LIV. V. CHAP. II. REIMS
qui ne se contente pas du champ déjà bien vaste des portails, des galeries et des parois extérieures, mais qui envahit encore l'envers de la muraille et entasse à l'extrémité occidentale de la nef les statuettes et les pendentifs superposés?
Comme l'église qu'elle précède, la façade est beaucoup plus haute que large ; les tours très-élégantes qui la couronnent et que devaient surmonter deux flèches, s'élèvent à plus de quatre-vingt-trois mètres au-dessus du sol, mais certainement à moins de trente mètres au-dessus de la façade proprement dite. Elles ne semblent pas partir du sol même, comme celles d'Amiens et de Paris, qui sont rattachées aux portails latéraux par une ligne presque ininterrompue et fortement marquée. Les divisions verticales et horizontales de la façade de Reims, au nombre de trois en tous sens, disparaissent sous les ornements.
Les trois grandes portes, surmontées de pignons aigus, sont hautes et profondes. Les chapiteaux et les impostes de leurs voussures sont portés par de hautes cariatides, qui n'ont pas sur la tête les petites colonnes trapues d'Amiens. Les deux contre-forts centraux sont masqués dans l'épaisseur des massifs qui forment les portails ; de grêles pinacles en cachent la naissance, aux deux côtés du pignon qui couvre le portail du milieu. Mais les deux contre-forts d'angles sont ornés à leurs bases d'arcades aveuglées, de pignons et d'aiguilles.
Au second étage, immédiatement en arrière du grand pignon de la porte centrale, s'épanouit, sous une riche arcade, la rose malheureusement cachée par l'angle aigu du porche. Amiens et Paris ont évité ce défaut en élevant, un ou deux étages de galeries entre les portes et la rose.
Des édicules accolés aux quatre contre-forts et des baies géminées accompagnent la magnifique verrière de Reims.
Au-dessus, quarante-deux statues de rois, dont la hauteur ne permet pas d'apprécier le mérite, s'abritent sous les arcs brisés et les frontons aigus d'une longue et riche galerie, qui df^robe aux yeux la base des deux tours et laisse à peine voir la pointe du pignon de l'église.
Certes, tous ces angles aigus, richement fleuronn^, qui s'élancent vers le ciel, font à la façade de Reims un digne couronnement, et bien en rapport avec le système de la décoration inférieure. Mais nous dirons franchement que nous leur préférons la corniche fortement accusée qui surmonte, à Paris, la très-belle et très-noble galerie qui orne sans la cacher la base des tours. Nous préférons même aux frontons aigus qui surchargent les cintres brisés, le simple arc tiers-point recouvrant deux baies trilobées et jumelles.
Pour nous la façade de la catiiédrale de Reims est déjà l'exagération du style vertical, et prélude aux
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