LIV. II. CHAP. I LA VICTOIRE SANS AILES
Minerve. Pausanias raconte que les Athéniens n'ont pas donné d'ailes à la Victoire, pour la mieux fixer parmi eux. .Mais il est inutile de recourir à cette ingénieuse explication. ■■ Le nom de Victoire sans ailes ne fut inventé que lorsque la tradition eut été obscurcie dans les souvenirs. On oublia Minerve, on ne vit plus que la Victoire ; et comme partout on la représentait sous la forme d"une jeune femme aux longues ailes d'or, on s'étonna de cette différence, on voulut se l'expliquer. L'imagination fit le reste. » (Beulé.)
Tout l'édifice est de marbre pentélique^ les fûts des colonnes sont d'un seul morceau; on reconnaît, à leurs bases et à leurs chapiteaux, un très-ancien ordre ionique. Les bas-reliefs du sud et de l'ouest ont été enlevés et transportés en Angleterre par lord Elgin, le funeste amateur. Les frises de trois côtés sont encore visibles, mais « leurs charmantes sculptures, par leur rehef même et la petitesse des monuments, furent à la portée de tous les barbares qui possédèrent l'Acropole; aussi ont-elles été mutilées.... Pendant que Minerve était dans le temple, gage éternel de la puissance athénienne, sur la frise étaient représentés les combats où elle avait assuré l'avantage à son peuple, et sur la balustrade de marbre qui entourait le temple on voyait toute la troupe des Victoires personnifiées, messagères ailées qui, par l'ordre de Minerve, se pressaient, s'envolaient.
accouraient de toutes parts à Athènes, pour y répandre la joie et l'orgueil. » (Beulé.)
Par des analogies et des inductions légitimes, M. Beulé est amené à attribuer le temple de la Victoire sans ailes au gouvernement de Cimon, qui précéda Périclès « et donna l'impulsion à ce grand siècle que remplit injustement un seul nom. » L'orateur Lycurgue, «([ui s'était proposé Périclès pour modèle et enrichit Athènes de monuments de toute sorte, » aurait ajouté la décoration de la balustrade. Tout petit et tout ruiné qu'il est, ce temple est, avec l'intérieur des Propylées, l'un des plus anciens modèles grecs de l'ordre ionique « qui a laissé peu de traces et qu'Athènes seule offre à son apogée. » L'Érechtéion et le Pandroséion, que nous apercevons d'ici, presque à l'ombre du Parthénon, nous en fourniront d'autres exemples. Mais il est temps d'aborder le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre. « Le temple de iMinerve, dit Chateaubriand, est un simple parallélogramme, orné d'un péristyle, d'un portique, et élevé sur trois marches. L'harmonie et la force de toutes ses parties se font encore remarquer dans ses ruines ; car on en aurait une très-fausse idée si l'on se représentait seulement un édifice agréable mais petit, et ciiargé de ciselures et de festons à notre manière. Il y a toujours quelque chose de grêle dans notre architecture quandnous visons à l'élégance, ou de pesant quand nous prétendons à