LIV. IV. CHAP. II. MOSQUÉE D'EBN-TOULOUN
expliquait la parole du prophète. Les fenêtres béantes invitent les animaux vagabonds à s'établir dans ces demeures et les chiens s'emparent du gîte qu'on ne leur dispute pas. » (H. Cammas et A. Lefèvre.)
La mosquée d'Ebn-Touloun, qui passait pour la merveille du Caire, ne se dérobera pas au sort commun ; c'est cependant un des plus anciens monuments arabes. «Elle date de la fin du neuvième siècle (870), et fut construite par Ahmed Ben Touloun, fondateur d'une dynastie éphémère, sur le mont Yeckarqui est consacré parune ancienne tradition. » (Ahmed voulut que sa mosquée fût immense, rapporte l'historien arabe Makrizi)etque trois cents colonnes soutinssent les portiques de l'enceinte ; mais sur la représentation qui lui fut faite, qu'un aussi grand nombre de colonnes ne pourrait jamais se trouver dans toute l'Egypte, à moins qu'on ne les enlevât aux anciens monuments et aux églises des chrétiens, ce qu'il ne permit pas, son architecte s'engagea à construire une mosquée aussi belle qu'Ahmed pouvait le désirer, et sans aucune colonne, si ce n'est les deux colonnes de la kiblali.... Ahmed voulutaussi qu'on n'employât que la chauxet la brique pour la construction de l'édifice, sans aucuns matériaux combustibles; car je veux, dit-il, que si Fosthat (le vieux Caire) périt un jour par l'eau ou par le feu, ma mosquée puisse résister à ces causes de destruction. »
«Cet édifice consiste en une cour carrée, entourée sur trois côtés d'un portique double en profondeur, et présentant un quintuple portique sur le quatrième. Au centre de la cour est la fontaine aux ablutions, de forme carrée, que recouvre un dôme ; le sanctuaire est circulaire et de cinq mètres environ de diamètre ; il se trouve appuyé au mur d'enceinte au milieu du portique, dans le côté où il y en a quatre. En dehors de l'enceinte et à l'opposé du sanctuaire, sont rejetés sur une même ligne , le minaret, la citerne et les latrines, accompagnement obligé de toute mosquée. Neuf portes donnent entrée dans la mosquée. Le mur d'enceinte est couronné de nierions dentelés et découpés à jour, et il est percé de nombreuses fenêtres, ouvertes à même hauteur que celles élevées au-dessus des piliers. Ces fenêtres extérieures, destinées plutôt à donner de l'air que du jour, sont fermées par des treillis à jour exécutés en pierre calcaire. Autour de la cour, au-dessus des arcades, règne une haute frise, d'un fort bon effet, que couronne un appui richement décoré.
« Tous ces portiques sont exécutés en briques revêtues d'un enduit, et leurs nombreux ornements sont formés de stuc. Ils sont couverts en charpente, malgré ce qu'a dit Makrizi. Le plancher est disposé en dessous suivant des compartiments réguliers d'un heureux dessin, et il supporte une terrasse.» (Léonce Reynaud.)