LIV. V. GHAP. II. CHARTRES
d'autres témoignages du même esprit? Qu'on examine les piliers placés à l'intersection des branches de la croix. Ils sont d'assez faibles dimensions, puisqu'ils s'inscrivent dans un carré de deux mètres trente de côté, et cependant chacun d'eux ne compte pas moins de seize colonnes sur son développement. Aussi plusieurs de ces points d'appui fictifs ontils plus de cent trente-trois fois leur diamètre en hauteur. »
§ 2. Cathédrale de Chartres (douzième et treizième siècles) .
« La cathédrale de Chartres, dit M. Didron, est le plus curieux monument chrétien de toute la France, peut-être de toute l'Europe. Notre-Dame de Reims est certainement plus belle que Notre-Dame de Chartres, car elle est d'un jet, et celle de Chartres est d'époques diverses : le douzième, le treizième, le quatorzième, le quinzième, le seizième et même le dix-septième siècles, se sont tour à tour légué la tâche d'élever ce colossal monument. Entre ces mains diverses, sous le souffle d'idées différentes, quelquefois même contradictoires, Chartres n'a pu atteindre l'admirable unité qui fait de la cathédrale de Reims une œuvre aussi harmonieuse, aussi bien proportionnée, qu'une statue taillée par un ciseau unique. A Chartres, le plan a été notablement changé à un siècle de distance : le douzième siècle avait l'envie de bâtir un monument modeste, étroit en largeur, court en
hauteur ; et le treizième, ce siècle de grandes choses, de grands événements, comme de grands hommes, comme de grandes constructions, voulut une œuvre appropriée à ses désirs, et sur le petit monument roman, greffa un monument gothique colossal, un corps de géant sur les jambes d'un nain.
« Cette disgracieuse proportion blesse le regard ; les portes du portail royal, creusées sur la haute et large nef centrale, font aussi mauvais elfet qu'une petite bouche de femme sur la face d'un homme très-grand.
«Au treizième siècle, on a sacrifié les nefs latérales, les nefs où se tenait le menu peuple, à la nef du milieu réservée aux nobles et aux riches bourgeois. Les bas côtés n'ont pas d'issue, s'arrêtent en impasse, tandis que la nef centrale se dégage par trois portes pour elle seule. Le corps du monument a grossi, a grandi outre mesure; les nefs latérales, les bras, sont atrophiés. Au quatorzième siècle, au sommet de l'abside, on colla une chapelle, dite de Saint- Pyat, qui produit sur le chevet de l'église l'eifet d'une grosse loupe sur la tète d'un homme. Puis au quinzième siècle on a défoncé la nef latérale du sud, pour pousser en saillie, au delù des contre-forts, une chapelle dite de Vendôme, à cause des seigneurs de ce nom. C'est une excroissance sur le plan ancien, une poche au dedans, une tumeur au dehors.
Cathédrale de Chartres.