I^ THÉÂTRE D'ORANGE
admirée reposent sur des proues de vaisseau srculp* tées en pierre et qu'on peut considérer comme les] plus anciens emblèmes de la ville de Paris.
Il existe aussi à Ntmes des restes importants qui contribuent à Tornement d'un charmant jardin. Nous nous souvenons surtout de la gracieuse piscine froide, dont les côtés. sont occupés par une colonnade basse, et divisés en chambres par des cloisons de pierre. Sur la gauche, des gradins adossés à un tertre factice et qui semblent avoir été enfermés dans une salle riche çn sculptures et en colonnes ont appartenu sans doute à une étuve; plusieurs conduites d'eau y aboutissent. Peut-être était-ce un Nymphée; ce lieu a reçu, on ne sait trop pourquoi, le nom de temple de Diane.
Après les délassements du bain et les émotions du Cirque, le théâtre était la grande distraction du monde romain. Nous avons décrit ce qui reste du théâtre de Marcellus ; mais la France est ici plus favorisée que l'Italie elle-même. Orange, dont l'arc de triomphe nous a tout à l'heure occupé, Orange, tout entière contenue dans l'enceinte mutilée d'un hippodrome antique,, nous montre, assez bien conservé, un admirable théâtre. La façade s'aperçoit de très -loin et domine toutes les bâtisses modernes; c'est un mur qui a cent trois mètres de long et trente-quatre de hauteur. Plus on approche, et tt"» ^^ mur partit «'^digieux; plus
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on s'étonne qu'un mur si simple produise une impression si puissante. La grandeur n'exige pas d'oVnements. Trois portes disposées symétriquement, un rang d'arcades simulées, deux lignes de consoles, une corniche saillante, interrompent seules la grandiose monotonie de ce mur interminable. On entre, c'est un chaos; à la place où furent la scène, les foyers et les machines, il ne reste que des fondations, des soubassements, des vestiges de corridors et des débris d'escaliers où deux marches sont taillées dans une seule pierre. Les trois colonnades superposées, de granit et de marbre blanc, qui décoraient la façade intérieure, ont été enlevées ou détruites. Le haut du mur de la scène porte les traces d'un violent incendie qui a rougi les pierres, calciné les marbres et laissé sur le sol une énorme masse de cendres. Les gradins ont moins souffert; leurs lignes courbes s'appliquent sur une colline demi -factice et deminaturelle ; elles sont nombreuses et hautes ; mais quand on est parvenu à la dernière rangée, le grand mur de la scène demeure toujours aussi formidable, aussi dominateur. Longtemps encombré de constructions mesquines, le théâtre d'Orange est maintenant tout à fait dégagé. Entre la scène et les gradins verdoie un bosquet de figuiers qui permet d'admirer fraîchement ces ruines colossales.
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Les aqueducs, qui sillonnaient la campagne romaine et environnaient laplupartdes cités d'Italie, ne manquaient pas à la tiaule. On en retrouve à Fréjus, Luynes, Saintes, Jouy (Moselle), Arcueil; ceux de Lyon ont laissé d'importants vestiges. Près du village d'Oullios, sur la rive droite du Rhône, au fond du vallon de Boonant, se déploient des ruines pittoresques. Ici des lierres couvrent de leur verdure polie des arceaux et des piliers tout entiers i ailleurs on voit, encore accrochés à la brique romaine, les rameaux desséchés d'autres lierres contemporains peut-être de l'aqueduc. Les parties dénudées présentent un appareil de construction extrêmement gracieux. 11 y a des marquetteries en damier de pierres blanches et noires,, des assises et des arceaux de briques rouges. En montant, dans la direction du village de Chaponost, on reconnaît les restes plus considérables encore ' de l'aqueduc qui amenait à l'ancien Lagdunwn, d'une distance de quatre-vingts kilomètres, les eaux du mont Pilât, réunies dans d'admirables réservoirs et distribuées au moyen d'un système d'ingénieux siphons, dont on ne retrouve aucun autre exemple.
Le fameux Pont du Gard était à la fois un pont et un aqueduc. On sait qu'il s'élève à quelques lieues de Nlmes^ entre deux montagnes, sur la rivière du Gardon. Trois rangs d'arcades superpo-
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sées et décroissantes, construites en pierres de taille posées à sec sans mortier ni ciment, salis font pleinement, malgré quelques irrégularités, les amis du grand et du simple. Nul autre ornement que des bossages grossiers ne revêt les piles formées de blocs énormes et bruts. Trois cintres ou tranches de pierre, parallèles, collés on ne sait par quelle cohésion mystérieuse, constituent l'épaisseur de l'édifice. La pluie n'a point pénétré dans leurs interstices, le temps n'a pu les disjoindre. Et cependant Farchitecte avait prévu les dégradations possibles ; certaines pierres en saillie qui interrompent les cintres étaient destinées à soutenir des échafauds pour des réparatioqs.
c Quelle confiance ils avaient dans la durée de leur empire, s'écrie M. Mérimée, ces Romains qui prévoyaient qu'un jour ils pourraient avoir à réparer le Pont du GardI »
La canal, large d'un mètre et demi environ sur deux, entièrement couvert de dalles épaisses, enduit d'un ciment stuqué qui empêche la transsudation des eaux, pavé d'une sorte de béton imperméable, passe à près de cinquante mètres de terre, sur la cime du dernier rang d'arcades. Chaque portique s'arrétant aussitôt qu'il rencontre la colline, le troisième est le plus long; il mesure deux cent soixante-douze mètres. Mais tout en atteignant une hauteur de neuf mètres, il est encore plus de moitié