LIV. V. CHAP. II. BOURGES
sur d'énormes piliers composés de colonnes trapues, groupées en faisceau; le centre de cette crypte est plein, à l'exception d'un réduit correspondant à peu près au maître-autel. Je reviens à l'église supérieure. Quatre rangs d'arcades de hauteur inégale la divisent parallèlement à son axe. Pour la nef et le chœur, la disposition des travées est sensiblement la même. Les piliers, à l'exception de ceux qui touchent à la façade et qui sont d'énormes massifs, flanqués de colonnes de tous côtés, sont uniformément cylindriques, entourés de longues colonnettes faiblement engagées dans le massif qui forme le noyau du pilier. Trèsfréquemment reprodui'e pendant la. période du gothique primitif, cette disposition donne sans doute l'apparence de la légèreté, mais elle n'a pas, à mon sentiment, l'élégance des colonnettes groupées en faisceau, dont l'usage prévalut par la suite.... Il y a peu de voûtes aussi hardies que celle de la grande nef de Saint-Etienne, elle a cent dix pieds sous clef, et sa portée est considérable ; pourtant l'effet de cette grande élévation est perdu en partie, et n'a guère d'autres résultats que de faire désirer une élévation encore plus considérable , nécessaire pour conserver à la nef de justes proportions. En effet, l'œil le moins exercé est d'abord choqué du contraste entre la hauteur inusitée des arcades, et le peu d'élévation des galeries supérieures et des fenêtres qui les surmontent; ces galeries sont basses et comme
écrasées. L'église ayant cinq nefs, on conçoit qu'il a fallu allonger extraordinairemenl les arcades centrales, pour que celles des collatéraux, qui vont en décroissant, ne fussent pas trop basses; de là le défaut queje viens de signaler, défaut presque inévitable avec le parti pris de doubler les collatéraux. Le raccourcissement des fenêtres produit encore un effet plus fâcheux, c'est de diminuer l'impression de surprise que cause dans la fabrique gothique une voûte séparée des piliers qui la soutiennent par un vide immense.
« Je ne trouve à louer dans la façade, que ses cinq portails, tous ornés de belles voussures et de riches archivoltes en retraite les unes sur les autres. Dans le nombre prodigieux de figurines qui couvrent les voussures et les tympans, j'en ai observé beaucoup d'une admirable exécution et qui pourraient entrer en parallèle avec tout ce que l'art gothique nous à laissé de plus précieux.... Comme on le pense bien, les cinq portes ne sont point toutes du même style. •En raison de la grandrur du travail, on peut croire que celte partie de la façade commencée dès le treizième siècle, n'a été achevée qu'au quinzième. Les parties supérieures sont encore plus modernes. »
Les tours ne sont point pareilles. Celle du nord, qu'on nomme tour de Beurre, date en grande partie du seizième siècle. « L'escalier qui mène au sommet est renfermé dans une tourelle octogone, éclairée