‹ Les merveilles célestes, lectures du soirChapitre 7 sur 47 · LES ÉTOILE? SO.NT DISTRIBUÉES PAR AGGLOMÉRATIONS · texte numérisé non relu

LES ÉTOILE? SO.NT DISTRIBUÉES PAR AGGLOMÉRATIONS

, ... On a sondé ces régions voilcos. Les bornes du possible ont élé reculées! Uu moite 1 a pu voir, armé d'un œil géant, Osciller des lueurs aux confins du néant. C'est vous dont notre Herscliel, ô pâles nébuleuses, Découvrit des clartés qu'on dirait fabuleuses! Il aperçut en vous des germes d'univers Qui, selon leurs aspects cl leurs â^es divers. Ou contenaient encor leurs semences fécoudes, Ou déjà répandaient leurs poussières de mondes! Eli bien! de ces lueurs blancluitres, que les yeux Disceruent vaguement aux limites des cieux, L'une contient le ciel et le inonde où nous sommes.— Ah ! la terre est trop loiu ! Je ne vois plus les hommes.

J.-J. Ampère.

Au sciii de l'espace illimité dont nous avons essayé de concevoir l'insondable étendue, planent d'opulentes agglomérations d'étoiles, séparées entre elles par des vides immenses. Nous montrerons bientôt que toutes les étoiles sont des soleils comme le nôtre, brillant de leur propre lumière, foyers d'autant de systèmes de mondes. Or les étoiles ne sont

pas disséminées au hasard en tous les points de l'espace : elles sont groupées comme les membres de plusieurs familles.

Si nous comparions l'océan des cieux aux océans de la terre, nous dirions que les îles qui parsèment cet océan ne s'élèvent pas isolément en tous les endroits de la mer, mais qu'elles sont réunies çà et là en archipels plus ou moins riclies. Une puissance aussi ancienne que l'existence de la matière a présidé à l'éclosion de ces îles dont chaque archipel compte un grand nombre; nulle d'entre elles ne s'est élevée spontanément en une région isolée; elles sont toutes agglom.érées])ar tribus, dont la plupart comptent leur nombre par millions.

Ces riches groupements d'étoiles ont reçu le nom de né~ hideuses. Cette désignation vient de ce qu'à l'invention des lunettes astronomiques on ne distinguait ces tribus étoilées que sous un aspect diffus, nuageux, qui ne permettait pas au regard de remarquer les étoiles composantes. Cette apparence n'éveillant en aucune laçon l'idée de rassemblements solaires, on pensait qu'il y avait seulement là des vapeurs cosmiques phosphorescentes, des tourbillons de substance lumineuse, peut-être des fluides primitifs dont la condensation progressive amènerait dans l'avenir la formation d'astres nouveaux. On croyait assister à la création de mondes lointains, et parfois, en remarquant ces aspects parvenus à des degrés divers de luminosité, on crut pouvoir en inférer leurs âges relatifs, connue clans une foret on peut reconnaître, par approximation, l'âge des arbres de la même espèce, selon leur grosseur, ou selon les cercles concentriques qui se forment chaque année sous l'écorce. Ainsi la première nébuleuse observée à l'aide d'un télescope et signalée comme un objet d'une nature particulière, la nébuleuse d'Andromède, fut considérée pendant trois siècles et demi comme entièrement dépourvue d'étoiles. Simon Marius, de Franconie, qui de musicien était devenu astronome, — goûts très conq)atibles du reste, — décrivant cette apparence ovale et blanchâtre,

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qui, plus brillante au centre, s'affaiblissait sur les bords, disait qu'elle ressemblait à « la lumière d'une chandelle [canâela) vue de loin à travers une feuille de corne. » Il y a quelques années, un astronome de Cambridge a compté dans les limites de cette nébuleuse 1500 petites étoiles, et pourtant le centre garde encore, malgré les meilleurs instruments, l'aspect d'une clarté diffuse. Plus tard, l'astronome

Fig. 2. — Nébuleu:><3 ou amas du Centaure.

Halley ne songeait pas davantage à des agglomérations d'étoiles. « En réalité, disait-il, ces taches ne sont rien autre chose que la lumière venant d'un espace immense situé dans les régions de l'éther, rempli d'un milieu diffus et lumineux par lui-même. » D'autres penseurs s'imaginèrent même que c'était là la clarté du ciel empyrée, vue à travers une ouverture du firmament. C'est ce que disait Derbam, l'auteur de V Astrotheology .

Mais, lorsque les instruments d'optique furent perfectionnés, cette apparence dune clarté diffuse se transforma en un pointillé brillant; à mesure que la puissance du télescope devint plus perçante, le nombre des nébuleuses apparentes diminua, et aujourdlmi toutes celles qui, du temps de Galilée, étaient regardées comme des nuages cosmiques, sont résolues en étoiles. Pour être juste, il faut ajouter qu'en révélant la composition slellaire des premières nébuleuses, le télescope en a découvert d'autres dont il n'a pas encore dévoilé la nature ; mais l'analogie nous porte à croire que,

Fig. 3.

Amas slellaires d'Hercule.

semblables aux premières, ces nébuleuses ne restent à l'état indistinct qu'à cause de leur éloignement prodigieux, que les instruments les plus puissants ne sont pas encore parvenus à vaincre, et que le jour viendra où, cette distance étant francbie, nous découvrirons là aussi d'immenses rassemblements d'étoiles.

Il y a, en réalité, de vraies nébuleuses gazeuses, dont le spectroscope révèle actuellement la nature ; mais cela n'empêche pas les nébuleuses dont nous parlons d'être de véritables amas d'étoiles.

Ainsi l'on doit se représenter l'espace infini comme un

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vide immense au sein duquel sont suspendus des archipels d'étoiles. Ces archipels sont eux-mêmes en nombre prodigieux ; ils comptent par millions les étoiles qui les constituent, et de l'un à l'autre la distance est incalculable. Ils sont distribués dans l'étendue à toutes les profondeurs, dans tous les sens, suivant toutes les directions imaginables, et revêtent euxmêmes toutes les formes possibles, comme nous allons en être témoins.

L'une des nébuleuses les plus remarquables et les plus régulières, celle qui peut en même temps servir le mieux à

l'ig. 4. — Amas slellaires du Verseau.

l'illustration des raisonnements qui précèdent, c'est la nébuleuse du Centaure. — Nous étudierons plus loin l'aspect des constellations, et la méthode la plus simple pour trouver les objets célestes les plus dignes de notre attention. Cette nébuleuse se présente au télescope sous l'aspect reproduit par notre figure 2.

A l'œil nu, on la distingue à peine, comme un point d'une faible clarté; dans le télescope, on voit briller sous ses yeux une multitude prodigieuse détoiles fortement condensées vers le centre. Cette condensation est une preuve manifeste que l'amas d'étoiles n'est pas seulement circulaire, mais encore

sphérique. Un instant d'attention suffit, en effet, pour montrer que, si l'on regarde de loin une sphère d'étoiles, le rayon visuel traversera une longueur moindre s'il regarde les bords de la sphère que s'il regarde le centre, et rencontrera moins d'étoiles sur son chemin vers les bords que vers le centre. A mesure que ce rayon visuel se rapprochera du centre, sa partie comprise dans la sphère deviendra plus longue et le nombre d'étoiles qu'il rencontrera ira en augmentant. Le maximum sera au centre même. C'est cet effet d'optique qui avait fait croire à une condensation de la matière nébuleuse. Ilalley la trouva, en 1679, pendant qu'il travaillait au catalogue des étoiles du ciel austral.

Les amas stellaires d'Hercule (fig. o) et du Verseau (tig. 4) sont de même ordre que le précédent. Celui d'Hercule, situé entre u et 'C de cette constellation, est l'un des plus magnifiques de notre ciel boréal. On le distingue à l'œil nu, dans les belles nuits, comme une tache lumineuse. Les limites de ces deux nébuleuses ne sont pas aussi nettement définies que dans celles qui ont particulièrement reçu la désignation de globulaires. La figure 5 représente quelques types choisis parmi ces dernières.

De ces amas d'étoiles, les premiers sont certainement sphériques; les autres, allongés, dont nous voyons l'épaisseur diminuer de plus en plus, sont probablement encore circulaires, mais aplatis sous la forme de lentilles ; au lieu de se présenter à nous de ûice, ils se présentent par la tranche.

A la vue de ces amas globulaires, on peut se demander quel est le nombre des étoiles contenues dans certaines de ces, nébuleuses. Il serait impossible de compter en détail et avec exactitude le nombre total d'étoiles dont plusieurs de ces magnifiques amas se composent; mais on a pu arriver à des limites. En appréciant l'espacement angulaire des étoiles situées près des bords, c'est-à-dire dans la région où elles ne se projettent pas les unes sur les autres, et en le comparant avec le diamètre total du groupe, on s'est assuré

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qu'une nébuleuse dont l'étendue superficielle apparente est à peine é^^ale au dixième de celle du disque lunaire, ne renferme pas moins de 20 000 étoiles : c'est là le minimum. Les

HHI

Fig. 5. — Nébuleuses globulaires.

conditions dynamiques propres à assurer la conservation indéfinie d'une semblable fourmilière d'étoiles ne semblent pas faciles à imaginer. Suppose-t-on le système en repos, les étoiles à la longue tomberont les unes sur les autres. Lui

(lonne-t-on un mouvement de rotation autour d'un seul axe, des cliocs deviendront inévitables. L'examen des chani^ements survenus dans d'autres systèmes porte à croire qu'il n'y a là

fi?. 6. — Nébuleuses annulaires.

lien d'inde'fmiment stable, et que le mouvement gouverne ces agglomérations de soleils aussi bien qu'il gouverne chacun des soleils et chacun des petits mondes qui les composent.

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Les nébuleuses les plus régulières ne sont pas les plus curieuses; pourtant il en est quelques-unes dont l'aspect laisse un certain étonnement dans l'esprit : ce sont des amas

Fip;. 7. — Nébuleuse du Lion.

d'étoiles qui, au lieu d'être condensées en un globe immense, sont distribuées en couronne, offrant l'apparence d'une nébuleuse circulaire ou ovale, mais percée à son centre. Notre figure 6 donne le tableau des plus complètes. La premièie

ûO LES MERVEILLES CÉLESTES.

(n'^ 5) est la nébuleuse annulaire du Cygne, située entre cette constellation et celle du Renard ; la deuxième, sa voisine de droite, est celle d'Andromède, voisine de la belle e'toile triple 7. L'anneau est très allongé et deux étoiles brillent à la poupe et à la proue de l'ellipse, semblant destinées au gouvernement de ce système dans sa marche à travers l'espace. La troisième (n° 2) est la nébuleuse de la Lyre, d'après le télescope de lord Rosse : elle est située non loin de Véga, entre p et y. On y remarque des bordures étincelantes d'étoiles rapprochées, et des franges lumineuses dentelant le bord extérieur. Avant l'usage de ce télescope, on la voyait simplement sous la forme représentée au-dessous. Enfin la quatrième de ces nébuleuses perforées est celle du Scorpion, et la sixième celle d'Ophiuchus. Les nébuleuses perforées, dit A. de Humboldt, sont une des curiosités les plus rares du ciel. Celle de la Lyre est la plus célèbre : elle a été découverte en 1779, à Toulouse, par d'Arquier, au moment où la comète signalée par Rode s'approcha de la région qu'elle occupe. Elle a environ la grandeur apparente du disque de Jupiter, et forme une ellipse dont les deux diamètres sont dans le rapport de 4 à 5. L'intérieur de l'anneau n'est pas noir, mais faiblement éclairé. Cette partie vide est au contraire d'un noir très foncé dans les belles nébuleuses per forées de l'hémisphère austral. Toutes sont vraisemblablement des amas d'étoiles en forme d'anneau,

La nébuleuse intéressante représentée par notre figure 7 nous servira de transition entre les nébuleuses régulières et les nébuleuses irrégiilières : c'est l'amas annulaire elliptique de la constellation du Lion. Il semble qu'elle possède un noyau central de plus forte condensation, que ce noyau est enveloppé de sphères concentriques plus ou moins chargées d'étoiles, séparées entre elles par des vides relatifs, et que €es enveloppes, se succédant suivant un grand axe, s'éloignent également du centre de part et d'autre, en diminuant dlétendue jusqu'au point oii elles s'éteignent en cône.

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