‹ Les merveilles de l'architecture (volume 2)Chapitre 135 sur 191 · LIV. V. CHAP. II. STRASBOURG · texte numérisé non relu

LIV. V. CHAP. II. STRASBOURG

sont du petit nombre de ceux qui ont échappé au naufrage des temps. »

La façade est en complète disproportion avec l'église. Prise en elle-même, c'est une œuvre de génie. Aussi haute, à un demi-mètre près, que les tours Notre-Dame, elle présente trois divisions en hauteur et trois en largeur. Deux doubles contre-forts flanquent ses deux bouts ; deux autres s'élèvent à droite et à gauche du grand portail. Au rez-de-chaussée s'ouvrent les trois portes aux voussures profondes, surmontées de pignons aigus. Les murailles sont occupées par des arceaux très-élancés.

La rose centrale, qui rayonne au-dessus du grand portail, inscrite dans un vaste cintre festonné en dentelles « étale les mille compartiments de sa riche corolle et, par l'éclat de ses couleurs, produit un effet éblouissant, surtout vers le soir, quand le soleil couchant vient allumer le feu des saphirs, des émeraudes, des rubis et des topazes qui scintillent de tous côtés. » Au-dessus de la rose, deux riches et grandes fenêtres éclairent l'étage supérieur.

Les moulures de cette façade prodigieuse « sont disposées sur deux plans différents, » de manière que les plus saillantes se détachent sur une sorte de treillis, de magique réseau appliqué à la muraille. « On serait tenté de croire que les ornements du fond sont derrière un riche écran découpé à jour. On a peine à concevoir la somptuosité de cette décora-

lion, et, quoiqu'il en résulte, à distance, un peu de confusion dans les lignes, t> on demeure ébloui de ce prodigieux artifice. Au reste les sculptures proprement dites abondent sur le portail de Strasbourg. Les quatre statues équestres de Clovis, Dagobert, Rodolphe de Ilapsbourg et Louis XIV, tour à tour protecteurs ou maîtres du siège épiscopal, couronnent les contre-forts. Au-dessus de la rose, le Christ, la Vierge et les apôtres occupaient des niches. La frise d'une des galeries est décorée de scènes connues sous le nom de sabbat. Enfin les voussures du portail con-, tiennent une foule de personnages dans les attitudes les plus variées et les plus difficiles.

C'est de la plate-forme qui termine le dernier étage de la façade, que s'élance, à droite et sans pendant, la fameuse tour qui porte la flèche, tour unique, merveille de légèreté et d'audace, percée à jour dans toute sa hauteur, portée uniquement sur la maçonnerie de ses angles et flanquée de quatre tourelles percées également à jour, où serpentent les escaliers en spirale.

« L'achèvement de cette tour porta dans les pays les plus éloignés la l'éputation des maçons de Strasbourg; on dit que le duc de Milan demanda, en 1481, aux magistrats de la ville, un homme capable de diriger la construction de la coupole de Milan. Vienne, Cologne, Fribourg entre autres, firent construire des tours par les ouvriers de Strasbourg. De cette tour,

Ciitliéiliaïf Uu bicLiic (exlcjiicui;.

Page 1