LIV. IV. CHAP. I. SAINT- MARC DE VENISE
bronzées, il ressemble à l'intérieur d'un tombeau colossal dont les reliques ont été dispersées. Il inspire l'effroi, le silence, la méditation sur l'instabilité des œuvres de l'homme, qui bâtit pour des idées qu'il croit éternelles, et dont les idées successives, un livre ou un sabre à la main, viennent tour à tour habiter où ruiner les monuments. Dans son état présent, Sainte-Sophie ressemble à un grand caravansérail de Dieu. Voilà les colonnes du temple d'Éphèse, voilà les images des apôtres avec leurs auréoles d'or sur la voûte, qui regardent les lampes suspendues de l'Iman ! »
§ 2. Saint-Marc de Venise (dixième siècle).
« Saint-Marc, c'est Sainte-Sophie en miniature, une réduction sur l'échelle d'un pouce pour pied de la basihque de Justinien. Rien d'étonnant à cela, d'ailleurs : Venise, qu'une mer étroite sépare à peine de la Grèce, vécut toujours dans la familiarité de l'Orient, et ses architectes ont dû chercher à reproduire le type de l'église qui passait pour la plus belle et la plus riche de la chrétienté. Saint-Marc a été commencé vers le dixième siècle, et ses constructeurs avaient pu voir Sainte-Sophie dans toute son intégrité et sa splendeur, bien avant qu'elle eût été profanée par Mahomet II, événement qui du reste n'arriva qu'en 1453. »
Nous continuons d'emprunter à M. Théophile Gautier sa plume étincelante. Nul n'est entré si avant que lui clans le sentiment des beautés particulières au style byzantin.
« Commencée en 979, sous le doge Pierre Orseolo, la basilique de Saint-Marc s'est achevée lentement, s'enrichissant à chaque siècle de quelque nouveau trésor; édifice étrange et mystérieux, exquis et barbare, immense amoncellement de richesses, église de pirates, faite de morceaux volés à toutes les civilisations ! Et chose singulière, qui dérange toute idée de proportion, ce ramas de colonnes, de chapiteaux, de bas-reliefs, d'émaux, de mosaïques, ce mélange de style grec, romain, byzantin, arabe, gothique, produisent l'ensemble le plus harmonieux.... L'unité résulte de la multiplicité, tout cela s'arrange avec un rare bonheur et forme le plus magnifique bouquet monumental.
a La façade tournée vers la place a cinq porches donnant dans l'église et deux conduisant sous les galeries extérieures latérales. La porte principale est marquée par deux groupes de quatre colonnes de porphyre et de vert anti(iue au premier étage, et de six au second qui supportent les retombées du plein cintre. Les autres porches n'ont que deux colonnes aussi à deux étages. Nous ne parlons que de la façade même, car l'épaisseur des porches est garnie d'autres colonnes en marbre cipolin, jaspe, pen-