L'ARC DE TITUS
vain, dans les frontons superposés de Téglise Saint- Adrien, quelques vestiges de la basilique Émilia, construite vers les derniers temps de la république et réparée sous Tibère ; elle a enrichi Saint-Jean de Latran d'une porte d'airain, et Saint-Paul de' nombreuses colonnes en marbre violet. La haute façade du temple d'Antonin et de Faustine a été épargnée ; elle était pour Gœlhe un perpétuel sujet d'admiration.
Les édifices qui fermaient le Forum à Test sont tombés et laissent voir à droite le mont Palatin où Auguste et Néron eurent leurs palais et leurs jardins, vaste amas de voûtes à jour, de galeries enterrées, de salles pavées de mosaïques, où Ton recherche aujourd'hui pour le compte du gouvernement français les statues et les trésors qui ont pu échapper aux fouilles des Farnèse et des papes. Tout près est l'arc de Titus, à cheval sur l'antique Voie Sacrée ; on sait qu'il a été élevé, avant la fin du premier siècle, en mémoire de la prise de Jérusalem. Malgré ses dimensions restreintes et sa porte unique, la beauté de ses proportions et de ses sculptures en font un véritable modèle. Il a perdu quatre des huit colonnes composites qui ornaient ses façades. Deux admirables bas-reliefs, malheureusement mutilés, représentent, l'un, Titus sur un char conduit par une femme qui figure Rome, couronné par la Victoire, escorté par une
foule de soldats, de peuple et de sénateurs; l'autre, les dépouilles de Jérusalem, la table d'or, le chandelier à sept branches, les vases sacrés et des juifs prisonniers. Sur la frise, où se déroule la pompe triomphale, on remarque le fleuve Jourdain personnifié et porté par deux hommes. Quatre Victoires décorent l'archivolte.
A quelque distance, et sur la gauche, il faut admirer les débris énormes d'une basilique, dite temple de la Paix, dont les voûtes étonnantes ont inspiré Michel-Ange. L'édifice formait un caj*ré long de plus de cent mètres sur soixante-dix ; de prodigieuses colonnes corinthiennes soutenaient une longue nef et deux collatérales ; toutes les voûtes resplendissaient de mosaïques, de rosaces et d'ornements en bronze. Il ne reste plus que les travées de la collatérale gauche et la naissance de la grande voûte. La seule colonne demeurée intacte a été transportée au milieu de la place de Sainte-Marie Majeure.
Entre l'arc de Titus et le Colisée dont Fimposante ellipse s'arrondit devant nous, on ne rencontre guère que dès fûts de colonnes renversés. Sur la droite, au fond d'une avenue solitaire, l'arc dédié à Constantin après sa victoire sur Maxence ouvre ses trois cintres encadrés par huit belles colonnes cannelées de jaune antique, d'ordre corinthien. Les bas-reliefs de sa partie inférieure, exécutés au
LE COLISÉE. ai
temps de Constantin, attestent la décadence de Tart; mais d'autres, au nombre de vingt, placés dans le haut, ont appartenu à Tun des arcs qui ornaient le Forum de Trajan. Comme les huit prisonniers daces qu'on voit sur l'entablement, ce sont des morceaux intéressants et d'un beau style. Il ne reste plus trace du premier amphithéâtre en pierre construit vers 725 de Rome, sur le Champ de Mars, par Statilius Taurus. Auguste avait manifesté l'intention d'en élever un autre ; mais ce projet ne fut mis à exécution que par Vespasien ; les prisonniers juifs lui furent des ouvriers tout trouvés et gratuits. Titus acheva l'amphithéâtre Flavien et le dédia vers Tan 80 de notre ère. Le peuple, plus frappé des dimensions colossales de l'édifice que du souvenir de ses fondateurs, lui donna le nom de Colosseiim, dont nous avons fait maladroitement Colisée. Lors de l'inauguration, sous Titus, cinq mille bêtes féroces furent mises à mort ; et onze mille dans les jeux célébrés par Trajan, vainqueur des Parthes. Probus fit planter dans le cirque une forêt où il jeta un nombre in- * fini d'animaux et mille autruches. L'arène, correspondant par des tuyaux avec des aqueducs, servait aussi pour les joutes navales. Au sixième siècle, on cessa d'y célébrer les jeux barbares pour lesquels elle avait été disposée. Forteresse au moyen âge, puis hôpital, le Colisée devint une sorte de
carrière, d'où les Farnèse, après bien d'autres, tirèrent les matériaux de leur palais. Léon X mit un terme à ces déprédations et consacra le monnment aux martyrs que les bétes y avaient dévorés. Des murs et des travaux de soutènement arrêtèrent la ruine, quand déjà une bonne moitié de la précinction extérieure avait disparu.
Le Colisée présentait au dehors quatre ordonnances superposées, trois d'arcades aux piedsdroits ornés de colonnes doriques, ioniques, corinthiennes, une de pilastres couronnés d'une vigoureuse corniche ù consoles, d*où s'élançaient des mâts destinés à tendre un velarium sur la tête des spectateurs*. Deux étages souterrains recevaient les animaux, qui sortaient par des trappes. L'enceinte circonscrivait un espace de vingt mille mètres carrés.
L'arène, ovale, longue de quatre-vingts mètres sur quarante-six, avait ses deux entrées aux deux extrémités du grand axe ; elle était entourée d'un cercle de gradins assis sur des voûtes intérieures et qui, pris en blec, présentaient une épaisseur de cinquante -cinq mètres et une hauteur extrême de cinquante. Ces gradins commençaient immédiatement au-dessus du mur d'enceinte de l'arène^ Au premier rang et aux extrémités du petit axe, étaient établies, d'un côté, la loge.de la famiUe de l'empereur, de l'autre, celle des consuls; à droite et à