LIV. m, GHAP. VI. THERMES DE CARAGALLA
le temps a comme émoussé la forme extérieure. Les lézards y vivent en paix, au soleil; et un gardien, souvent absent, a adossé aux massifs antiques une pauvre hutte où le portier de l'empereur Caracalla n'eût pas voulu loger ses chiens . A de certains endroits, on peut escalader de pierre en pierre ces berges verdâtres qui furent des portiques et des colonnades ; on aperçoit alors, au milieu d'une enceinte reconnaissable, toute sorte de cloisons, de parois, de chambres où poussent l'herbe et que jonchaient autrefois, pour le plaisir des Romains, les plus riches tapis de l'Asie. Là étaient les Thermes construits par l'empereur Caracalla, l'un des chefs-d'œuvre de cette décadence qui conserva à nos architectes romans et gothiques la tradition des ensembles et des proportions grandioses.
On peut dire que les thermes tiennent de plus près encore que les amphithéâtres à la vie tout extérieure des Romains. Il y en avait à Rome plus de huit cents, fréquentés depuis midi jusqu'au soir. Tous les plaisirs y étaient rassemblés ; et d'abord les bains de toute sorte, étuves et piscines, cabinets isolés et grandes salles communes; puis tous les jeux d'adresse et de force ; enfin tous les délassements et tous les exercices de l'esprit, lectures publiques de poètes et d'orateurs, leçons de philosophie, de grammaire ou d'éloquence. Les thermes étaient donc un compromis très-judicieux entre le bain , le restau-
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rant, le gymnase et le Collège de France ou plutôt les conférences libres. Ils n'avaient qu'un inconvénient capital, c'était d'habituer les hommes à vivre hors de la famille; mais ils n'étaient, en somme, qu'un des résultats de la civilisation antique où la vie des deux sexes était entièrement séparée.
Agrippa fut le premier à faire hommage au peuple romain de vastes thermes publics. Tn grand nombre d'empereurs, cherchant à s'effacer l'un l'autre par le luxe de leurs constructions, suivirent son exemple. Mais la plupart de ces édifices ont disparu. Il ne reste plus à Rome que les ruines des Thermes de Titus, de Dioclétien ; ceux de Caracalla seulement peuvent être restaurés de manière à nous donner une idée exacte de leur état primitif.
L'aspect était monumental : sur la voie publique, un double rang de portiques se retournait de chaque côté, ouvrant un attrayant accès à la foule en même temps qu'il desservait de nombreuses salles de bains. Au centre d'une plate-forme accompagnée de plantations, était l'édifice principal, vaste, imposant; à l'extrémité de l'enceinte, se développaient, sur les trois côtés de l'espace découvert que réclament les exercices du corps, toutes les constructions accessoires relatives soit à ces exercices, soit à d'autres, d'une nature plus élevée, que les anciens aimaient à associer aux premiers. Et toutes ces choses, qui satisfont si bien aux exigences matérielles, qui sont
Ruines des thermes de Caracalla; d'après une photographie de MM. l'errier et Soulier.