ajoutait-il, que la pauvre comète, brûlée vive, poussait des cris épouvantables. »
11 sera donc intéressant, à double titre, de suivre une comète à ses différents passages en vue de la Terre. Prenons la plus importante dans l'histoire de l'astronomie, celle dont l'orbite fut calculée par l'astronome Edmond Halley et qui fut baptisée de son nom. C'est en 1682 qu'elle parut dans son grand éclat, accompagnée d'une queue qui ne mesurait pas moins de 15 à 14 millions de lieues. Par l'observation de la ligne qu'elle décrivait dans le ciel et du temps qu'elle
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employait à la décrire/cet astronome calcula son orbite, et reconnut que cette comète était la même que celle que l'on avait admirée en 1551 et en 1607, et qu'elle devait reparaître en 1759. Jamais prédiction scientifique n'excita un plus vif intérêt. La comète revint à l'époque assignée, et le 12 mars 1759 elle passa à son périhélie.
Depuis l'an 12 avant l'ère chrétienne, elle s'était déjà présentée vingt-quatre fois en vue de la Terre ; c'est surtout par les annales astronomiques de la Chine que l'on a pu la suivre jusqu'à cette époque et constater en même temps qu'elle devait être chargée d'une bonne part des terreurs superstitieuses de l'humanité. Sa première apparition mémorable dans l'histoire de France est celle de 857, sous le règne de Louis P'' le Débonnaire. Un chroniqueur anonyme du temps, surnommé l'Astronome, a donné de cette apparition les détails suivants, relatifs à l'influence de la comète sur l'imagination impériale : « Au milieu des saints jours de Pâques, un phénomène toujours funeste et d'un triste présage parut au ciel. Dès que l'empereur, très attentif à de tels phénomènes, l'eut aperçu, il ne se donna plus aucun repos qu'il n'eût fait appeler un certain savant et moi-même. Dès que je fus en sa présence, il s'empressa de me demander ce que je pensais d'un tel signe. Et, comme je lui demandais du temps pour considérer l'aspect des étoiles, et rechercher par leur moyen la vérité, promettant de la lui faire connaître le lendemain, l'empereur, persuadé que je voulais gagner du temps (ce qui était vrai) pour n'être point forcé à lui annoncer quelque chose de funeste : « Va, » me ditil, « sur la terrasse du palais, et reviens aussitôt me dire « ce que tu auras remarqué, car je n'ai point vu cette « étoile hier, et tu ne me l'as point montrée ; mais je sais (( que ce signe est une comète ; dis-moi ce que tu crois qu'il (( m'annonce. » Puis, me laissant à peine répondre quel- (jues mots, il reprit : « 11 est une chose encore que tu tiens « en silence, c'est qu'un changement de règne et la mort
« d'un prince sont annoncés par ce signe. » Et comme j'attestais le témoignage du prophète qui a dit : « Ne craignez point « les signes du ciel comme les nations les craignent », ce prince, avec sa grandeur d'àme et sa sagesse ordinaires, me dit : « Nous ne devons craindre que Celui qui a créé nous- « mêmes et cet astre; mais comme ce phénomène peut se u rapporter à nous , reconnaissons-le comme un avertisse- « ment du ciel. » Louis le Débonnaire se livra, lui et sa cour, au jeune et à la prière, et bâtit églises et monastères. Il mourut trois ans plus tard, en 840, et des historiens ont profité de cette légère coïncidence pour trouver dans l'apparition de la comète un présage de cette mort. Le chroniqueur Raoul Glaber ajoutait plus tard : « Ces phénomènes ne se manifestent jamais aux hommes dans l'univers sans annoncer sûrement quelque événement merveilleux et terrible. ))
La comète de Halley apparut de nouveau en avril 1060, au moment où Guillaume le Conquérant envahissait l'Angleterre. On a prétendu qu'elle avait eu la plus grande in- Ikiencesur le sort de la bataille de Ilastings, qui livra ce pays aux Normands. Un versificateur du temps, faisant probablement allusion au diadème d'Angleterre dont Guillaume s'était couronné, avait proclamé dans un distique « que la comète avait été plus favorable à Guillaume que la nature à César : celui-ci n'avait pas de chevelure, Guillaume en reçut une de la comète. » Un moine de Malmesbury avait apostrophé la comète en ces termes :• « Te voilà donc, te voilà, source des larmes de plusieurs mères ! Il y a longtemps que je ne t'ai vue, mais je te vois maintenant plus terrible, tu menaces ma patrie d'une ruine entière ! » La reine Mathilde, épouse de Guillaume, a représenté fort naïvement cette comète et l'ébahissement de ses sujets sur la tapisserie de Bayeux, dont nous donnons ici une reproduction .
En 1455, la même comète fit une apparition plus mémorable encore. Les Turcs et les chrétiens étaient en guerre;
LES COMÈTES
l'Occident et l'Orient semblaient armés de pied en ca(3, sur le point de s'anéantir l'un l'autre. La croisade entreprise par le pape Galixte III contre les Sarrasins envahisseurs sentit son ardeur tourmentée par l'apparition subite de l'astre à la tlamboyante chevelure. Mahomet II prit d'assaut Gonstantinople et mit le siège sous Belgrade. Mais le pape ayant conjuré à la fois les maléfices de la comète et les desseins abo-
Fig. 56. — Ébahissement causé par ia comète de Guillaume le Conquérant,
d'après la lapisserie de Bayeux.
minables des musulmans, les chrétiens gagnèrent la bataille et anéantirent leurs ennemis dans une sanglante boucherie. — La prière de YAngehis au son des cloches date de ces ordonnances de Galixte III à propos de la comète.
Dans son poème sur ÏAstronomie^ Daru, de l'Acadéjnie française, retrace cet épisode en terme =; éloquents :
Un autre Mahomet a-t-il d'un bras puissant Aux murs de Constantin arboré le croissant?
i>4i LES MERVEILLES CELESTES
Le Danube étonné se trouble au bruit des armes,
La Grèce est dans les fers, l'Europe est en alarmes :
Et pour comble d'hori-eur. l'astre au visa;4e ardent
De ses ailes de l'eu va couvrir l'Occident.
Au pied de ses autels, qu'il ne saurait défendre,
Calixte, l'œil en pleurs, le front couvert de cendre,
Conjure la comète, objet de tant d'effroi :
Regarde vers les cieux, pontife, et lève-toi!
L'astre poursuit sa course, et le fer d'IIuniade
Arrête le vainqueur qui tomlie sous Belgrade.
Dans les cieux cependant le globe suspendu.
Par la loi générale à Jamais retenu.
Ignore les terreurs, l'exislcnce do Home.
Et la Terre peut-èlre. et jus(iu"au nom de l'Iiouune,
De l'homme, être crédule, atome ambitieux.
Qui tremble sous un prêtre cl qui lit dans les cieux.
Cette comète à longue période l'ut témoin de bien des révolutions dans l'histoire humaine, à chacune de ses apparitions, même en ses dernières : 1082, 1751), 1855; elle s'offrit aussi à la Terre sous les aspects les plus divers, passant par une grande variété de formes, depuis l'apparence d'un sabre recourbé, comme en 1455, jusqu'à celle d'une tète confuse, comme dans sa dernière visite.
Du reste, elle ne fait pas exception à la règle générale, car ces astres à l'aspect mystérieux ont eu le don d'exercer suil'imagination une puissance qui la plongeait dans l'extase ou dans l'effroi. Épées de feu, croix sanglantes, poignards enflammés^ lances, dragons, gueules, et autres dénominations du même genre, leur sont données au moyen âge et à la Renaissance. Des comètes comme celle de 1577 paraissent du reste justifier, par leur forme étrange, les titres dont on les salue généralement. Les écrivains les plus sérieux ne s'affi^anchissent pas de cette terreur. C'est ainsi que, dans un chapitre sur les Monstres célestes, le célèbre chirurgien Ambroise Paré décrit sous les couleurs les plus vives et les plus affreuses la comète de 1528 : « Cette comète étoit si iiorrible et si épouvantable et elle engendroit si grande terrue au vulgaire, qu il en moin"ut aucuns de peur ; les autres
LES COMETES
tombèrent malades. Elle apparoissoit estre de longueur excessive, et si estoit de couleur de sang; à la sommité d'icclle, on vovoit la Ikaire (ïiin bras courbé, tenant une grande espe'eenla main, comme s il eiist voulu frapper. Au bout de la pointe, il y avoit trois estoiles.
Aux deux costés des rayons de cette comète, il se voyoit grand nombre de haches, cousteaux, espées colorées de sang, parmi lesquels il y avoit grand nombre de faces humaines hideuses, avec les barbes et les cheveux hérissez. »
On peut, du reste, admirer cette fameuse comète dans la reproduction fidèle que j'en donne ici.
On voit que l'imagination a de bons yeux, quand elle s'y met, La grande et étrange variété des aspects cométaires est retracée avec exactitude par le P. Souciet dans son poème latin sur les comètes ; les plus remarquables sont passées en revue. « La plupart, dit-il, brillent de feux entrelacés comme une épaisse chevelure y et c'est de là qu'elles ont pris le nom de comètes. L'une traîne après soi les replis tortueux d'une longue queue ; l'autre paraît avoir une barbe blanche et touffue ; celle-ci jette une lueur semblable à celle d'une
fig. cIT. — Comcle de 1577.
lampe qui brûle pendant la nuit ; celle-là, ô Titan ! représente ton visage resplendissant ; et cette autre, ô Phœbé ! la forme
Fig. 58. — Comète de 1528 (Dessin l))zarre d'Ambroise Paré, prétendant repi-ésenter la).
de tes cornes naissantes. Il en est qui sont hérisse'es de serpents entortillés. Parlerai-je de ces armées qui ont quelque-
LES COMETES
fois paru dans les airs, de ces nuages qui traçaient un long cercle ou qui ressemblaient à des têtes de Méduse? N'y a-t-on pas vu souvent des figures d'hommes ou d'animaux sauvages? Souvent, dans les ténèbres de la nuit éclairée par ces tristes feux, on entendit le son horrible des armes, le cliquetis des épées qui se choquaient dans les nues, l'éther en fureur retentir de mugissements extraordinaires qui abattaient les peuples sons le poids de la terreur. Toutes les comètes
Fig. 59. — Comète de 17i4.
ont une lumière triste, mais elles n'ont pas toutes la même couleur. Les unes ont la couleur du plomb ; les autres, celle de la flamme ou de l'airain. Il y en a dont les feux ont la rougeur du sang; d'autres imitent l'éclat de l'argent; celles-ci ressemblent à l'azur ; celles-là ont la couleur sombre et pâle du fer. Cette différence vient de la diversité des vapeurs qui les environnent ou de la différente manière dont elles reçoivent les rayons du Soleil. Ne voyezvous pas comme dans nos foyers les diverses espèces de
bois donnent des couleurs différentes? Les sapins rendent une flamme mêle'e d'une fumée épaisse. Celle qui sort du soufre et de l'épais bitume est azurée. La paille enflammée donne des étincelles d'une couleur rougeàtre; l'olivier, le laurier, et tous les arbres qui conservent toujours leur sève, jettent une lumière blanchâtre assez semblable à celle d'une lampe. Ainsi, les comètes, dont les feux sont formés de matières différentes, prennent et conservent chacune une couleur qui leur est propre. »
Au lieu d'être une cause de crainte et de terreur, la variété et la variabilité de l'aspect des comètes doivent plutôt nous éclairer sur l'innocuité de leur nature, comme nous allons on être convaincus par l'observation de ces astres plus terribles de loin que de près.
Remarquons encore que s'il y a eu des guerres toutes les fois que des comètes ont apparu au ciel, la faute n'en esf pas à ces pauvres astres, mais à la bêtise humaine (pardon de la franchise) qui entretient depuis des milliers d'années cette inexplicable folie : j'ai calculé que depuis la guerre de Troie, d'antique mémoii'c, notre ])lanète n'est pas restée une veille année sans guerre !