PONT DU GARD
moins élevé que les deux étages égaux qu'il couronne. Cette diminution brusque allège le robuste ouvrage et communique à sa masse une élégance à laquelle n'ajouteraient rien les frises les plus ornées et les plus riches. Le Pont du Gard porte la marque de la plus belle époque romaine-; on l'at-
Le Pont du Gard.
tribue à Agrippa, gendre d'Auguste, qui vint à Nîmes, l'an 19 de notre ère, et qui avait à Rome la surintendance des eaux. II n'est point de monument plus admiré; nous citerons la page enthousiaste où Rousseau en résume et en célèbre les beauté*. j
122 MERVEILLES DE L'ARGHITEGTDRE.
« Après un déjeuner d'excellentes figues, je pris on guide et j'allai voir le pont du Gard. C'était le premier ouvrage des Romains que j'eusse vu. Je m'attendais à voir un monument digne des mains qui l'avaient construit. Pour le coup l'objet passa mon attente, et ce fut la seule fois en ma vie. 11 n'appartenait qu'aux Romains de produire cet efTet. L'aspect de ce simple et noble ouvrage me frappa d'autant plus qu'il est au milieu d'un désert où le silence et la solitude rendent l'objet plus frappant et l'admiration plus vive, car ce prétendu pont n'était qu'un aqueduc. On se demande quelle force a transporté ces pierres énormes si loin de toute carrière et a réuni les bras de tant de milliers d'hommes dans un lieu où n'en. habite aucun. Je parcourus les trois étages de ce superbe édiGce, que le respçct in'empéchait presque d'oser fouler sous mes pieds. Le retentissement de mes pas sous ces inmienses voûtes me faisait croire entendre là forte voix de ceux qui les avaient bâties. Je me perdais comme un insecte dans cette immensité. Je sentais, tout en me faisant petit, je ne sais quoi qui m' élevait Tàme; et je me disais en soupirant : « Que ne suis-je né Romain I »
Le Pont de Ségovie en Espagne, mérite d'être cité après le Pont du Gard ; s'il n'en égale point la majesté, s'il ne superpose jamais plus de deux