‹ Les merveilles célestes, lectures du soirChapitre 32 sur 47 · L ES COMÈTES. SUITE · texte numérisé non relu

L ES COMÈTES. SUITE

Ces a^tros, après avoir (Hé si longtemps la terreur du monde, sont tombés tout à coup <lans un tel discrédit, qu'où ue les croit plus capables de causer que des rbumes.

Mmtertuis.

Ainsi s'exprime ie géomètre à qui l'on doit une partie des premières mesures relatives à la figure de la Terre. Et voici, en effet, quelques-unes des idées émises dans ses Lettres sur la comète de 1742.

On n'est pas d'humeur aujourd'hui à croire que des corps aussi éloignés que les comètes puissent avoir des influences sur les choses d'ici bas, dit-il, ni qu'ils soient des signes de ce qui doit arriver. Quel rapport ces astres auraient-ils avec ce qui se passe dans les conseils et dans les armées des rois ? Pour savoir à quoi s'en tenir, il faudrait que leur influence lut connue ou par la révélation, ou par la raison, ou par l'expérience ; et l'on peut dire que nous ne la trouvons dans aucune de ces sources de nos connaissances. 11 est bien vrai qu'il y a une connexion universelle entre tout ce qui est dans

la nature, tant dans le physique que dans le moral : chaque e'vénement, lié à ce qui le précède et à celui qu'il suit, n'est qu'un des anneaux de la chaîne qui forme l'ordre et la succession des choses; s'il n'était pas placé comme il est, la chaîne serait différente et appartiendrait à un autre univers.

Fig. 60. — Comète de 1811.

En raisonnant ainsi, notre astronome doute de la noninlluence des comètes aussi hien qu'il doute de leur influence; pour asseoir ses idées, il rapporte celles des autres, et bientôt il en vient îi croire que les comètes causent de bien autres événements que de simples rhumes.

Du temps d'Aristote, les comètes étaient des météores

LES COMÈTES

l'ormés des exhalaisons de la terre et de la mer, et ce fut là. comme on peut le croire, le sentiment de la foule des philo-

Fig. 61.

Tète de la comète de 1831

soplies qui n'ont cru ni pense' que d'après lui. Plus anciennement, on avait eu des idées plus justes sur les comètes. Les

Chaldéens savaient qu'elles sont dos astres durables et des espèces de planètes dont on a dit qu'ils étaient parvenus à calculer le cours. Sénèque avait enil)rassé cette opinion; il nous parle des comètes d'une manière si conforme à tout ce qu'on en sait aujourd'hui, qu'on peut dire qu'il avait devin<> ce que les expériences et les observations des modernes ont découvert.

C'est après avoir parlé des opinions des anciens que Maupertuis exprime la sienne. « Le cours réglé des comètes ne permet plus de les considérer comme des présages, ni comme des flambeaux allumés pour menacer la Terre. Mais quoiqu'une connaissance plus parfaite que celle qu'en avaient les anciens nous empêche de les regarder comme des présages surnaturels, elle nous apprend qu'elles pourraient être les causes ])livsiques de grands événements. »

Et, en effet, il redoute pour la Terre l'approche des astres chevelus. Dans la variété de leurs mouvements, il voit la possibilité d'une rencontre avec quelipies planètes, et par conséquent avec la Terre. « On ne peut douter, dit-il, quil n'arrivât alors de ces terribles accidents. A la simple approche de ces deux corps, il se ferait de grands changements dans leurs mouvements, soit que ces changements fussent causés par l'attraction qu'ils exerceraient l'un sur l'autre, soit qu'ils fussent causés par quelque fluide resserré entre eiix. Le moindre de ces mouvements n'irait à rien moins qu'à changer la situation de l'axe et des pôles de la Terre. Telle partie du globe ([ui auparavant était vers l'éijuateur se trouverait après un tel événement vers les pôles, et telle (jui était vers les pôles se trouverait vers l'équa leur. L'approche d'une comète, ajoute-t-on, pourrait avoir d'autres suites encore plus funestes. Il v a sur ces queues, aussi bien que sur les comètes, (fétranges opinions; mais la plus probable est que ce sont des torrents immenses d'exhalaisons et de vapeurs que l'ardeur du Soleil fait sortir de leur corps. Une comète accompagnée dune queue peut passer si près de la Terre que nous nous

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trouverions noyés dans ce torrent quelle traîne avec elle »

Telle est la perspective où nous conduit petit à petit notre iihvsicien; mais il nous donne une singulière consolation.

Comme le genre humain périrait tout entier dans cette catastrophe, englouti sous l'eau bouillante ou empoisonné par les

Fig. 62. — Comète de 18:i8.

gaz méphitiques, et qu'il ne resterait plus personne pour pleurer sur l'agonie de la Terre, il nous assure qu'il nous est facile de nous en consoler, u Un malheur commun n'est presque pas un malheur Ce serait celui qu'un tempérament mal à propos trop robuste ferait survivre seul à un

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accident qui aurait détruit tout le genre humain, qui serait à plaindre ! Roi de la Terre entière, possesseurs de tous ses trésors, il périrait de tristesse et d'ennui : toute sa vie ne vaudrait pas le dernier moment de celui qui meurt avec ce <|u'il aime. ))

C'est ainsi qu'au siècle dernier on croyait encore au terrible pouvoir de ces astres de malheur. Aujourd'hui, et surtout depuis la fameuse comète de 1811, les habitants de nos campagnes s'imaginent plutôt qu'elles annoncent d'excellentes vendanges. Ces idées sont aussi gratuites que les j)remières.

Qui pourrait, du reste, effacer l'impression produite par certains aspects étranges de ces astres bizarres? On conçoit l'acilement qu'ils aient pu être considérés comme des signes de malédiction, phmant sur les hommes et sur les empires. Telle est la plainte de lord Byron dans Manfred, auquel le septième esprit adresse les paroles suivantes : « L'astre qui préside à ta destinée était dirigé par moi avant que la Terre fût créée. Jamais planète plus belle n'avait erré autour du Soleil. Son cours était libre et régulier, et nul astre plus beau n'avait été bercé dans le sein de l'espace. L'heure fatale arriva. Cet astre devint une masse errante de llamme informe, une comète vagabonde, malédiction et menace de l'univers, roulant toujours par sa force innée, mais ayant perdu son titre de monde et son cours harmonieux. Horreur brillante des régions du ciel ! monde difforme parmi les constellations. ))

Cependant rien ne prouve que les comètes soient douées d'une influence quelconque, je ne dis pas sur le moral des hommes, cela va de soi, mais sur la physique du monde. Leur légèreté, l'extrême diffusion de leur substance nous invitent plutôt à croire qu'elles ne possèdent aucune espèce d'action sur les planètes. Croyons qu'elles sont très inoffensives. Comme ces nuées atmosphériques dont la grandeur, la forme et la nuance varient au caprice des vents et selon le

LES COMÈTES

jeu foituit des l'ayons solaires, les agglomérations vaporeuses qui constituent les comètes prennent toutes les formes possibles sous l'impulsion de forces cosmiques plus ou moins intenses. A leur approclic de l'astre brûlant, leur substance se distend, prend une extension merveilleuse et se développe sur une étendue de plusieurs millions de lieues. Elles sont d'une telle légèreté, d'une telle souplesse, qu'un ravon de chaleur peut, à sa fantaisie, leur faire prendre toutes les

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