‹ Les merveilles de l'architecture (volume 2)Chapitre 58 sur 191 · VOLNEY · texte numérisé non relu

VOLNEY

« Toute la caravane (qui accompagnait M. de Lamartine) s'arrêta, comme par un instinct électrique, devant le spectacle tout à coup déroulé. Sous nos pas, dans le lit d'un torrent, au milieu des champs, autour de tous les troncs d'arbres, des blocs de granit rouge ou gris, de porphyre sanguin, de marbre blanc, de pierre jaune aussi éclatante que le marbre de Paros; troncs de colonnes, chapiteaux ciselés, architraves, volutes, corniches, entablements, piédestaux ; membres épars et qui semblent palpitants, des statues tombées la face contre terre; tout cela confus, groupé en monceaux, disséminé et ruisselant de toutes parts, comme les laves d'un ^ volcan qui vomirait les débris d'un grand empire; ù peine un sentier pour se glisser à travers les balayures des arts qui couvrent toute la terre. Le fer de nos chevaux glissait et se brisait à chaque pas dans les acanthes polies des corniches; l'eau seule de la

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rivière se faisait jour parmi ces lits de fragments et lavait de son écume murmurante les brisures de ces marbres qui font o])staclo à son cours. » (Lamartine.)

Lorsqu'on a gravi la terrasse formée d'énormes blocs, le premier coup d'œil se porte naturellement, au bout d'une vaste cour, sur six magnifiques colonnes. En arrière, se dessine sur le ciel clair le Liban dont les flancs ont une couleur de cendre rougie. On est devant le péristyle d'un grand temple.

Œ Nous restâmes muets à contempler ces colonnes et à mesurer de l'œil leur diamètre, leur élévation et l'admirable sculpture de 'leurs architraves et de leurs corniches; elles ont sept pieds de diamètre et plus de soixante-dix de liauteur; elles sont composées de deux ou trois blocs seulement, si parfaitement joints ensemble qu'on peut à peine distinguer les lignes de jonction; leur matière est d'un jaune légèrement doré qui tient le milieu entre l'éclat du marbre et le mat du travertin ; le soleil les frappait alors d'un seul côté, et nous nous assîmes un moment à leur ombre; de grands oiseaux, semblal)les à des aigles, volaient, effrayés du bruit de nos pas, au-dessus de leurs chapiteaux où ils ont leurs nids, et revenant se poser sur les acanthes des corniches, les frappaient du bec et remuaient leurs ailes, comme des ornements animés de ces restes merveilleux » (Lamartine). L'illusion est complétée par

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