MUHAIL1>ES, DONJONS; ÉDIFICES CIVILS
§ 1 . La cité de Carcassonne (sixième^ douzième et treizième siècles).
La ville moderne de Carcassonne, percée de rues étroites qui la préservent des insolations, cherche l'ombre avant tout; ses habitants ne dépassent guère sa belle avenue rafraîchie par des fontaines et défendue contre un ciel torride par des arbres épais. Mais le voyageur, le touriste, qui emploie, contre pluie et soleil, toutes les heures de sa journée, demande bravement le chemhî de la Cité. Et d'un geste poliment narquois, qui semble dire : « ces gens du Nord sont fous 1 » on lui indique une éminence couleur d'or, abreuvée de lumière éblouissante, où conduisent des rampes abruptes et nues.
Oui certes, il fait chaud dans cette montée, à midi, par un beau temps d'août! Mais la curiosité n'est pas trompée, et il ne reste de la fatigue éprouvée qu'un
souvenir vaniteux, de quoi rehausser le récit d'une expédition inoffensive.
Une double enceinte de murs flanqués de tours enveloppe un château fort construit sur le point culminant de la cité et une belle éghse de l'époque de transition. Entre les deux enceintes, pullulent, moitié à l'ombre, moitié au soleil, des femmes et des enfants couverts de haillons éclatants.
« Quand on se présente devant la cité de Carcassonne, on est tout d'abord frappé de l'aspect grandiose et sévère de ces tours brunes, si diverses de dimension, de hauteur, de forme, et qui suivent les mouvements du terrain, pour profiter autant que possible des avantages naturels du plateau sur les bords duquel on les a élevées. Du côté de l'est, est ouverte l'entrée principale, la seule qui ait toujours été facilement accessible aux chevaux et aux voitures. C'est la porte Narbonnaise, défendue par un fossé et une barbacane garnie d'un double rang de meurtrières, et crénelée à sa partie supérieure, avec chemin de ronde et escalier. L'entrée est biaise et forçait les assiégeants, admettant qu'ils l'eussent franchie, à se présenter de flanc devant la porte de la tour Narbonnaise. Cette barbacane est ouverte à la gorge du côté de la porte Narbonnaise et ne peut servir de logis aux assiégeants. Du cùtéextérieur les deux tours entre lesquellesest ouverte la porte sont renforcées par des becs, sortes d'éperons destinés à éloigner l'assaillant