‹ Les merveilles de l'architecture (volume 2)Chapitre 85 sur 191 · LIV. iV. CHAP. I. SAINTE-SOPHIE · texte numérisé non relu

LIV. iV. CHAP. I. SAINTE-SOPHIE

métal inconnu, résultant comme l'airain de Corinthe d'or, d'argent , de bronze , de fer et de pierres précieuses en fusion, est remplacé par une dalle de marbre rouge, indiquant la direction de la Mecque. La chaire où le Khetib se place pour réciter le Koran, est adossée à un des piliers qui supportentl'abside. On y parvient par un escalier assez roide côtoyé de deux balustrades découpées à jour et d'un travail aussi précieux que celui de la plus fine guipure. Le Khetib n'y monte que le livre de la loi d'une main et le sabre de l'autre, comme dans une mosquée conquise. Des nattes de jonc l'été, des tapis l'hiver, recouvrent le pavé formé de dalles de marbre dont les veines ajustées avec art semblent couler , comme trois fleuves aux ondes figées.

« Sainte-Sophie l'emporte encore sur toutes les églises que j'ai vues, et j'en ai visité beaucoup. Telle qu'elle est, elle m'a produit une impression plus vive que celle de Saint-Pierre. Rien n'égale la majesté de ces dômes, de ces tribunes, portant sur des colonnes de jaspe , de porphyre , de vert antique , aux chapiteaux d'un corinthien bizarre, où des animaux, des chimères, des croix s'enlacent aux feuillages.

« Le grand art delà Grèce, dégénéré il est vrai, s'y fait encore sentir. « (Théophile Gautier.)

Cet enthousiasme est à la fois contrôlé et justifié par l'impression d'un autre célèbre écrivain, M. de Lamartine.

200 MKRVKILLKS DE L'ARCHITECTURE.

« La grande basilique de Sainte-Sophie, biitie par Constantin, est un des plus vastes édifices que le génie de la religion chrétienne ait fait sortir de la terre ; mais on sent à la barbarie de l'art qui a présidé à cette masse de pierre, qu'elle fut l'œuvre d'un temps de corruption et de décadence. C'est le souvenir confus et grossier d'un goût qui n'est plus, c'est l'ébauche informe d'un art qui s'essaye. Le temple est précédé d'un long et large péristyle couvert et fermé comme celui de Saint-Pierre do Rome. Des colonnes de granit, d'une prodigieuse élévation, mais encaissées dans les murailles et faisant massif avec elles, séparent ce vestibule du parvis.... L'enceinte de l'église est décorée sur ses flancs de superbes colonnes de porphyre, de granit égyptien et de marbres précieux ; mais ces colonnes, de grosseurs, de proportions et d'ordres divers, sont évidemment des débris empruntés à d'autres temples et i)lacés là sans symétrie et sans goût, comme des barbares font supporter une masure par les fragments mutilés d'un palais. Des piliers gigantesques, en maçonnerie vulgaire, portent un dôme aérien comme celui de Saint-Pierre, et dont l'cfiet est au moins aussi majestueux.... Des galeries circulaires, adossées à de vastes tribunes, régnent autour de la basilique à la hauteur de la naissance de la voûte. L'aspect de l'édifice est beau de là : vaste, sombre, sans ornements, avec ses voûtes déchirées et ses colonnes

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