CHAPITRE IIL
LOLIS XIV ET LOLIS XV.
§ 1 . Le château de Versailles.
Louis XIII avait construit à Versailles une sorte de cliàteau féodal, flanqué de quatre pavillons saillants aux angles, entoure de fossés avec pont-levis. Louis XIV conserva et continua l'œuvre de son père; mais dans la sienne rien ne rappelle la féodalité. Le modeste rendez-vous de chasse de Louis XIII forme sur la ville une façade en pierre et brique, dont la disposition est d'un effet et d'une perspective agréables. Au fond de la grande Cour des Statues, à laquelle on monte par la place d'Armes, se trouvent une, ou plutôt trois autres cours, qui diminuent successivement de largeur, et dont la dernière, la Cuiir de marbre ou du Roi, formait le sanctuaire autour duquel étaient groupés les appartements réservés à la demeure royale; derrière eux et dans les nou-
velles constructions qui doublent l'ancien château, Louis XIV avait disposé sur les jardins la galerie de ses gardes.
Au couchant et sur le jardin, la façade du palais de Louis XIV présente un corps central long de cent mètres et avançant de soixante-dix-huit mètres, entre deux longues ailes parallèles qui mesurent chacune cent cinquante-six mètres. Le développement est donc de plus de quatre cents. De la vaste terrasse, on domine le parc et l'on voit au loin le Grand-Canal, dont l'un des bras touche à Trianon. Plus près, au bas des Cent-Marches et du côté de l'Orangerie , se dessine la pièce d'eau des Suisses.
Les constructions, commencées peu après la mort de Mazarin, en 1661, sous la direction de Levau, lurent continuées par Mansart ( Jules-Hardouin ), de 1670 à 1684. Elles n'allèrentpas sans rumeur set sans critiques de la cour; Saint-Simon prétendait que le lieu choisi était « ingrat, triste, sans vue, sans bois, sans eau, sans terre, parce que tout est sable mouvant et marécage; » à cela. Le Xôtre fit une réponse victorieuse : ce jardin vaste aux mille perspectives, aux pièces d'eau sans nombre. Les architectes euxmêmes trouvaient centdilticultés ; Louis XIV poussé à bout leur dit : « Je vois où l'on veut en venir ; si le château est mauvais, il faudra bien l'abattre ; mais je vous déclare que ce sera pour le rebi\tir tel qu'il