LIV. V. CHAP. ni. AIGUES-MORTES
les plus remarquables des constructions fnilitaires aux douzième et treizième siècles.
§ 3. Aigues-Mortes.
<r L'enceinte murale d'Aigues-Mortes est complète; et c'est une place à visiter pour ceux qui étudient l'architecture militaire du moyen âge ; on sait que ces belles murailles furent élevées par Philippe le Hardi; elles portent bien le cachet du quatorzième siècle, sauf les quelques reprises modernes qui ont eu lieu dans les parties supérieures.
a Les murs d'enceinte , dont la hauteur excède trente pieds, ont conservé partout leur couronnement crénelé ; seulement une ou deux assises supérieures ont été enlevées, de sorte que la tête du mur entre les créneaux présente une surface droite au lieu d'être taillée en biseau comme elle l'était d'abord, au moins je le suppose, ce qui nuit à la beauté du parapet vu de l'extérieur. Ce parapet est percé alternativement, de créneaux et de meurtrières et, au-dessous des créneaux, d'un rang de trous carrés dont je ne m'explique pas bien l'usage.
« Dans la partie inférieure de la muraille se trouvent, régulièrement espacées, des meurtrières correspondant avec des arcades ou embrasures ouvertes à l'intérieur des murs, et garnies de bancs de pierres pour asseoir les soldats qui veillaient à la défense :
la plupart de ces ouvertures ne me paraissent pas, comme d'autres l'ont pensé (Mérimée), postérieures à la muraille ; je les crois au contraire du même temps, au moins pour la plupart. Le parement extérieur des murs est droit, avec un talus à la partie basse. Toutes ces pierres sont en bossage, appareil qui ne se rencontre pas dans les murs du nord à cette époque (sauf à Provins), mais qui est assez ordinaire dans le midi de la France, dans l'est, et dans quelques parties de l'Allemagne : ces pierres fort bien ajustées sont de grandeurs inégales,
« L'enceinte d'Aigues-Mortes présente la forme d'un parallélogramme rectangle; des tours, la plupart semi-circulaires à l'extérieur du mur et carrées à l'intérieur, de manière à présenter peu de saillie sur le rempart intérieur et à faire ligne avec lui, s'élèvent à une certaine iiauteur au-dessus du parapet. Les portes principales s'ouvrent entre deux tours ; l'intervalle qui existe entre ces dernières est occupé par la salle où l'on faisait manœuvrer les herses : chaque porte en avait deux; l'une pour la porte extérieure, l'autre pour la porte intérieure. Entre ces deux herses, était dans la voûte un trou, par lequel on pouvait assommer au moyen de projectiles les ennemis qui auraient été enfermés dans cette espèce de trébuchet. De beaux escaliers dont les marches reposent sur des voûtes en quart de cercle, montaient sur le rempart de chaque côté de