LIV. I. CHAP. III. EGYPTE. THKBES
sur les premières assises des montagnes occidentales et vers les gorges de Biban-El-Molouk, où sont les sépultures des rois. Médinet et Gournah sur la rive gauche, Louqsor et Karnak à l'orient, forment un majestueux ensemble que l'armée de Desaix a salué de cris enthousiastes. A part quelques bourgs, quelques hameaux, ce vaste espace est solitaire ; ce ne sont que Imttes misérables, rues étroites, murs de boue construits sur des décomltres et pareils aux végétations malsaines qui garnissent le pied des vieux chênes. Ici les arbres sont des colonnades et des obélisques.
Les palais de Karnak, qui se présentent les premiers à notre vue, sur la rive droite du Nil, couvraient cent trente hectares clos d'une enceinte en briques crues, visible encore par endroits ; ce qui nous reste n'est pas le dixième de ce qui a péri. Toutefois, la multitude des ruines nous défend de laisser au lecteur le charme de l'imprévu. Nous aurions l'air de vouloir l'égarer et nous ne pourrions peut-être pas nous retrouver nous-mêmes. Visons d'abord à la clarté. Les masses principales sont groupées sur une ligne droite qu'on peut nommer le grand axe et qui court du nord-ouest au sud-est. Cet axe est coupé perpendiculairement, et sensiblement du nord au sud par une autre série de constructions, pylônes et propylônes, temples et allées de sphinx. Nous suivrons d'abord le grand axe, où
s'alignaient la salle Hypostyle, la galerie des Colosses, et le palais de Mœris.
Sur le rivage même, les traces d'un vaste perron et de nombreux fragments de sphinx à têtes de béliers indiquent encore le sens et la dimension d'une avenue que terminent deux pylônes monstrueux, sortes de tours carrées plus larges du bas que du haut. Les pylônes forment l'entrée d'une cour bordée de temples ruinés, obstruée par les tronçons d'énormes colonnes votives ; sur douze une seule est restée debout. On passe encore entre deux pylônes écroulés et sous un pr.opylône, porte magnifique qui serait un arc de triomphe si une architrave n'y remplaçait le cintre.
Tout ce qui précède n'est que le vestibule de la grande salle que l'on nomme Hypostyle, comme qui dirait la salle des Colonnes.
Une forêt symétrique de hêtres ou de chênes dix fois séculaires ne donnerait pas l'idée de ces trente rangs de colonnades parallèles. Quel arbre attein- (h-ait le diamètre, la hauteur même des douze colonnes formidables qui s'élèvent dans l'axe de la salle ? Su])posez douze colonnes Vendôme. Les chapiteaux monolithes qui ne les écrasent pas terrifient l'imagination ; cent hommes y tiendraient à l'aise. Jamais masses plus énormes n'ont été établies pour l'éternité. Voici des chiffres, empruntés au grand ouvrage d'Épyple. La salle est longue de cent trois