SAINTE-SOPHIE
vastes portiques couverts et fermés. Le second communique par neuf portes avec Tintérieur. Dès rentrée, on embrasse la conception tout entière ; on rend hommage au génie qui, en dehors et à côté des proportions classiques, a su réunir et combiner en un si parfait accord les grâces puissantes de la rondeur et la noblesse de la ligne droite. Peut-être les deux ordres superposés de colonnes, qui relient les forts piliers et soutiennent les grands arcs du centre, ont-ils le tort d'isoler la coupole. C'est une dérogation au plan primitif qui ne comportait que les quatre massifs de briques; mais, dès le sixième siècle, on dut remédier par ces colonnades à Técartement extrême des piliers. Autour de la basilique régnent, à la hauteur de la naissance des voûtes, de vastes tribunes portées par de riches galeries circulaires. Rien n'égale la majesté de ces portiques aux chapiteaux d'un corinthien bizarre où des animaux, des chimères, des croix s'entrelacent aux feuillages. Sainte-Sophie a perdu tous ses ornements. Le zèle iconoclaste des musulmans ne lui a laissé que son pavé précieux, toujours caché sur des nattes et des tapis. « Les statues ont été enlevées ; l'autel fait d'un métal inconnu, résultant, comme l'airain de Corinthe, d'or, d'argent, de bronze, de fer et de pierres précieuses en fusion, est remplacé par une dalle de marbre rouge. » Des mosaïques à fond d'or, « on
n'a consente que les quatre gigantesques chérubins des pendentifs, dont les six ailes multicoloref palpitent à travers le scintillement des cubes de cristal doré ; encore a-t-on caché les têtes qui forment le centre de ce tourbillon de plumes soin une large rosace d'or, la reproduction du visage humain étant en horreur aux musulmans. Au ' fond du sanctuaire, sous la voûte du cul de four qui le termine, on aperçoit confusément les lignes d'une figure colpssale que la couche de chaux n'a pu cacher tout à fait : c'est celle de la patronne de l'église, l'image de la Sagesse divine, ou plus exactement la sainte Sagesse {Agia Sophiq)^ et qui, sous ce voile à demi transparent, assiste impassible aux cérémonies d'un culte étranger. « (ThéopmLE Gautier.)
En Occident, l'art byzantin prit pied d'abord dans l'exarchat, dernière possession des empereurs grecs en Italie. L'église de Saint-Vital, à Ravenne, fut construite au sixième siècle (530-540) en même temps que Sainte-Sophie, et consacrée en présence de Justinien et de Théodora. Elle semble être une imitation directe de Saint-Serge, église de Constantinople, antérieure à Sainte- Sophie. Saint- Vital est petit et octogone; sa coupole repose sur huit gros piliers auxquels correspondent huit absides ; entre les piliers et les absides règne un collatéral, dont chaque abside est séparée