LIV. IV. GHAP. II. TOMBEAUX DU CAIRE
La mosquée d'Ebn-ïouloun prouve, comme celle d'Omar, que l'art arabe ne fut pas long à se constituer. Sans rompre avec l'architecture byzantine, il innove et se rapproche déjà du gothique qui va naître. Deux particularités, aux yeux de M. Léonce Reynaud, donnent à cette mosquée « une valeur très-considérable dans l'histoire de l'art » : ce sont les cintres brisés des portiques et des fenêtres ; « puis les colonnes cantonnées dans les angles des piliers, » dispositions qui vont jouer un grand rôle dans l'architecture du moyen âge, et dont l'antiquité n'offre aucun exemple.
Nous ne quitterons pas le Caire sans visiter la vallée des Califes ; l'art religieux des Arabes se montre semblable à lui-même dans leurs temples et leurs tombeaux.
Les dynasties musulmanes reposent dans une merveilleuse nécropole, au pied du mont Mokattam, sous la citadelle. Leurs tombeaux ne sont ni des hypogées ni des fosses. Touloun et Bibars, Saladin, Malek-Adel, habitent des palais où l'architecture orientale s'est abandonnée aux plus délicieux caprices. C'est toute une ville gothique avec un air particulier de grâce moins grêle, de dévotion moins sombre ; les mosquées sont mêlées aux tombeaux, et les minarets s'élancent comme des espérances du milieu des coupoles funèbres.
§ 3. L'Espagne aiabe. — L'Alhambra et la mosquée de Cordoue. Murailles moresques de Séville.
L'Alhambra! l'Alharabra! palais que les génies Ont doré comme un rêve et rempli d'harmonies, Forteresse aux créneaux festonnés et croulants, Où l'on entend la nuit de magiques syllabes, Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes, Sème les murs de trèfles blancs !
Victor Hugo.
« Immobile et muet, il plongeait des regards étonnés dans cette habitation des génies ; il croyait être transporté à l'entrée d'un de ces palais dont on lit la description dans les contes arabes. De légères galeries, des canaux de marbre blanc bordés de citronniers et d'orangers en fleurs, des fontaines, des cours solitaires, s'offraient de toutes parts aux yeux d'Aben-Hamet, et, à travers les voûtes allongées des portiques, il apercevait d'autres labyrinthes et de nouveaux enchantements. L'azur du plus beau ciel se montrait entre des colonnes qui soutenaient une chaîne d'arceaux gothiques. Les murs chargés d'arabesques, imitaient à la vue ces étoffes de l'Orient, que brode dans l'ennui du harem le caprice d'une femme esclave. Quelque chose de voluptueux, de religieux et de guerrier semblait resjjirer dans ce magique édifice; espèce de cloître de l'amour, retraite mystérieuse où les rois maures goûtaient tous
Une vue dans l'Alhambra.