SAINT-VITAL DE RAVENNE
par trois arcades. Une tribune circule autour de Tédifice ; au-dessus, naît la coupole, où sont percées huit fenêtres.
Saint- Vital est encore plus éloigné que Sainte- Sophie des traditions classiques; ses ornements n'ont pas été empruntés à d'anciens monuments. Certains chapiteaux rappellent un peu l'agencement corinthien, mais les volutes et les feuillages y sont défigurés; la plupart, carrés à leur sommet, passent par des gradations insensibles à la forme circulaire; un treillis sculpté atténue Tindigence de leur contour. « On dirait que l'artiste a voulu résolument planter son drapeau sur le sol où s'était développé l'ancien art, et établir que l'art nouveau n'avait rien à demander au passé. »
(L. Reynaui).)
Comme toutes les constructions byzantines , Saint-Vital a, malgré ses dimensions restreintes, de l'ampleur et du caractère. De très-belles mosaïques et des revêtements de marbre lui donnaient l'éclat qui lui manque aujourd'hui; le chœur seul a conservé sa décoration primitive. Par malheur on a imaginé de peindre la coupole en trompel'œil et de la dénaturer par une plate perspective de colonnade corinthienne.
L'église que Charlemagne fit construire à Aix-la- Chapelle, et qu'il considérait comme supérieure à tous les édifices religieux du monde, n'est qu'une
copie barbare de Saint-Vital. Elle reproduit les trois étages du modèle avec leurs fortes corniches ; sa coupole est allongée. C'est un spécimen curieux de Tart carolingien ; mais le talent et le goût des architectes de TOccident étaient alors tombés au plus bas. Et l'on ne peut s'en étonner, si l'on noie que Charlemagne, Tun des hommes les plus intelligents de son temps, en savait bien moins qu'un enfant de nos écoles primaires. A peine pouvaiton trouver des ouvriers en état de sculpter un chapiteau, peut-être même de tailler une colonne monolithe. Telle était la détresse à cet égard, que la ressource la plus ordinaire était de dépouiller les édifices anciens pour décorer les modernes. Charlemagne fit transporter de Ravenne à Aix-la-Chapelle des colonnes de granit qu'on ne sut pas même disposer convenablement. (Elles furent placées à l'intérieur des arcades de la galerie supérieure.) La basilique de Charlemagne n'est vraiment intéressante que par les souvenirs qu'elle conserve. C'est un sanctuaire historique.
L'art byzantin, qui ne fut jamais dans notre Occident qu'une importation étrangère^ avait besoin de se reporter sans cesse à un type originel ; après avoir copié Saint-Vital, il imita Saint-Marc de Venise, et à travers Saint-Marc, Sainte-Sophie ellemême, j
et Saint-Marc, >» dit M. Théophile Gautier, qui