LIV. V. CHAP. II. CHARTRES
drale de Chartres, bien supérieure à la cathédrale de Reims par la sublimité de sa noble façade surmontée de clochers inégaux, originaux, les plus élégants qu'ait conçus le génie de l'homme. Le clocher vieux, celui de droite, est d'une grâce majestueuse et sans ostentation. Nous le préférons à la flèche du seizième siècle, toute couverte de festons et de dentelles, et l'une des plus hautes de France. M. Didron n'est pas juste pour la façade de Chartres. Il exagère, en revanche, les mérites de la crypte, ancienne et vaste sans doute, mais qui n'a ni la beauté sombre ni la richesse trapue de celle que nous avons vue à Saintes. Les deux porches latéraux sont aussi ornés que le grand portail est simple. M. de Caumont « ne connaît rien de plus magnifique en ce genre, ni de plus digne d'être cité, que les péristyles qui décorent les transsepts de Chartres. » Le plus beau est celui du nord, sur le flanc gauche de l'église. Élevé sur un perron de sept marches, il présente trois grandes arcades surmontées de pignons, correspondant aux trois entrées du fond (le transsept est partagé , sur sa longueur, en trois allées par deux rangs de piliers) et soutenues sur des massifs, des pieds-droits et des colonnes, garnis, ainsi que les voussures, d'une quantité considérable de statues, de groupes, de bas-reliefs, etc. Les voûtes aussi sont richement surchargées de plusieurs rangs d'ornements qui se rattachent aux voussures des trois portes. Les côtés
sont l'un et l'autre également ouverts par deux belles arcades. Au-dessus du porche s'élève en retraite la partie supérieure du portail, flanquée de deux petites tourelles octogones, ainsi que de deux grosses tours carrées à plate -forme, et terminée par un pignon triangulaire orné d'une figure de Vierge, et dont la base est appuyée sur une jolie galerie. Audessous, la partie centrale du portail est entièrement remplie par un vitrail divisé en cinq panneaux, surmonté d'une très-belle rose à- compartiments composés de figures régulières.
Les statues qui ornent l'extérieur de la cathédrale doivent être signalées pour leur perfection relative. M. Didron, retombant icidansl'exagération qui lui est habituelle, voit dans les sculptures de Chartres « un poëme en quatre chants » ou mieux « un cycle en quatre branches, ^ d'une conception plus vaste que VÉnéide et l'Iliade; la divine comédie elle-même a n'est qu'un petit épisode, l'épisode final de l'épopée sculptée à Chartres, » Nous citons sa classification comme curiosité, et aussi à cause des éléments de vérité qu'elle renferme.
« La première branche représente la cosmogonie, la genèse des êtres bruts, organisés, vivants et raisonnables.
« La seconde est une encyclopédie de toutes les sciences et de leur application à l'industrie et au commerce.