L'ESPACE UNIVERSEL
Insensé, je croyais embrasser d'un coup d'œil Ces déserts où Newton, sur l'aile du génie. Planait, tenant en main le compas d'Uranie. Je voulais révéler quels sublimes accords Répandent dans l'éther tous les célestes corps; Mais devant eux s'a])îme et s'éteint ma pensée.
Boucher.
Il y a des vérités devant lesquelles la pensée humaine se sent humiliée et confondue, qu'elle contemple avec effroi et sans pouvoir les regarder en face, quoiqu'elle comprenne leur existence et leur nécessité : telles sont celles de l'infini de l'espace et de l'éternité de la durée.
Impossibles à définir, car toute définition ne pourrait qu'obscurcir l'idée primitive qui est en nous, ces vérités nous commandent et nous dominent. Chercher à les expliquer serait une peine stérile : il suffit de les mettre en face de notre attention pour qu'elles nous révèlent à l'instant toute l'immensité de leur valeur. Mille définitions en ont été données ; nous ne voulons en citer ni même en rappeler une seule. Mais nous voulons ouvrir devant nous l'espace, et nous y engager pour essayer d'en pénétrer la profondeur.
La vitesse d'un boulet de canon à sa sortie de la bouche à feu est une bonne marche : 400 mètres par seconde. Mais cette marche serait encore trop lente pour notre voyage dans l'espace, car notre vitesse ne serait guère que de 1440 kilomètres, ou de 560 lieues à l'heure. C'est trop peu. Il y a, dans la nature, des mouvements incomparablement plus rapides, par exemple la vitesse de la lumière. Cette vitesse est de 75 000 lieues par seconde. Ceci vaut mieux : aussi prenth'ons-nous ce moyen de transport. Permettez-moi donc, par une comparaison vulgaire, de vous dire que nous nous mettons à cheval sur un rayon de lumière, et que nous nous laissons emporter par sa course rapide.
Prenant la Terre pour point de départ, nous nous dirigerons en droite ligne vers un point quelconque du ciel. Nous partons.
A la fm de la première seconde, nous avons déjà parcouru 75 000 lieues; à la lin de la deuxième, 150 000. Nous continuons. Dix secondes, une minute, dix minutes sont écoulées cinquante millions de lieues ont passé.
Poursuivons, pendant une heure, pendant un jour, pendant une semaine, sans jamais ralentir notre marche; pendant des mois entiers, pendant un an La ligne que nous
avons parcourue est déjà si longue, qu'exprimée en kilomètres ou en lieues, le nombre qui la mesure surpasse notre faculté de compréhension et n'indique plus rien à notre esprit : ce sont des trillions, des millions de millions.
Mais ne suspendons pas notre essor. Emportés sans arrêt par cette même rapidité de 75 000 lieues par chaque seconde, perçons l'étendue en ligne droite pendant des années entières, pendant cinquante ans, pendant un siècle.... pendant mille ans.... pendant dix mille ans..., pendant un million d'années ! . . .
Où sommes-nous? Depuis longtemps nous avons franchi les dernières régions étoilées que l'on aperçoit de la Terre, les dernières que l'œil du télescope a visitées ; depuis long-