‹ Les merveilles de l'architectureChapitre 14 sur 110 · PERSÉPOLIS · texte numérisé non relu

PERSÉPOLIS

pour capitale. Il fdt obligé de sacrifier Persépolis, la ville sainte des ennemis séculaires de la Grèce, à la fureur de son armée ; on raconte que, dans une nuit d'ivresse, il mit lui-même le feu au palais des rois. Après lui, dit Quinte-Curce, tous ses compagnons de débauche, et enfin les soldats, imitèrent son exemple. « Ainsi périt la capitale de tout l'Orient, cette cité oii tant de nations venaient auparavant demander des lois, la patrie de tant de monarques, jadis Tunique terreur de la Grèce, -et qui envoya contre elle une flotte de mille vaisseaux et des armées dont l'Europe fut inondée, alors que l'on vit un pont jeté sur la mer et des montagnes percées pour ouvrir un passage aux flots dans leur sein. »

Aujourd'hui, on comprend sous le nom d'Istâkhr un espace de huit à neuf kilomètres de tour, qui présente de grands mouvements de terrain ; sous la croûte de terre végétale, on découvre encore d'antiques maçonneries. Solitaire au milieu de ces tristes vestiges, s'élève une colonne restée seule debout; plusieurs autres gisent i Tentour, C'était la ville du peuple, voisine mais séparée de celle des rois. Après avoir franchi les canaux et les marécages de la plaine, on se trouve en présence des antiquités les plus remarquables de toute la Perse. ^

r Le palais des Rois, ruiné, désert, s'élève et s'étend au-dessus d^one longue muraille coupée par usi

gigantesque escalier à rampe double : en haut, un large groupe de colonnes élégantes qui soutiennent encore quelques débris de leurs chapiteaux aériens; à gauche, les piliers massifs sur lesquels se profilent les colosses imposants qui gardaient autrefois l'entrée de la demeure royale; à droite, d'autres palais en ruines, dont les murs sculptés se détachent d'abord en noir dans un milieu lumineux, puis se colorent peu à peu sous les rayons d'un soleil ardent; au loin, entre les colonnes, encore des^ruines, des masses de pierre couvertes de figures symboliques ; et derrière la brume bleuâtre de cette atmosphère tranquille, on aperçoit des tombes creusées dans le flanc de. la montagne qui sert de fond à ce théâtre imposant.

On ne sait rien sur la fondation de Persépolis. Cyrus et ses successeurs habitèrent longtemps Babylone. Les derniers rois de Perse préférèrent le séjour de Suse et d'Ecbatane. Toutefois Persépolis, qu'on assimile parfois à Pasagarde et dont le véritable nom a bien pu être Istékhar, demeurait la ville sacrée, où les rois venaient prendre la couronne. Elle fut donc pour la Perse ce que Thëbés était pour l'Egypte, la métropole, le berceau de la puissance énorme qui faillit écraser la Grèce. Thèbes a été construite par les dieux; Persépolis est l'œuvre des génies. On lit dans le Schah-Nameh (Livre des rois), vaste poëme épique ou Ferdousi a

Page 1