LIV. VI. CHAP. I. SAINT-PIERRE DE ROME
harmonieuses, c'est la nol)le et sévère ordonnance, c'est la forme pleine de majesté , c'est la grandeur morale du m-onument. Il n'y a qu'un puissant génie qui puisse obtenir de pareilles qualités à un aussi haut degré.
« La coupole fut terminée sous Sixte-Quint, puis les travaux furent à peu près suspendus pendant quelques années. Clément VIII fît exécuter la lanterne qui couronne le dôme, et il ne restait plus que le portique pour achever l'édifice projeté par Michel- Ange, lorsque Paul V monta sur le trône (1405). Ce pape se proposa de mener à fin la grande entreprise dans laquelle il jugeait que l'honneur du catholicisme se trouvait engagé ; mais la façade lui parut peu satisfaisante, et il faut reconnaître que c'était la partie la plus faible de la composition.... Un autre reproche était adressé au portique, c'est qu'il ne comportait pas la loge élevée, d'où, dans les grands jours, le Pape devait donner sa bénédiction solennelle à la ville et au monde.
« Paul V demanda donc aux plus célèbres architectes de Rome de lui soumettredes projets de façade, et il choisit celui de Charles Maderne. On fit aussi remarquer fjue la forme de la croix grecque ne convenait pas aussi bien au développement des cérémonies du culte que celle de la croix latine; que, dans cette église qui devait être la première du monde, les chapelles seraient moins nombreuses que dans
beaucoup d'autres.... Ces observations firent décider le prolongementde la nef inachevée. Charles Maderne ajouta à cette nef trois arcades semblables à celle que Michel-Ange avait établie.
« l.e Bernin vint après, et il débuta par élever sous le dôme le magnifique baldaquin de bronze du maîtreautel, composition très-remarquable par son ampleur, sa richesse de forme et ses heureuses proportions. Puis il voulut terminer l'œuvre de Charles Maderne, en construisant les clochers de la façade.
» Il eut le tort de ne pas s'assurer du degré de résistance des maçonneries..., et l'un de ces clochers n'était pas encore terminé, que de graves désordres se manifestèrent, qu'il fallut s'arrêter, puis démolir. Sa disgrâce s'ensuivit.... Mais bientôt il fut rappelé par un nouveau pape, Alexandre VII; et il fut successivement chargé de plusieurs décorations, et enfin de la construction du magnifique portique extérieur.
« Ce monument est trop intéressant à divers titres pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant. Le Bernin, architecte de génie, qui, s'il n'avait pu se soustraire entièrement aux atteintes du goût régnant, n'était jamais tombé cependant dans les aberrations de ses contemporains, fut choisi par Alexandre YII. Le Bernin se trouvait en présence de grandes difficultés. 11 fallait évidemment des portiques; mais comment les rattacher à la lourde et