SAINTE-SOPHIE
ce sacrifice. La saillie des corniches, le relief puissant des supports, des pendentifs et des encorbellements destinés à raccorder la nef carrée avec la coupole circulaire, l'unité de l'édifice, dont toutes les parties se pressent contre la masse centrale comme pour l'appuyer et la soutenir, voilà ce qui fait de l'architecture byzantine un art très-original et très-saisissant. Barbarie des chapiteaux où l'acanthe corinthienne dégénère en maigres filets contournés, lorsqu'elle ne disparaît point tout à fait, étrange laideur des figures en mosaïque sur fond d'or, qui remplacent les sculptures et les ornements délicats des anciens temples, tous ces détails se perdent si bien dans l'impression harmonieuse de l'ensemble, que beaucoup de voyageurs et d'artistes préfèrent Sainte-Sophie de Constantinople à Saint-Pierre de Rome.
Il ne reste rien de la première Sainte-Sophie, élevée au quatrième siècle par Constantin. Plusieurs fois incendiée et réparée, elle fut complètement réduite en cendres en 532, lors de la fameuse faction du cirque. Justinien la fit relever presqpie immédiatement par Anthémius de Tralles et Isidore de Milet. Éphèse, Palmyre, Pergame, une foule de cités et de temples dépouillés fournirent aui architectes ces riches colonnes de porphyre, de vert antique, de granit, prodiguées sans goût dans l'intérieur de l'église. Dix r '" -^iers tra-
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vaillèrenl aux murailles de briques, aux voûtes, aux mosaïques. La promptitude de l'exécution fut loin de nuire à la beauté de Sainte-Sophie ; elle la préserva au contraire des disparates si 'choquantes dans les monuments que leurs auteurs n'ont pu achever. Malgré les mutilations que les Turcs lui ont fait subir en 1453, on comprend encore l'orgueil de Justinien, s'écriant : t Salomon, je t'ai vaincu I »
Les dimensions de Sainte-Sophie n'ont rien d'absolument gigantesque; elle ne mesure que quatre-vingt-deux mètres sur soixante-quatorze. Son extérieur, assez nu, est déparé par une agrégation de bâtisses qui oblitèrent les lignes générales. Entre les contre-forts élevés par Amurat IJI pour soutenir les murailles ébranlées aux secousses des tremblements de terre, se sont incrustés des tombeaux, des écoles, des bains, des boutiques, des échoppes. Mais lorsque l'esprit s'élève audessus de ce désordre, oubliant les quatre minarets hybriques dont les conquérants ont flanqué rénorme massif carré, il admire les belles courbes de Tabside et la coupole centrale dont le surbaissèment exagère encore la largeur; il ne regrette pas même le dôme sphérique détruit en 558 et remplacé par cette calotte écrasée qu'allège un cercle de petites fenêtres treillissées à jour. .
Le corps de Téglise est précédé de deux longs et