‹ Les merveilles de l'architecture (volume 2)Chapitre 146 sur 191 · LIV. V. CHAP. III. COUCY · texte numérisé non relu

LIV. V. CHAP. III. COUCY

Sans entrer ici dans le détail des dé}Dendances et de l'aménagement intérieur qui appartient plus à la sagacité de l'archéologue qu'à la rapidité d'un livre populaire, nous esquisserons la physionomie de la masse principale, formée d'un étonnant donjon relié à quatre fortes tours par de hautes courtines.

La forme générale est un quadrilatère très-irrégulier, dont les côtés ouest et nord égalent à peine un seul des côtés est et sud. Le donjon circulaire, large de trente-un mètres, haut de soixante-quatre, s'élève au milieu du mur méridional. Il était divisé, par trois voûtes aujourd'hui crevées, en trois vastes salles et couronné d'une corniche ornée de quatre pinacles. Les quatre tours rondes sont situées aux angles du quadrilatère et mesurent dix-huit mètres sur trente-cinq. Rien ne manquait à cette forteresse pour braver les assauts et les blocus, ni les souterrains nombreux qui peuvent servir d'entrée aux provisions et d'issue aux assiégés, ni les puits, ni les fours, "ni surtout les mâchicoulis et [les meurtrières.

Le donjon <t mérite une attention tou'e particulière. La salle du rez-de-chaussée est magnifique; elle se compose de douze côtés formant chacun une large niche; douze demi-arcs, en quart de cercle, portés sur des chapiteaux en culs-de-lampe scul[)tés, aboutissaient à une clef énorme percée d'un œil, afin de permettre aux hommes d'armes, postés

dans l'étage supérieur, de donner ou recevoir des ordres. Le premier étage présentait la même disposition. Le second, couvert en partie par des voûtes en berceau, en partie par des voûtes en arcs ogives, forme une grande salle entourée d'un portique dont le sol est élevé à trois mètres environ au-dessus du pavé. C'était là qu'on réunissait la garnison lorsqu'il fallait donner des ordres généraux. Douze ou quinze cents hommes armés pouvaient facilement, grâce à ce portique, se tenir dans cette immense rotonde et entendre ce qui se disait au centre. Il n'est guère de monuments, soitde l'époque romaine, soit modernes, qui présentent un aspect à la fois plus grandiose et plus puissant que cette belle construction.

<t Tout est colossal dans cette forteresse ; quoique exécutée avec grand soin, la construction a quelque chose de rude et de sauvage qui rapetisse l'homme de notre temps. Il semble que les habitants de cette demeure féodale devaient appartenir à une race de géants, car tout ce qui tient à l'usage habituel est à une échelle supérieure h celle qui est admise aujourd'hui. Les marches des escaliers, les allèges des créneaux, les bancs, sont faits pour des hommes d'une taille au-dessus de l'ordinnire. » (Viollet-

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