LIV. V. CHAP. I. SAINT-GILLES
§ 5. Saint-Gilles (1116-11Ô0 et fin du douzième siècle).
« L'église de Saint-Gilles peut être considérée comme le nec plus ultra de l'art byzantin (roman fleuri). Conçue sur un plan gigantesque, elle a été abandonnée avant d'être achevée, probablement pour les mêmes causes qui ont laissé tant de beaux monuments imparfaits : les maux de la guerre, l.e manque de fonds, la diminution de la ferveur religieuse et la décadence du pouvoir ecclésiastique. Au milieu des ouvrages ébauchés dans le style roman, s'est élevée une petite église dont nous ne parlerons pas.
« Il reste des premières constructions : le portail ; une portion d'église souterraine et des pans de murs. L'église souterraine est vaste et bien éclairée ; elle est divisée en deux nefs par des piliers bas et massifs. Les voûtes sont en anse de panier, avec de fortes nervures carrées qui se croisent de deux en deux piliers, et dont les angles saillants sont taillés en dents de scie. On remarque le même ornement à l'autre extrémité de l'église, dans ce qui reste des arcades du transsept gauche. La courbe des voûtes en arc très-surbaissé prouve que cette forme n'était point inconnue dans la période romane. C'est, avec les arcs du cloître de Montmajour, le seul exemple bien authentique que j'aie rencontré.... Le souterrain
se termine par un pan coupé, et sa longueur n'égale pas môme celle de l'église moderne.
« La vis de Saint-Gilles, autrefois le but des pèlerinages de tous les compagnons tailleurs de pierre, est située dans l'angle formé par l'intersection du mur du collatéral gauche et du transsept. Cette fameuse vis a été épargnée dans la révolution sur les instances d'un cordonnier président d'un club, qui demanda grâce pour elle, et sauva ainsi la portion du transsept gauche où elle est placée. L'appareil de cet escalier est d'une perfection merveilleuse ; sa construction passe encore pour un modèle de stéréotomie, et il a donné son nom à la plus élégante des voûtes rampantes en spirale.
« C'est sur la façade que s'est épuisé tout Je caprice, tout le luxe de l'ornementation byzantine. Elle se présente comme un immense bas-relief de marbre et de pierre, où le fond disparaît sous la multiplicité des détails. 11 semble (ju'on ait pris à tâche de ne pas y laisser une seule partie lisse : colonnes, statues, frises sculptées, rinceaux, motifs empruntés aux règnes végétal et animal, tout cela s'entasse, se coiil'oiul ; des débris de cette façade on pourrait décorer dix édifices somi)lueu\. Devant tant de richesses prodiguées avec une profusion inouïe, le spectateur ébloui d'al)ord, attiré de tous les côtés à la fois, et ne sachant où arrêter ses regards, a peine à reconnaître les formes générales. C'est