LIV. III. CHAP. III. TEMPLES DE BALBEK
le mélange des guirlandes, des feuillures des chapiteaux avec les touffes d'herbes sauvages qui pendent de toutes parts.
A gauche des six colonnes, on voit l'édifice le plus complet de Balbek, le temple de Jupiter héliopolitain. Il est plus petit et situé plus bas que l'autre. Ses colonnes, également corinthiennes, sont presque aussi grosses, mais beaucoup moins hautes ; elles ne sont donc pas comparables aux premières pour la hardiesse et la beauté des proportions. On en compte encore trente-huit, et l'enceinte serait entière si le temps n'avait balayé toute la colonnade de la face méridionale. « Les chapiteaux, les tambours, ont comblé la profondeur des remparts, et forment un escalier de débris qui conduit jusque sur la plate-forme. Une seule colonne a glissé sans se rompre du haut du rempart et demeure appuyée contre le mur, comme le tronc d'un arbre déraciné. Dès qu'on arrive sous le portique, on est frappé de la richesse du plafond ; sur les caissons qui le composent se dessinent alternativement un hexagone et quatre losanges qui renferment des têtes relevées en bosse. Les triangles intermédiaires sont garnis de sculptures très-élégantes ; les hexagones, plus grands des deux tiers à peu près que les petits losanges, renferment de grands bustes ou des figures entières : Ganymède enlevé par l'aigle de Jupiter; Léda et le Cygne divin ; Diane la tête couronnée du
croissant. Dans les losanges sont sculptées des tètes de dieux, de héros et d'empereurs. Quelques-uns de ces blocs se sont détachés du plafond, et sont étendus sur les dalles du portique. » (Charles Rf,y-
NAUD.)
Ces restes admirables sont élevés au-dessus de l'horizon par une haute terrasse, bâtie de blocs prodigieux. Le plus formidable (Volney et M. de Saulcy l'ont mesuré) a vingt mètres de long sur cinq de large et de haut.
« Les Arabes le nomment Hadjer-el-Kiblah (la pierre du midi, ou vers laquelle on se tourne pour prier). Il faudrait une machine de la force de vingt mille chevaux pour la mettre en mouvement, ou l'effort constant et simultané de quarante mille hommes pour lui faire parcourir un mètre en une seconde de temps. L'intelligence recule épouvantée devant un pareil résultat, et l'on se demande si l'on n'a pas rêvé quand on voit des masses aussi considérables que celles-là transportées à un kilomètre de distance, et à plus de dix mètres audessus du sol , par-dessus d'autres masses presqu'aussi étonnantes, jointoyées avec la précision ([ue d'habiles ouvriers pourraient apporter à l'assemblage de petites pierres d'un ou deux mètres cubes (Saulcy). » La nature de ces pierres est un granit blanc à grandes facettes, luisantes comme le gypse. La carrière règne sous toute la ville et dans