LIV. m. CHAP. IV. COLONNE TRAJANE
Damas, l'architecte du Forum de Trajan, et qui jeta sur le Danube un pont long de deux mille mètres et haut de cent soixante-dix. Trente quatre quartiers (le marbre blanc merveilleusement joints lui suffirent pour le piédestal, le fût, le chapiteau dorique et la statue. Longtemps enfouie, la colonne fut dégagée pour la première fois en 1540; elle n'est tout entière hors de terre que depuis 1813. On ne sait à quelle époque la statue de Trajan a disparu; les pieds seuls restaient au sommet lorsque Sixte- Quint, en 1588, y fit placer l'image de saint Pierre.
« On a compté dans le bas-relief qui entoure le fût de ses vingt-trois circonvolutions en spirale, jusqu'à deux mille cinq cents figures de vingt-trois à vingtcinq pouces de hauteur ; et avec elles une infinité de chevaux, d'éléphants, d'armes, de machines de guerre, d'enseignes militaires, de trophées et de tout ce qui est nécessaire à des armées en marche ; des campements, des batailles, des passages de fleuves, en un mot, tous les épisodes d'une expédition guerrière.
0 Cesmagnifiquesbas-reliefsrivalisentavecceuxdu Parthénon. Kien n'y est recherché, dit un voyageur, rien n'y est négligé. Les jointures des corps y sont traitées avec un grandiose digne de Phidias. Aussi ontiis servi de modèle à tous les artistes, môme aux plus grands. Polydore de Caravage, Jules Romain et Piaphaël lui-même y sont venus chercher plus que
des inspirations. Quelle richesse, mais quelle simplicité, que d'unité dans cette variété! Quelle vérité surtout! Chaque personnage a le type, le costume et les armes de sa nation. C'est un seul poëme : en terre, l'urne d'or qui renferme les cendres de Trajan; sur le piédestal, les dépouilles des vaincus, les trophées de la victoire, des renommées, et au-dessus les guirlandes de chêne, symbole de paix, que retiennent fièrement les aigles romaines; à la hase de la spirale les lauriers de la victoire; sur le fût l'histoire des deux guerres contre les Daces; au sommet la statue du vainqueur ! »
La colonne Trajane est à la fois une tombe et une apothéose, toutes deux méritées par un prince (juine fit la guerre que pour assurer la paix, et qui laissa l'empire romain plus grand et plus prospère qu'il ne l'avait reçu.