LE PONT DU GAKO
0- On m'avait dit d'aller voir le pont du Gard; je n'y manquai pas. Après un déjeuner d'excellentes figues, je pris un guide et j'allai voir le pont du Gard. C'était le premier ouvrage des Romains que j'eusse vu. Je m'attendais à voir un monument digne des mains qui l'avaient construit. Pour le coup l'objet passa mon attente, et ce fut la seule fois en ma vie. Il n'appartenait qu'aux Romains de produire cet effet. L'aspect de ce simple et noble ouvrage me frappa d'autant plus qu'il est au milieu d'un désert où le silence et la solitude rendent l'objet plus frappant et l'admiration plus vive, car ce prétendu pont n'élait qu'un aqueduc. On se demande quelle force a transporté ces pierres énormes si loin de toute carrière et a réuni les bras de tant de milliers d'hommes dans un lieu où n'en habite aucun. Je parcourus les trois étages de ce superbe édifice, que le respect
154 xMERVEILLES DE L'ARCHITECTURE.
m'empochait presque d'oser fouler sous mes pieds. Le retentissement de mes pas sous ces immenses voulcs me faisait croire entendre la forte voix de ceux qui les avaient bâties. Je me perdais comme un insecte dans cette immensité. Je sentais, tout en me faisant petit, je ne sais quoi qui m'rlevait l'àme; et
Ll' jiont (lu Gard.
je me disais en soupirant : (Jue ne suis-jc né Romain! "(Jean-Jacques Rousseau.)
« En quittant Arles pour la première fois, je me i-endisà Avignon, ne m'arrétant que pour visiter le pont du Gard. Le Gardon, grossi par des averses prodigieuses, était débordé et roulait, avec un bruit affreux, ses eaux couleur de café, sous les arches de