LIV. IV. CHAP. I. SAINT-MARC DE VENISE
télique et autres matières précieuses. La porte centrale, dont le contour entaille la balustrade de marbre qui règne au-dessus des autres arcades, est, comme cela devait être, plus riche et plus ornée que les autres. Outre la masse de colonnes en marbre antique qui l'appuient et lui donnentde l'importance, trois cordons d'ornements sculptés , fouillés et découpés avec une patience .merveilleuse, dessinent très-fermement son arc par leur saillie. C'est audessus de cette porte, sur la galerie qui fait le tour de l'église, que sont placés, ayant pour socles des piliers antiques, les célèbres chevaux de Lysippe qui ont orné un instant l'arc de triomphe du Carrousel. Des mosaïques sur fond d'or brillent sous tous ces porches, au milieu d'émaux et de figures de toute sorte qui se prolongent sur les autres faces de l'église en si grand nombre que nous ne pouvons suivre notre guide dans le détail qu'il en fait.
« Avant d'entrer dans l'église, regardons les cinq coupoles, pareilles à des casques d'argent, et qui se terminent par de petits dômes à côtes de melon, surmontés de croix de Saint-André ayant à chaque pointe trois boules d'or.
« La basilique de Saint-Marc, comme un temple antique, est précédée d'un atrium qui ailleurs serait une église et qui mériterait une attention particulière.... Les trois portes de bronze, incrustées et niellées d'argent, couvertes de figurines et d'orne-
ments, qui conduisent dans la nef, viennent, dit-on, de Sainte-Sophie de Constantinople.... La voûte arrondie en coupoles, présente en mosaïque l'iiistoire de l'Ancien Testament.
« Entrons maintenant dans la basilique. Rien ne peut se comparer à Saint-Marc de Venise, ni Cologne, ni Strasbourg, ni Séville, ni même Gordoue avec sa mosquée : c'est un effet surprenant et magique. La première impression est celle d'une caverne d'or incrustée de pierreries, splendide et sombre, à la fois étincelante et mystérieuse. Est-on dans un édifice ou dans un immense écrin? Telle est la question que l'on s'adresse, car toute idée d'architecture est ici mise en défaut.
« Les coupoles, les voûtes, les architraves, les murailles, sont recouvertes de petits cubes decristal doré, d'un éclat inaltérable, où la lumière frissonne comme sur les écailles d'un poisson, et qui servent de champ à l'inépuisable fantaisie des mosaïstes. Où le fond d'or s'arrête, à hauteur de colonne, commence un revêtement des marbres les plus précieux et les plus variés. De la voûte descend une grande lampe en forme de croix à quatre branches, à pointes fleurdelisées, suspendue à une boule dor découpée en filigrane, d'un elfet merveilleux quand elle est allumée. Six colonnes d'albâlie rubanné à chapiteaux de bronze doré, d'un corinthien fantasque, portent d'élégantes arcades sur lesquelles circule une tribune