‹ Les merveilles de l'architecture (volume 2)Chapitre 23 sur 191 · LIV. I. CHAP. IV. PERSÉPOLIS · texte numérisé non relu

LIV. I. CHAP. IV. PERSÉPOLIS

c'était de là qu'avaient été vomies sur leur patrie ces innombrables armées ; c'était de là que Darius, et après lui Xerxès, avaient apporté en Europe une guerre sacrilège.... Ses richesses surpassaient tout ce que le conquérant avait vu jusqu'alors ; l'or et l'argent accumulés depuis Cyrus s'y trouvaient par monceaux.... La ville fut prise sans combat; mais Alexandre souillait toutes ses qualités par une passion inexcusable pour le vin et la débauche; parmi des peuples nouvellement soumis et indociles encore, il s'y livrait sans mesure. Dans un grand festin, une femme ivre assura au roi qu'il acquerrait des droits immortels à la reconnaissance des Grecs, s'il livrait aux flammes le palais des rois de Perse. Alexandre, ivre lui-même, mit le premier le feu au palais; puis après lui tous ses compagnons de débauche, et enfin les soldats imitèrent ce bel exemple. Une grande partie de l'édifice étant bâtie de bois de cèdre, l'incendie s'alluma promptement et se répandit au loin. Ainsi périt la capitale de tout l'Orient, cette cité où tant de nations venaient auparavant demander des lois, la patrie de tant de monarques, jadis l'unique terreur de la Grèce, et qui envoya contre elle une flotte de mille vaisseaux et des armées dont l'Europe fut inondée, alors que l'on vit un pont jeté sur la mer, et des montagnes percées pour ouvrir un passage aux flots dans leur sein.»(QuiNTE-CuRCE.) Adressons-nous maintenant au voyageur, et résu-

mons l'impression que produisit sur M. Eugène Flandin Persépolis telle que l'avait faite Alexandre.

Aujourd'hui, on comprend sous le nom d'Istùkhr un espace de huit à neuf kilomètres de tour, qui présente de grands mouvements de terrain ; sous la croûte de terre végétale on découvre encore d'antiques maçonneries- Solitaire au milieu de ces tristes vestiges, s'élève une colonne restée seule debout ; plusieurs autres gisent à l'entour. C'était la ville du peuple, voisine mais séparée de celle des rois. Après avoir franchi les canaux et les marécages de la plaine, on se trouve en présence des antiquités les plus remarquables de toute la Perse.

Du haut d'une plate-forme qui lui servait de base, le palais dominait la plaine de Merdùclit dans toute son étendue. Assis sur son trône, le souverain pouvait, d'un coup d'œil embrasser une vaste portion de son empire.... L'élévation de l'immense terrasse sur laquelle a été construit le palais n'a guère varié, grâce au sol rocheux qui lui sert de base. La hauteur de cette terrasse dépasse dix mètres ; sa longueur est de quatre cent soixante-treize mètres, et sa largeur de deux cent quatre-vingt-six.... Ce que l'on retrouve aujourd'hui de ce magnifique palais, excite encore l'étomiement et inspire un sentiment de religieuse admiration pour une civilisation qui a su créer de si pompeux monuments, leur imprimer un tel caractère de grandeur et leur donner une soli-

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