‹ Les merveilles de l'architecture (volume 2)Chapitre 25 sur 191 · LIV. I. CHAP. IV. ELLORA · texte numérisé non relu

LIV. I. CHAP. IV. ELLORA

les merveilles de l'architecture. Leur caractère est antique, mais leur date incertaine. On peut conjecturer que leurs plus anciennes parties sont antérieures à Jésus-Christ; ils sont consacrés à plusieurs divinités du Panthéon brahmanique.

Les collines d'Ellora s'étendent en forme de croissant sur une longueur de trois kilomètres, tournant leur face concave vers l'ouest et le village de Rozah. Leurs flancs sont percés de galeries souterraines qui n'auraient pas moins de deux lieues d'étendue. On y visite une vaste salle, presque carrée, de soixante mètres, sur cinquante, haute de six et soutenue par vingt-huit colonnes. Certaines excavations ont plusieurs étages qui communiquent entre eux.

Mais a ce qui, de toutes les parties du monde, attire les voyageurs, les savants et les artistes au pied de ces inhospitalières collines, c'est le temple de Kaïlasa (nom de Çiva), édifice des plus compliqués, aussi grand que l'église de la Madeleine à Paris, et qui se compose en entier d'un seul rocher dans lequel il a été comme sculpté. Si l'on admire tant les petites merveilles d'ivoire des Chinois, que dire d'un rocher, d"un fragment de montagne transformé par la main de l'homme en un chef-d'œuvre d'art. Sans savoir exactement le secret de leur beauté, nul n'en peut considérer sans étonnement les proportions, la grandeur et la grâce. On sent que rien n'y manque, qu'une main de maître a taillé ces flancs, qu'un

souffle divin y a passé et qu'il est resté dans la pierre.

<t Tout homme armé de patience aurait pu creuser les Caves d'Ellora comme les catacombes de nos grandes cités; mais il fallait être homme de génie pour créer le temple de Kaïlasa, pour tirer d'un bloc de basalte une somptueuse basilique où l'on voit des chapelles, des portiques, des colonnades supportées par des éléphants, deux obélisques hauts de douze mètres, une pagode haute de trente, des escaliers qu'éclaire un jour sombre et des galeries obscures, j'allais dire religieuses. La totalité couvre un espace de cent vingt-trois mètres de longueur, soixante de largeur; et, les murs extérieurs étant séparés du pied de l'escarpement par un intervalle de liuit ou dix mètres, il s'ensuit que l'édifice est complètement isolé au centre d'une cour, creusée elle-même dans les flancs de la colline. La main du temps a passé, en les noircissant, sur les murailles couvertes d'innombrables statues' » et suppléé ce qui leur manque en beauté véritable. Car, il faut le dire, les sculptures étranges d'Ellora ne peuvent se comparer qu'aux œuvres informes et naïves de notre moyen ûge; mais elles n'ont point la raideur égyptienne; une vie monstrueuse les anime. .

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