ELLORA
rassemblé, vers le dixième siècle de notre ère, une foule de légendes anciennes, que Djemschid, quatrième roi du pays, ordonna aux divs et aux péris de pétrir de la terre et de l'eau pour en former des briques. Or les Persans appellent encore Takhî-i- Djemschid, trône de Djemschid, les ruines du palais d'Istékhar. Tchehel-Mmar^ TchehelSutoûn, les quarante colonnes, est Tautre nom populaire de ces débris.
Comme la Perse, la presqu'île indienne fut occupée, plus de dix siècles avant notre ère, par un peuple dont la langue, les idées, les traits, présentent avec les nôtres de frappantes analogies. Ce peuple, qu'on nomme Aryen, n'a laissé qu'une histoire confuse; mais les livres qu'il nous a légués et quelques monuments échappés aux années et aux dévastations témoignent assez dç son génie. Les cavernes sculptées et les temples d'EIlora, dans le Dékan, doivent être comptés parmi les merveilles de l'architecture. Leur caractère est antique, mais leur date incertaine. On peut conjecturer que leurs plus anciennes parties sont antérieures à Jésus- Christ; ils sont consacrés à plusieurs divinités du Panthéon Brahmanique.
Les collines d'EIlora s'étendent en forme de croissant sur une longueur de trois kilomètres, tournant leur face concav e vers l'o uest et le village de Rozah. Leug^iPCS mI^^^^S^ galeries souterraines
qui n'auraient pas moins de deux lieues d'étendue. On y visite une vaste salle, presque carrée, de soixante mètres sur cinquante, haute de six, et soutenue par vingt-huit colonnes. Certaines excavations o^nt plusieurs étages qui communiquent entre eux.
Des bœufs^ des éléphants^ sur Pétrave accroupis,
Ont fait des chapiteaux aux piliers décrépits ;
L'aspic à Pœil de braise, agitant ses paupières,
Passe sa tête plate aux crevasses des pierres.
Tout chancelle et fléchit sous les toits entr'ouverts.
Le mur suinte, et Ton voit fourmiller, à travers
De grands feuillages roux sortant d'entre les marbres,
Des monstres qu'on prendrait pour des racines d'arbres.
Partout sur les parois du morne monument
Quelque chose d'affreux rampe confusément;
Et celui qui parcourt ce dédale difforme,
Comme s'il était pris par un polype énorme.
Sur son front effaré, sous son pied hasardeux.
Sent vivre et remuer l'édifice hideux !
Victor Hugo.
Mais on vient surtout admirer le temple de Kailasa (nom de Çiva), magnifique bijou de pierre, grand comme la Madeleine, fait d'un seul rocher où il a été taillé, refouillé, sculpté en tout sens. Les proportions, la grandeur et la grâce, rien n'y manque ; il a fallu que la main d'un maître ait façonné cette somptueuse basilique où Ton volt des chapelles, des portiques, des colonnades supportées