LIV. III. CHAP. III. TEMPLES DE BALBEK
la montagne adjacente; il y est resté une pierre taillée sur trois faces, qui a vingt-quatre mètres de long sur quatre et cinq de large et de haut.
Mais la perfection des ornements ne le cède en rien à la majesté de l'ensemble. M. Léon de Laborde ne sait ce qu'il faut admirer le plus dans le couronnement qui règne au-dessus des six grandes colonnes : tt La singularité du genre, la grandeur du caractère, les richesses des ornements, la longue projection des ombres, la hardiesse dans les formes, l'exécution mâle et terrible, la justesse des allégories, tout étonne, tout échauffe l'imagination, tout inspire de hautes idées, tout amène à de profondes réflexions. L'entablement de ce qu'on appelle communément le frontispice de Néron, à Rome, et l'entablement du temple d'Éphèse , sont les seuls qui puissent être comparés en quelques points avec l'entablement du temple de Balbek. Nulle part on ne retrouve des masses pareilles, des masses aussi larges, aussi' bien disposées et aussi susceptibles de détails dont l'effet, même dans un grand éloignement et à une hauteur prodigieuse, soit encore sensible et remarquable. »
« Sous cet heureux climat, dit M. Charles Reynaud, les nuits sont aussi claires que les jours. A peine un léger crépuscule, semblable à un voile de brume transparente, s'étend- il sur la plaine après le coucher du soleil. La lune monte lentement dans
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un ciel blanchillre, tant il est lumineux. C'est le moment le plus favorable pour contempler les ruines à quelque distance. Dans ce demi-jour vaporeux, il ne reste plus de traces des mutilations que la main des hommes et l'œuvre du temps ont exercées sur ces monuments. Cette petite colline couverte de temples sort resplendissante du sein de la nuit ; les rayons de la lune et le mouvement des ombres animent les colonnes et leur rendent l'éclat de leur jeunesse et de leur beauté. Tout se tait dans le pauvre village; les paysans sont rentrés dans leurs maisons et le silence de la nuit n'est interrompu que par le bêlement plaintif des chèvres ou le hennissement des chevaux. L'esprit dégagé de toute pensée étrangère peut oublier un instant les misères de la moderne Balbek, pour rêver toutes les splendeurs d'Héliopolis. »
«D'après lamagniticence extraordinaire du temple de Balbek, on s'étonnera avec raison que les écrivains grecs et latins en aient si peu parlé. Wood (description, Londres 1757), qui les a compulsés à ce sujet, n'en a trouvé de mention que dans un fragment de Jean d'Antioche, qui attribue la construction de cet édifice à Antonin le Pieux. Les inscriptions qui subsistent sont confoimes à cette opinion » (Volney) qui est la vraie. Toutefois les habilants, écartant toute difficulté, préfèrent voir ici l'œuvre des génies sous les ordres de Salomon.