NINIVE
qu'en 1842. Son enceinte, selon Diodore de Sicile, mesurait cependant jusqu'à dix-huit lieues; ses murs de trente mètres étaient flanqués de tours gigantesques; elle avait six cent mille habitants.
Maintenant sa gloire exhumée sort de terre. Un Français, M. Botta, a découvert à Khorsabad le palais de Sargon, dont le Journal asiatique a récemment publié une longue inscription; et quelques années plus tard, M. Layard, en fouillant le monticule de Nimroud, a mis au jour les demeures de Sardanapale et de Salmanasar. Avec les bas-reUefs et les inscriptions dont M. Oppert pense avoir trouvé la clef, il est possible aujourd'hui de reconstituer la physionomie d'une civilisation disparue, et d'habiller en assyriens véritables les personnages de Sémiramis.
M. Botta avaitcommencé ses recherches eri 18^2 ; le gouvernement en fit consigner le résultat dans un magnifique ouvrage où furent reproduits les dessins de M. Eugène Flandin. Des fonds votés par la Chambre, sous la république de 1848, permirent à M. Place, continuateur de M. Botta, d'entreprendre des explorations fécondes en découvertes ; aux quatorze chambres déjà dégagées, il en ajouta cent quatre-vingt-quatorze. On compte en outre trentedeux cours ou esplanades. Le plan général est ainsi distribué : l** la résidence du monarque : là sont les salles ornées de bas-reliefs; 2<* les dépendances.
38 MERVEILLES DE L'ARCHITECTORE.
dont la cour principale, de la contenance d'un hectare, conduit d'un côté aux cuisines, aux écuries, aux celliers, et de l'autre aux magasins, dans lesquels on a trouvé plus de cent mille kilogrammes d'instruments et d'outils en fer ; d"" le harem, servant d'habitation aux femmes, avec tout ce qui se rattache à cette destination ; 4"* l'observatoire, tour carrée à sept étages, peinte de couleurs variées et haute de quarante-trois mètres.
Le palais du roi à Khorsabad, avec ses vastes dépendances, était comme la citadelle d'une grande ville. On a reconnu la muraille d'enceinte, quadrangulaire, épaisse de vingt-quatre mètres, avec son soubassement en pierre de taille et ses cent cinquante tours, sur un développement d'environ deux lieues. On a dégagé les sept portes de la ville, dont trois, véritables arcs triomphaux, sont ornées de sculptures et de briques polychromes.
Les Assyriens exécutaient des voûtes, soit en briques, soit en terre. On a trouvé une colonnade d'une espèce entièrement nouvelle. Ce sont des colonnes peintes à la chaux, qui paraissent exclusivement formées d'argile, et dont l'intervalle n'est pas de plus de quatre centimètres. Les colonnes y sont distribuées par sept, et chacune de ces sections septénaires est encadrée par un double pilastre. Une autre rangée de colonnes, toujours au nombre de sept, et de la même matière, était enduite de
Rhtirsïliad. — T mple J J ■" esiauré
BABYLONB. 41
mastic noir. Une des portes de la ville, construite en vastes pierres détaille du calcaire le plus dur, a conservé sa voûte. Elle est à plein cintre, faite de briques, et appuyée sur des contre- forts également en briques. Elle a, de son sommet jusqu'au dallage formant le sol, une hauteur de dix mètres soixante centiDjètres sur plus de trois mètres de large. La. brique y est maniée avec autant d'adresse que d'intelligence. Une grande quantité d'éminences disséminées au loin sur la rive gauche du Tigre, en face de Mossoul, indiquent avec certitude le vaste espace occupé par Ninive ; on appelle les plus importantes, Niniouah ou Nabi-younah (le tombeau de Jonas), Koyoundjek, Karamlès, Nimroud, Kâla- Chergah et Khorsabad. -^
Babylone, la ville du fort chasseur Nemrod, était une autre Ninive. D'énormes massifs de briques revêtus de peintures émaillées, de vastes salles ornées de bas-reliefs et couvertes jusqu'au plafond d'inscriptions cunéiformes relatives aux événements contemporains, des maisons de trois et quatre étages, cinquante rues parallèles ou perpendiculaires à TEuphrate, et des champs assez considérables pour nourrir les habitants en temps de siège; toutcet ensemble majestueux, dominé par le temple de Bélus, les jardins suspendus et les murailles : telle devait être, d'après les historiens, la cité que vantaient et qu'admiraient ses fonda-
42 MERVEILLES DE L'ARGHITECTURB.
leurs eux-mêmes. Daniel, qui de prisonnier y devint ministre, nous a conservé ces paroles de Nabuchodonosor : « N'est-ce-pas là cette grande Babylone dont j'ai fait lejsiége de mon empire, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire ! »
. Les murs de Babylone, hauts de cent vingt mèmètre$, épais de trente, étaient flanqués de deux rangées de tours, l'une au dedans, Tautre au dehors, qui laissaient entre elles assez d'espace pour qu'un char attelé de quatre chevaux pût y tourner aisément. Une tranchée large et profonde, revêtue de briques et remplie d'eau, entourait la ville entière. Sur chacun des quatre côtés de l'enceinte s'ouvraient vingt-six portes d'airain massif.
La tour du grand temple de Bélus était tin des monuments les plus remarquables de Babylone; huit étages en retraite lui donnaient la forme d'une pyramide .à gradins énormes. Au faite s'élevait le temple, encore dominé d'une plate-forme où les prêtres se livraient à l'étude assidue des révolutions célestes; ils comprenaient que la science est le but suprême, et le couronnement des religions. Le temple de Bélus existait encore au second siècle de notre ère.
Un pont que Quinte-Curce, l'historien d'Alexan* dre, range au nombre des merveilles de TOrient, réunissait les deux parties de la ville, séparées par
PEEISÉPOLIS. 45
pour capitale. Il fut obligé de sacrifier Persépolis, la ville sainte des ennemis séculaires de la Grèce, à la fureur de son armée ; on raconte que, dans une nuit d'ivresse, il mit lui-même le feu au palais des . rois. Après lui, dit Quinte-Curce, tous ses compagnons de débauche, et enfin les soldats, imitèrent son exemple. « Ainsi périt' la capitale de tout rOrient, cette cité où tant de nations venaient auparavant demander des lois, la patrie de tant de monarques, jadis Tunique terreur de la Grèce, -et qui envoya contre elle une flotte de mille vaisseaux et des armées dont l'Europe fut inondée, alors que l'on vit un pont jeté sur la mer et des montagnes
percées pour ouvrir un passage aux flots dans leur sein. »
Aujourd'hui, on comprend sous le nom d'Istâkhr un espace de huit à neuf kilomètres de tour, qui présente de grands mouvements de tef rain ; sous la croûte de terre végétale, on découvre encore d'antiques maçonneries. Solitaire au milieu de ces tristes vestiges, s'élève une colonne restée seule debout; plusieurs autres gisent à l'entour. C'était la ville du peuple, voisine mais séparée de celle des rois. Après avoir franchi les canaux et les marécages de la plaine, on se trouve en présence des antiquités les plus remarquables de toute la Perse. ^
r Le palais des Rois, ruiné, désert, s'élève et s'étend au-dessus d'une longue muraille coupée par un
Judée. Le roi de Perse Cyrus s'empara de Babylone, après un siège de deux ans entiers et par une ruse audacieuse ; il hérita du titre de roi des rois. C'est lui qui porta la première atteinte à la ville superbe en réduisant ses murs à la moitié de leur hauteur; l'un de ses successeurs, Darius, arracha les portes d'airain, après une révolte. Alexandre, au retour de sDn expédition dans l'Inde, y fit une entrée triomphale et y mourut au moment où il en voulait faire sa capitale. Bientôt après, affaiblie par le voisinage de Séleucie, sur le Tigre, elle déchut rapidement, et dès le premier siècle de notre ère, elle semble avoir été inhabitée.
Aujourd'hui, « la plaine où fut Babylone est couverte, sur une étendue de dix-huit lieues, de dé^ bris, de monticules à demi-renversés, d'aqueducs et de canaux à demi-comblés. Ces décombres se sont mêlés à un tel point qu'il est souvent impossible de reconnaître la place et les limites certaines des édifices les plus considérables. La désolation y règne dans toute sa laideur. Pas une habitation, pas un champ, pas un arbre en feuille; c'est un abandon complet de l'homme et de la nature. Dans les cavernes formées par les éboulemcnts ou restes des antiques constructions, habitent des tigres, des chacals, des serpents, et souvent le voyageur est effrayé par l'odeur du lion. »• (Raoul-Rochette).
Alexandre eût sauvé Babylone en la prenant